Interlude : abécédaire lyonnais

Interlude : abécédaire lyonnais

Lignes enfouies depuis deux ans dans un autre blog plus discret. Aujourd’hui il y a prescription 

Attente : 2014, année de la patience. Pas même ardente. Juste une interminable attente à user ses fonds de culotte sur les bancs d’un amphi trop vide où l’on se doit d’être assidu. L’ennui est s’y fait sentir chaque jour un peu plus, à mesure que les redites tonnent comme un écho dissonant aux interventions de la veille et de l’avant-veille. Rien à faire, sinon le tromper par quelques artifices d’élèves potaches, qui ne sont que des leurres.

Bibliothèque : beaux spécimens, en pleine santé.

Bidonville : aperçu depuis le tramway alors qu’on s’aventurait en bout de ligne. Une habitation de fortune, faite de bâches et de planches. Une vieille femme, la tête couverte d’un fichu, surveillait devant un jeune enfant qui gambadait dans le terrain boueux.

Camarades : voir Gausser.

Cornell : l’homme des boîtes. L’exposition avait lieu au musée des beaux-arts de Lyon à l’arrivée dans la région. Depuis, voir l’étape lyonnaise comme une boîte de l’existence. Quelques grigris, un jour un petit objet précieux à y ajouter, qui sait ? Les appartements de l’immeuble en face comme autant de boîtes. Chacun dans son petit carré, l’humain agence son existence. Si peu d’espace vu de la fenêtre, qu’on les dirait enfermés tels ces poissons combattants, isolés dans leurs aquariums minuscules pour éviter les rixes.

Danse : une maison pour ça. On y voit de très beaux spectacles.

Domus : la cantine à l’école porte ce nom. Curieuse idée que d’appeler maison un lieu bruyant, sans chaleur, où règne un indescriptible chaos de plateaux repas qui tentent de se croiser en évitant les chocs. Quelque chose entre les autos tamponneuses et la course d’orientation.

École : on y retourne, quand on croyait en avoir fini avec elle. On y fait l’appel, on y a des devoirs. Heureusement, il y a des récréations.

Fête : il va de soi qu’on parle de fête du livre. Qu’aurait-on d’autre à fêter ? A Bron, les auteurs devisent dans de petites salles jouxtant un hippodrome. Les chevaux ne sont pas de la partie, on le regrette. Le public, lui, a des questions bizarres ou vachardes. Les invités y répondent en pensant sans doute à leur train retour. Rien à faire, il manque le bruit sourd du galop.

Fumée blanche de la centrale nucléaire, à quarante kilomètres à l’est. Elle monte tous les jours, droite ou oblique, et se laisse apercevoir depuis la fenêtre du 13e étage. Se sentir petite à sa vue.

Gausser : avec mes petits camarades, nous nous gaussons beaucoup. Des chemises du professeur aux mystères administratifs, quoiqu’il se passe, nous pouffons d’abord.

Hour : le h anglais est aspiré. Les heures d’anglais, elles, donnent envie d’expirer.

Immeuble : du haut de la tour on voit très loin. Le Jura, vers le nord, les Alpes plus à l’est. Quand le soir tombe, les montagnes deviennent dorées. Les jours de pluie, les nuages dissimulent l’horizon mais la contemplation des rideaux de pluie est tout aussi belle.

Jeu : babyfoot et pingpong occupent nombre de mes camarades. Il se raconte que d’aucuns dans les promos précédentes finirent même avec des tendinites au poignet d’avoir trop joué.

Livre : on est là pour lui, ou à cause de lui. Il a déterminé les études, le métier, le concours de cette année, la formation. Il a forgé une existence. Parfois c’est à se demander si son impérieuse exigence de régenter une vie n’est pas démesurée. Il suffit d’un auteur, d’un beau papier même, pour que tout recommence.

Logis : la mansarde de Villeurbanne est spartiate. Un petit lit comme on avait à dix ans, un bureau, un caisson meublent l’unique pièce du studio. Le vide fait résonner le moindre choc. Une impression de vivre avec grandiloquence quand on ne possède rien. Une façon d’être hidalgo, une bruyante fierté de pacotille. Mais il y a les Alpes à la fenêtre.

Mémoire : à défaut d’en avoir une bonne il faudra en rédiger un.

Orwell : voir Promo.

Oulipo : il existait, apprend-on, un club d’écriture à contrainte à l’école.

Promo : elle est sympathique et joyeuse. Elle oblige à une vie de meute que l’on avait oublié.

Rhône : à prononcer avec un o fermé, sous peine d’être moqué par l’autochtone. NB : au magasin demander des sacs, non des poches.

Sac : il suit, fidèle. Je le fais, je le défais. Parfois, j’aimerais pour un moment m’en défaire. Ce méfait, pourtant, n’est pas recommandé pour l’instant.

Salon : point de salon à soi cette année lyonnaise, c’est trop dispendieux.

Spartiate : voir Logis.

Théâtre : non sans émotion, assister à une représentation au TNP. Dans l’escalier qui mène à la salle, des photographies de toutes les pièces qui s’y sont joué. Et de voir Casares, Jouvet et tant d’autres monstres de scène qui semblent hanter ce lieu de leur présence bienveillante.

Train : leurs mouvements pendulaires rythment l’année lyonnaise. Matutinal, celui du lundi permet de découvrir les campagnes blanches encore de givre. Pas de gibier aperçu par les fenêtres, c’est qu’à cette heure la nuit n’est peut-être pas encore achevée. On y dort beaucoup, dans ces trains.

Ubiquité : si l’on avait ce don, plus besoin de prendre le train. A rendre inconsolable.

Valise : voir Sac.

Wagon-restaurant : au-dessus des moyens. On le hante parfois, pour entendre ce qui s’y raconte. Les policiers, sachez-le, sont eux aussi sur des missions de médiation. Découvrir cette concurrence éhontée à la démocratisation culturelle valait bien qu’on mangeât une salade niçoise.

Zoo : le panda roux, le bébé panthère, le girafon et le bébé zèbre ont notre préférence. Nous y courons avec les camarades entre deux cours quand le temps est au beau. Le petit Nicolas surgirait d’une allée avec son cartable et ses billes que tout semblerait encore normal.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *