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Catégorie : Bibliothèques

La confiance créative, Tom et David Kelley

La confiance créative, Tom et David Kelley

Light Bulb. CC : BY : Olga Reznik. Flickr

C’est Marion, qui est décidément une mine de ressources pour moi, qui me l’avait prêté il y a quelques temps. Ayant déjà parlé brièvement d’UX sur ce blog, je me suis dit qu’un billet sur La confiance créative de David et Tom Kelley (InterEditions, 2016) serait un bon prolongement de la question.

David Kelley est l’un des fondateurs d’Ideo, la boîte qui a produit le livret et le manuel sur le design thinking en bibliothèque qu’on trouve traduit sur Le recueil factice de Nicolas Beudon. Son frère Tom a rejoint l’entreprise assez vite. En plus d’avoir fondé une des agences de design les plus innovantes de ces vingt dernières années, David Kelley est aussi le fondateur de la d.school de Stanford, où il enseigne la méthodologie du design thinking.

David Kelley a un tableau blanc dans sa douche pour noter les idées qui lui viennent ; si ça vous perturbe, ce billet n’est peut-être pas pour vous ! Car c’est bien de créativité qu’on va parler ici, même si, rassurez-vous, vous n’allez pas voir surgir des post-it à chaque ligne de ce billet. Le propos des Kelley est de montrer que tout le monde est capable d’avoir plein idées, dès lors qu’on n’est pas totalement inhibé à ce sujet depuis l’enfance.

On n’échappe pas à un peu de storytelling dans ce livre, avec des phrases chic et choc, « le point central de la confiance créative est de croire en sa propre capacité à changer le monde qui nous entoure ». Rien que ça ! J’avoue avoir soulevé un sourcil à cette lecture, moi qui suis plutôt part du colibri. Mais continuons.

Le propos des Kelley est de dire qu’à la maternelle nous étions tous créatifs. Malheureusement, une quinzaine d’années de formatage scolaire plus tard, au mieux nous avons oublié, au pire nous nous croyons incapables d’avoir une quelconque idée.

Un des premiers exemples cités est celui d’un concepteur de machines à IRM, en visite dans un hôpital pour observer le fruit de son travail, et désolée de voir une fillette en pleurs avant l’examen. Il faut reconnaître que ce grand tunnel si bruyant est plutôt oppressant. Malgré un budget limité, l’ingénieur veut trouver une solution. Il commence par aller dans des écoles et des crèches pour observer les enfants et être à leur écoute. Puis il expérimente plusieurs scénarios pour finir par déboucher sur une solution fort simple, qui est de décorer le tube si angoissant avec des autocollants représentants un bateau pirate. Le technicien qui fait l’IRM leur raconte une histoire et leur dit d’être attentif au moment où le bateau va entrer dans l’espace, qui n’est autre que l’affreux bruit de l’IRM. Une fois sorti de son voyage intergalactique, le jeune patient peut choisir un cadeau. Et voilà comment, avec peu de moyens mais une belle dose de créativité, les taux d’anesthésie avant une IRM ont beaucoup baissé chez les enfants.

Le propos des Kelley reste néanmoins réaliste. Votre belle idée doit trouver le juste équilibre entre la désirabilité (l’humain), la faisabilité (la technique) et la viabilité (l’économique). Il faut pas céder aux sirènes du tout humain : vous vous souvenez du Nabaztag ? Tout le monde en voulait un tellement c’était mignon, mais économiquement ça a quand même très mal marché.

Les différentes phases de l’approche d’Ideo sont bien connues, et j’en ai déjà parlé ici, je ne les détaille pas. L’intérêt principal de ce petit ouvrage réside plutôt dans les différentes étapes décrites pour retrouver sa créativité.

Pour être créatif, il faut commencer par oser, ce qui implique nécessairement d’oser échouer. Plus vous allez tester de nouvelles idées, plus vous allez rater certaines choses, qu’importe, les Kelley vous invitent à persévérer. C’est tout de même ainsi que vous avez appris à marcher, le processus est rigoureusement le même. Il paraît même que c’est de cette façon qu’est née la fameuse chaise Node de Steelcase, bien connue des bibliothécaires. Ou encore l’ampoule à incandescence d’Edison, fruit de milliers de tentatives ratées.

La créativité passe en partie par le dessin et, si vous êtes comme moi, vous vous crispez rien qu’à cette lecture. Malheureusement, on considère à l’école qu’on est bon en dessin ou pas, comme si c’était quelque chose d’inné. On apprend durant des mois à écrire, à lire, à compter, mais pas à dessiner, et c’est bien dommage. Rassurez-vous, c’est rattrapable moyennant un peu d’entraînement. Il ne s’agit pas de devenir un artiste, mais bien de se réapproprier le dessin, pour être capable de faire quelques croquis sur un tableau blanc. Si vous doutez encore, allez voir #unpictoparjour.

Prêt à vous lancer ? Il faut maintenant un déclencheur. Les frères Kelley recommandent de penser comme un voyageur en observant votre lieu de travail avec des yeux neufs, puis d’examiner attentivement les comportements des usagers, en vous arrêtant un instant dans vos tâches quotidiennes. Demandez-vous systématiquement pourquoi ils font les choses de telle manière plutôt que de telle autre (par exemple, venir emprunter pour la millième fois et attendre qu’on leur demande leur carte pour la chercher partout dans leur sac. Oui, POURQUOI ?). Le livre regorge de toutes sortes de techniques pour parvenir à faire jaillir les idées, seul ou à plusieurs. Le fameux tableau blanc dans la douche ou le petit carnet qui vous suit toujours sont là pour recueillir le fruit de ce qui naîtra pendant une phase dite d’attention détendue. Vous pouvez aussi installer un tableau communautaire dans les locaux professionnels, où chacun notera des idées. Sont livrées ensuite de nombreuses techniques pour redéfinir un problème qu’on vient d’identifier. Après la phase « pourquoi », vient la phase « comment pourrait-on » ?

Une fois le problème correctement reformulé, il faut se lancer. Globalement, ne planifiez pas trop, foncez, ratez, recommencez. Faites-le à plusieurs, dans un cadre bienveillant, afin de créer de l’émulation et passez très vite à des phases de prototypage et d’expérimentation, elles ne seront sans doute pas très bonnes au départ, mais qu’importe, vous apprendrez d’elles et vous améliorerez peu à peu votre projet.

Un chapitre entier est consacré à ceux qui se sentent mal dans leur travail, comme David Kelley lui-même au début de sa carrière, tout jeune ingénieur chez Boeing payé à imaginer des loupiotes « Occupé » pour les toilettes d’avion. Fort de cette expérience, il recommande de s’interroger tous les jours sur les tâches, les moments, les interactions où l’on s’est senti le mieux. Ce sont vers elles qu’il faut aller expérimenter. Il est possible de commencer par des projets périphériques (une commission dans une association professionnelle, par exemple), où la créativité peut s’exprimer, avant de réorienter sa carrière.

La fin de l’ouvrage est consacrée à dix défis créatifs, à faire seul ou en groupe, pour libérer votre potentiel. Les frères Kelley anticipent nos râleries sur la gestion de projet made in en…ib et proposent, pour chaque projet réalisé de façon traditionnelle voulu par le n+1, de l’imaginer en parallèle avec leurs méthodes et de voir ce qui en sort.

Et pour finir, « posez ce livre ou éteignez votre écran. Choisissez une ou deux expérimentations, en sachant qu’elles ne réussiront pas toutes », recommandent-ils. « Une fois que vous aurez embrassé votre confiance créative, l’effort, la pratique et l’apprentissage continu peuvent vous permettre, vous aussi, de réimaginer votre vie et votre carrière ».

Mesurer, évaluer, décider

Mesurer, évaluer, décider

J’ai assisté vendredi à la journée co-organisée par Médiadix et l’Urfist, « Mesurer, évaluer, décider : qu’en est-il des indicateurs statistiques en bibliothèques ? ». La présentation de la journée, qu’on peut lire sur le site de Médiadix, inscrivait la journée dans la mouvance de l’évaluation des politiques publiques, en particulier la question de la performance, à laquelle il incombe aujourd’hui à nos établissements de répondre :

« A l’heure de l’optimisation, de la performance et du resserrement de la dépense publique, l’évaluation statistique est devenue un impératif, socle de toute réflexion théorique et justification de toute action pratique. Désormais, tous les champs d’activités, qu’elles soient à visée sociale, politique ou culturelle, reposent sur des chiffres et des estimations de données quantitatives et qualitatives, y compris dans des domaines non marchands. »

La culture des statistiques n’est pas neuve en bibliothèque, où l’on mesure l’activité depuis bien longtemps. Ce qui est interrogé aujourd’hui, c’est ce que l’on mesure et à quelles fins.

Quelques notes, pas forcément très complètes, car prises en fonction de mes intérêts du moment. Les présentations seront prochainement en ligne sur la riche partie Ressources du site de Mediadix.

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Afin de poser le contexte, Cécile Touitou est revenue sur les différentes normes sur lesquelles s’appuient les établissements depuis plusieurs années. On n’a pu que constater une évolution, de premières mesures de l’activité de l’établissement à des démarches plus neuves de quantification de l’impact des services sur les usagers. L’article de Cécile Touitou dans le BBF d’avril 2016, « Retour sur investissement, ou comment les bibliothécaires alchimistes transforment l’argent en matière grise », développe grand nombre des éléments qu’elle n’a fait qu’esquisser dans le temps qui lui était imparti.

Les statistiques produites dans les bibliothèques s’appuient essentiellement sur trois normes ISO. La 2789, en premier lieu, et elle est fondée sur des indicateurs d’activité, en se fondant sur les intrants (inputs), à savoir, les ressources nécessaires à l’activité (personnel, taille de l’équipement, etc.) et les extrants (outputs), c’est-à-dire la quantité de services produits (nombre de prêts, visites, usagers formés, etc.). Avec la norme ISO 11620, c’est déjà un changement de paradigme qui a été mis en œuvre. Désormais, on ne se borne plus à un dénombrement des ressources et des services, mais on tente de mesurer la qualité du service rendu, en s’appuyant sur des indicateurs de performance. En dernier lieu, la norme ISO 16439, dont un livre blanc présente les innovations et les nouvelles notions, s’attache à la mesure de l’impact, notion encore neuve dans le contexte français. Nadine Delcarmine, présidente de la commission de normalisation Afnor/CN46-8 et directrice adjointe du SICD Grenoble Alpesrésume ainsi la finalité de ce nouveau travail de la commission : « Parce que la reconnaissance de l’utilité de la bibliothèque ne fait pas/plus l’unanimité, cette norme a l’ambition de doter les professionnels mais aussi les décideurs et financeurs d’un éventail d’outils pour mesurer l’impact des bibliothèques sur leur environnement et contribuer ainsi à l’émergence d’éléments de réflexion pour éclairer les choix politiques. » (AFNOR / CN46-8, Ce qui se cache derrière ce mystérieux intitulé)

Cécile Touitou a donné de nombreux exemples en matière d’impact. J’ai noté celui du stress : j’emprunte quatre livres, je ne lis finalement qu’un seul chapitre d’un des quatre documents, et je réussis quand même à les rendre en retard. Voilà qui est de nature à créer un rapport anxiogène entre la bibliothèque et l’usager, ce dernier pouvant ressentir une certaine culpabilité d’avoir sollicité du personnel pour un seul chapitre lu. Quelle réponse de l’établissement ? Allonger la durée du prêt pour les ouvrages à rotation lente, par exemple ? Pour résumer, il s’agit de repenser la problématique de l’évaluation, qui n’est pas que compter, par une approche centrée sur l’empathie.

La norme 16439 a pour but de croiser les différents indicateurs évoqués brièvement ci-dessus.

« La norme recommande de s’appuyer sur trois catégories de données selon les modalités de leur collecte :

– les données induites (inferred evidence) des statistiques habituellement collectées par la bibliothèque dans le cadre de ses activités et suivies par la bibliothèque ;

– les données sollicitées (solicited evidence) : il s’agit d’informations ou de données que l’on va collecter auprès des usagers au moyen de questionnaires ou d’entretiens ;

– les données observées (observed evidence) qui sont le fruit d’observations dans le cadre de méthodologies inspirées de l’ethnologie. »

Qu’est-ce qui fait la valeur des bibliothèques ?, Livre blanc / AFNOR/CN46-8

L’approche UX, toujours elle,  a évidemment été évoquée. Elle remet en question les enquêtes et les focus groups, qui auraient trop de biais, selon Andy Priestner. Au contraire, l’UX s’attache à suivre l’usager et à l’observer.

Pour Cécile Touitou, les enquêtes permettent quand même de recueillir de l’information, du moment qu’elles sont croisées avec d’autres éléments. Une chose est sûre, la tendance est à délaisser les traditionnels indicateurs bibliothéco-centrés, pour se concentrer sur des indicateurs orientés usagers. Il est à noter que beaucoup d’études d’impact dans les pays où les bibliothèques doivent justifier leurs services.

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La table ronde qui a suivi portait sur la mesure et l’évaluation dans le cadre du management et de la gouvernance. En introduisant la table ronde, Marie-Lise Tsagouria, directeur de la BULAC, a souligné que l’évaluation devait s’inscrire dans le schéma général du pilotage de la bibliothèque et que les indicateurs devaient être inclus dans ce périmètre pour faire sens auprès des équipes. Elle a ajouté que la communication vis-à-vis des équipes était primordiale, afin que les éléments de stratégie soient connus de tous.

Anne Verneuil, directrice des affaires culturelles à Anzin et responsable de la commission Advocacy de l’ABF a fait une intervention qui m’a tout particulièrement intéressée, intitulée « Du projet de service au tableau de bord ». Elle a expliqué comment, dans une ville avec un taux de chômage de 33%, il a fallu convaincre les élus que la médiathèque faisait sens et avait une utilité concrète pour la population. Elle a montré comment elle et ses équipes sont parvenus à construire un projet politique et à le traduire en un projet de service. Sa présentation est d’ores et déjà en ligne.

Marie-Christine Jacquinet a présenté le pôle de développement culturel des Yvelines, nouvelle entité qui fait suite à la fermeture de la BDP. Elle a précisé que la lecture est désormais considérée par le DGS du département comme un soft power, un soutien à l’action sociale du département. Les équipes, qui se réorganisent, fonctionnent aujourd’hui exclusivement en mode projet, car les financements en dépendent.

Odile Grandet, Inspectrice générale des bibliothèques, a pour sa part brossé un rapide historique des enquêtes en France. L’essentiel d’entre elles reposent, nous l’avons dit, sur des données d’activité. Si l’ESGBU a certes une visée comparatiste, en revanche l’enquête de l’observatoire de la lecture publique a davantage une visée photographique. Elle a également rappelé que l’évaluation de la bibliothèque, cette dernière étant un objet public, relève de l’évaluation des politiques publiques. Si la culture de l’évaluation est présente dans la profession, la difficulté réside dans l’absence de process, qui iraient des objectifs aux indicateurs. Il est en effet indispensable de concevoir les indicateurs au moment de l’élaboration du programme d’activité ou du programme scientifique et culturel.

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La deuxième table ronde portait sur la mesure et l’évaluation du service au public : accueil et fréquentation. Christophe Evans, sociologue à la BPI, l’a introduite de manière provocatrice en citant le statisticien George Box, « Tous les modèles sont faux, mais certains sont plus utiles que d’autres. » Il a donné l’exemple suivant : l’activité de base ne reflète pas forcément la réalité des pratiques. Le dimanche est à la BPI le jour où il y a le moins d’entrées, en revanche c’est le jour où les services sont le plus utilisés. Le recueil des chiffres n’est donc absolument pas suffisant.

Cécile Avallone et Nolwenn Bouric, de la BDP du Val d’Oise, ont présenté l’étude « Les facteurs de réussite d’une bibliothèque », la première étude d’impact réalisée en France, sur le modèle de l’étude réalisée en Espagne par FESABID (la fédération des associations de professionnels de l’information espagnols). Nolwenn Bouric a rédigé un article à ce sujet dans le BBF d’avril 2016. L’étude constitue un véritable plaidoyer pour élus pressés ayant besoin d’arguments chics et choc : deux millions d’entrées par an sur le département, c’est plus que le parc Astérix ! Et ça marche, nous ont-elles expliqué.

Tiphaine Tugault, du SCD de l’UPEC, a présenté les résultats de l’enquête Libqual et ses enjeux pour le SCD. L’intervention était très intéressante et avait le mérite d’expliciter le questionnaire très touffu de Libqual, avec ses questions en trois temps, service minimum attendu, service observé, qualité de service rêvée. Ayant administré Libqual par le passé, je n’ai pas pris de notes, mais on trouvera des éléments sur l’enquête et sur ses résultats en 2013 sur le site du SCD de l’UPEC.

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Pour la dernière table ronde de la journée, « Mesure et évaluation des usages : collections et services numériques », j’avoue avoir ralenti la prise des notes. Je retiens surtout l’intervention enthousiasmante de Thomas Jouneau, de la direction de la documentation et de l’édition à l’université de Lorraine.

Thomas Jouneau a commencé par présenter les différents modes de recueil de statistiques de consultation de la documentation électronique, reposant sur la norme COUNTER, sans oublier de mentionner les biais induits. Les enquêtes traditionnelles prennent en compte les usages sur les plateformes d’éditeurs, or de plus en plus les chercheurs consultent les articles scientifiques directement sur les réseaux sociaux de chercheurs comme Academia.edu ou ResearchGate. Pour tenter d’en savoir plus sur ce pan important des consultations, Thomas Jouneau a évoqué de nouveaux modes de recueil des consultations se fondant sur l’utilisation du DOI comme donnée pivot, de façon à permettre un décompte de l’usage dispersé des chercheurs (il s’agit d’un partenariat entre CrossRef, qui gère les DOI, et Counter).

Thomas Jouneau a manqué de temps pour présenter le projet ezAGIMUS. En farfouillant sur google, on trouve quelques éléments sur le sujet. AGIMUS est un outil qui permet l’analyse des services numériques des établissements (ENT, plates-formes pédagogiques) en les croisant avec les informations d’affiliation (LDAP, etc.). Croisé avec ezPAARSE, qui analyse les logs des accès à la documentation électronique, on obtient des données beaucoup plus fines sur les profils de ceux qui utilisent la documentation et sur leurs pratiques.

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En vrac, quelques sites évoqués lors de la journée, figurant ou pas dans la bibliographie qu’on nous a remis, pas (encore) tous consultés.

Retour en salle Labrouste

Retour en salle Labrouste

En juillet dernier, nous étions quelques-uns à avoir la chance de faire une visite de la salle Labrouste restaurée, à l’invitation de la direction de la bibliothèque  l’INHA, pour redécouvrir ce lieu splendide qui rouvrira au public en décembre. L’ancienne salle des imprimés de la BN, restée vide après le déménagement de ses collections sur le site de Tolbiac, va en effet voir s’implanter la bibliothèque de l’INHA. Sa réouverture marque la fin de la première phase d’un chantier plus vaste, le projet Richelieu, qui vise à rénover le quadrilatère, aujourd’hui occupé par les départements spécialisés de la BnF.

Anne-Elisabeth Buxtorf, la directrice de la bibliothèque de l’INHA, nous a rappelé la genèse de la création d’un institut consacré à l’histoire de l’art et disposant d’une bibliothèque de référence, voulu par André Chastel dès les années 1980, qui se concrétise enfin. Dans un article du BBF en 2004, Martine Poulain, alors directrice de la bibliothèque, avait retracé l’histoire de l’Institut national d’histoire de l’art, qui n’était alors créé que depuis trois ans. Plus de 1,7 million de documents à terme, issus des collections de la bibliothèque d’art et d’archéologie et de la bibliothèque centrale des musées nationaux, auxquels s’ajoutent les acquisitions courantes réalisées depuis quinze ans.

Le projet architectural, lui, était aussi ambitieux que visionnaire. André Chastel avait déjà imaginé un libre accès pour les lecteurs de la future bibliothèque. Lorsque l’INHA a pu disposer de la salle Labrouste, il est apparu que ce libre accès trouverait naturellement sa place dans le magasin central.

« Le souhait de l’INHA est bien sûr que le concours soit gagné par un architecte dont le génie soit si ce n’est égal à celui de Labrouste, tout au moins apte à respecter son œuvre, tout en lui donnant cette once de modernité et d’invention qui sont le signe du vrai respect du patrimoine. Les merveilleuses cariatides qui entourent l’immense baie vitrée ouvrant sur les magasins Labrouste, obscurcis par Roux-Spitz, attendent l’architecte hors pair qui saura redonner vie à ce passage fameux entre une architecture traditionnellement basilicale (la salle Labrouste), et une architecture de fer promise à un bel avenir, avec Eiffel ou Guimard. » 1)« Une grande bibliothèque d’art en préparation : la bibliothèque de l’INHA« , Martine Poulain

C’est finalement Bruno Gaudin qui a conduit ce vaste chantier, ainsi que l’architecte en chef des monuments historiques, Jean-François Lagneau. Il s’agissait de faire d’un lieu classé un espace accessible pour les publics à mobilité réduite et adapté aux usages d’aujourd’hui. Le hall, la salle Labrouste et le magasin central sont désormais accessibles de plain-pied.

La salle Labrouste a retrouvé ses couleurs d’origine et pour qui l’a connue avant les travaux, la différence est spectaculaire. « Cette lumière ! », s’exclamait votre serviteure en y déambulant. Pour un peu, les arbres peints par Desgoffe trembleraient sous la brise.

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2008, avant les travaux
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La salle aujourd’hui

Ce vaste espace, où le service des acquisitions de l’INHA a été installé quelques années après le déménagement des imprimés de la BnF à Tolbiac, s’était assombri au fil des années. Jamais on n’aurait pu imaginer il y a dix ans la clarté voulue par Labrouste et cette impression d’être si proche du jardin grâce aux baies vitrées — on apercevait les cimes des arbres au moment de la construction — et aux fresques.

Mon bureau en 2008 (place 354 pour les habitués)
Mon bureau en 2008, à la place 354
Depuis la place 354 aujourd'hui
Depuis la place 354 aujourd’hui

Les coupoles ont retrouvé leur blancheur nacrée d’origine, la moquette a été remplacée par un parquet en chêne, qui renvoie lui aussi la lumière.

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Les rayonnages de la salle ne seront pas accessibles au public, qui rêvera sans doute de la vue spectaculaire depuis la galerie. Trop peu larges, difficilement accessibles, les galeries ne seront autorisées qu’au personnel.

Les marches de l'escalier en colimaçon, pour rejoindre les galeries, où même l'auteur de ses lignes ne parvient pas à poser son pied en entier !
Les marches de l’escalier en colimaçon, pour rejoindre les galeries, où même l’auteur de ces lignes ne parvient pas à poser son pied en entier !
Une galerie avant les travaux. Le vide entre le rayonnage et le sol a été comblé par du plexiglas
Une galerie avant les travaux. Le vide entre le rayonnage et le plancher a été comblé par du plexiglas

Les futurs lecteurs pourront profiter des astucieuses trouvailles de Labrouste pour travailler confortablement. À chaque place, il avait prévu une patère pour accrocher les sacs. Les tuyaux qui courent sous les tables servaient non seulement de repose-pied, mais aussi de chauffage. La salle était également chauffée par les beaux calorifères et par des bouches d’air chaud au sol, disposées un peu partout dans les allées. La moquette les avait dissimulées, on les redécouvre aujourd’hui.

Les tuyaux servent aujourd'hui à dissimuler les câbles électriques et ethernet
Les tuyaux servent aujourd’hui à dissimuler les câbles électriques et ethernet
Un peu de confort moderne
Un peu de confort moderne…
... les besoins des usagers et du personnel ayant évolués (ancienne table du magasin central)
… les besoins des usagers et du personnel ayant évolué (ancienne table avec encrier du magasin central)

Le clou de la visite a été la découverte du magasin central, qui a lui aussi été entièrement restauré. Je l’avais déjà visité avant les travaux, c’est sans doute la plus spectaculaire rénovation qu’il m’ait été donné de voir. Dans le magasin central, les rayonnages avaient été doublés, car la BN manquait de place, et les caillebotis étaient recouverts pour faciliter la circulation des chariots. De gros et laids robinets incendie armés étaient venus s’ajouter, prévention incendie oblige. Les architectes ont relevé un double défi lorsqu’ils ont travaillé sur cet espace : ils lui ont à la fois redonné son aspect d’origine et ils l’ont rendu accessible au public, en y ajoutant 82 places de lecture.

Le magasin central en 2008
Le magasin central en 2008

C’est en effet dans ce lieu que seront installés les 150.000 ouvrages en libre accès de l’INHA. Un vaste chantier de sélection des ouvrages a été conduit dans les années 2000, sous la houlette de Catherine Brand, alors chef du service des acquisitions, sur l’intégralité de la collection. Munis d’une petite table et d’un ordinateur portable, des binômes de bibliothécaires ont passé des heures dans les magasins à passer en revue chaque ouvrage, afin de déterminer s’il rejoindrait ou non le futur libre accès. Ce travail de fourmi voit son aboutissement aujourd’hui et ce n’est pas sans émotion que j’ai découvert l’endroit où ces livres trouveraient finalement leur place 2)Il faut vous imaginer que nous avons fait de la sélection dans tous les magasins de Richelieu, du caveau, ainsi nommé pour ses voûtes, au 6e étage du magasin de la salle ovale, en passant par la troisième galerie de la salle ovale, où votre serviteur tremblait de faire tomber un livre et tentait vainement de se convaincre que, non, elle n’était pas sujette au vertige..

Revenons-en au magasin lui-même, où le métal et le bois ont retrouvé leurs droits.

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Ce n'est pas une illusion d'optique : les rayonnages les plus hauts sont plus étroits, afin de laisser passer la lumière au maximum. Le génie de Labrouste, là encore
Ce n’est pas une illusion d’optique : les rayonnages les plus hauts sont plus étroits, afin de laisser passer la lumière au maximum.
Les nouvelles places de consultation dans le magasin
Les nouvelles places de consultation dans le magasin
Les escaliers sont restés étroits
Les escaliers sont restés étroits
De nombreux blogueurs sont floutés sur cette image
Des blogueurs sont floutés sur cette image, devinerez-vous lesquels ?

Les caillebotis d’origine n’ont pas pu être laissés en l’état. Il faut vous imaginer que marcher sur de la fonte ajourée, c’est spectaculaire, vertigineux même, mais ça n’autorise ni les talons, ni les fauteuils roulants, ni les chariots à livres, sans compter la poussière qui passe. Les architectes ont donc ajouté un nouveau caillebotis, pour gagner en confort sans perdre en lumière. En relevant les yeux, on peut toujours voir celui d’origine, qui a été conservé. On peut se rendre compte de l’aspect de la fonte à la construction, une splendeur de légèreté, sur les photos de la BnF consacrées au projet Richelieu, notamment celle de la galerie Auguste Rondel.

Les barres supportaient des tablettes pour poser des livres lors de ma première visite. Les barres à hauteur des chevilles empêchaient de mettre le pied dans cet espace vide à l'origine
Les barres supportaient des tablettes pour poser des livres lors de ma première visite. Les barres à hauteur des chevilles empêchaient de mettre le pied dans cet espace, vide à l’origine

La baie séparant le magasin et la salle avait été fermée par Michel Roux-Spitz, l’architecte en chef de la bibliothèque nationale entre 1932 et 1953. Devant répondre à des contraintes de place, celui-ci a ajouté les colonnes métalliques noires que l’on voit toujours dans le magasin, pour pouvoir construire des étages supplémentaires.

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Le pneu, l’un des derniers à n’avoir pas été démonté, a été conservé par les architectes. Il servait à envoyer, au moyen de « curseurs », les demandes de communication des lecteurs aux magasiniers en poste dans les différents magasins de la BN.

Le pneu avant les travaux
Le pneu avant les travaux

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Arrivée/départ des navettes
Arrivée/départ des navettes
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Le pneu est aujourd’hui débarrassé de la cabine de bois qui l’occultait en partie

Dans la salle Labrouste, l’hémicycle a été intégralement réaménagé. La nouvelle banque de communication y est installée, de même qu’un espace de reprographie. La salle de consultation patrimoine en occupera aussi une partie 3)à l’ouverture en décembre, le département des estampes et de la photographie de la BnF l’occupera, le temps de la seconde phase de travaux.

L'hémicycle, juste avant l'exposition de Sophie Calle, "Prenez soin de vous", en 2008 dans la salle Labrouste
L’hémicycle, juste avant l’exposition de Sophie Calle, « Prenez soin de vous », en 2008
La future banque de communication
La future banque de communication
À l'issue des travaux, deux rampes handicapés ont été ajoutées autour de l'ancienne présidence de salle, qui s'en trouve profondément modifiée
À l’issue des travaux, deux rampes handicapés ont été ajoutées autour de l’ancienne présidence de salle, qui s’en trouve profondément modifiée
La future salle du patrimoine, dans la partie gauche de l'hémicycle
La future salle du patrimoine, dans la partie gauche de l’hémicycle

Plus de présidence de salle comme auparavant, les responsables du projet ayant opté pour une nouvelle banque de renseignements, au sein même des places de lecture.

La nouvelle banque de renseignements, en bas à droite
La nouvelle banque de renseignements, en bas à droite

Si vous êtes observateurs, vous remarquerez que les places autour des colonnes en fonte ont été supprimées, normes de sécurité obligent, parce que la fonte est un matériau combustible et qu’on tient au confort des lecteurs. Qu’on se rassure, les pompiers veillent toujours.

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Lorsque nous sélectionnions les livres pour le libre accès de cette bibliothèque et que nous voyions la date des travaux reculer souvent, nous perdions parfois l’espoir de voir le projet se concrétiser un jour. Enfin, on peut s’en réjouir et imaginer que les cariatides, qui ont connu plus de transferts de collections qu’il est possible d’en imaginer en une vie d’homme, vont de nouveau voir passer des générations de lecteurs.

2008, déménagement du service des acquisitions de l'INHA
2008, déménagement du service des acquisitions de l’INHA
2016
2016

 

Il me reste à remercier infiniment, pour clore cet article, Anne-Elisabeth Buxtorf, directrice de la bibliothèque de l’INHA, Lucie Fléjou, de la mission communication de la bibliothèque, et Hélène Boubée, du service de la communication de l’INHA, de m’avoir donné l’occasion de revenir dans cette salle où j’ai débuté ma carrière. Louis Jaubertie, qui œuvre projet Richelieu à la BnF, était aussi de la visite pour répondre à nos questions.

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Notes   [ + ]

1. « Une grande bibliothèque d’art en préparation : la bibliothèque de l’INHA« , Martine Poulain
2. Il faut vous imaginer que nous avons fait de la sélection dans tous les magasins de Richelieu, du caveau, ainsi nommé pour ses voûtes, au 6e étage du magasin de la salle ovale, en passant par la troisième galerie de la salle ovale, où votre serviteur tremblait de faire tomber un livre et tentait vainement de se convaincre que, non, elle n’était pas sujette au vertige.
3. à l’ouverture en décembre, le département des estampes et de la photographie de la BnF l’occupera, le temps de la seconde phase de travaux
Quelques mots sur le design thinking

Quelques mots sur le design thinking

Je m’étais promis de le faire il y a des semaines, puis j’ai procrastiné comme tout le monde. J’ai enfin pris le temps de me plonger dans le kit pratique « Le design thinking en bibliothèque« , que l’on peut découvrir sur le blog de Nicolas Beudon, Le Recueil factice. Mais alors, c’est quoi le design thinking (DT), à part des post-it et des gommettes ?

Un simple résumé de ce qui m’a frappé (je suis correspondant formation et je serais ennuyée de ne pas avoir suffisamment informé les admissibles sur la question, que les plus innovants des jurys ne manqueront pas de poser, je n’en doute pas).

« Dernière révolution terminologique en vogue, oubliée dans cinq ans », me disait un collègue acerbe. Diable, il y va fort. Le DT, c’est de la méthodologie de projet ; de ce point de vue, en effet, ça n’invente pas grand chose. Cependant, si, comme moi, vous avez subi ladite « gestion de projet » telle qu’elle se pratique depuis vingt-cinq promotions dans une école lyonnaise, vous aurez forcément envie d’en apprendre davantage. Ben oui, quoi, vous avez appris la gestion de projet pure et dure, celle qui est parfaite pour lever des ponts et vendre des pneus, mais qui se révèle beaucoup moins adaptée pour des projets en bibliothèque. [Interlude-souvenir : votre projet consistera en une étude de faisabilité, pour laquelle nous ne comptons débloquer ni budget, ni personnel. Il a fallu toute l’énergie de notre tutrice pour nous dire que, si, c’était possible.]

Si vous vous êtes déjà intéressé aux méthodes agiles et à l’innovation, le DT ne vous surprendra pas beaucoup. La phase d’itération, par exemple, n’est pas sans ressemblance avec Scrum. Si je schématise, le DT repose sur l’idée qu’on est plus créatif en dialoguant avec ses usagers qu’assis dans une salle de réunion. Il est expérimental : c’est « un processus non linéaire qui demande de la flexibilité ». [Interlude : au moins ça évite la panique lorsque le commanditaire décide qu’il va piocher un bout dans chacun de vos trois scénarios, alors que vous, à l’école, vous n’avez pas le droit de revenir en arrière avec la méthode qui sert à lever des ponts. C’est arrivé à certains écoliers.] Le DT n’est pas seulement une méthode, c’est aussi un état d’esprit, qui demande à chaque participant du projet de laisser libre cours à sa créativité. Voilà qui n’est pas chose aisée [Interlude : imaginez des conservateurs généraux assis par terre construisant des prototypes avec cartons et tissus…] En matière de communication, là encore, révolution copernicienne par rapport à la gestion de projet classique, avec le DT on invite les parties prenantes à s’intéresser au processus de projet lui-même et on n’attend pas d’avoir un produit fini parfait pour le présenter.

Le kit et le livret d’activités sont remarquablement pédagogues. La méthode est expliquée pas à pas, des exemples illustrent chaque étape et les exercices sont nombreux pour commencer à goûter l’eau. On trouve enfin de nombreuses pistes bibliographiques, pour prolonger la réflexion. Sans pratiquer, cependant, il est difficile d’en dire davantage et de se forger un avis véritable.

Une chose est sûre, lorsque j’étais dans une école lyonnaise, j’aurais bien aimé qu’on me laisse expérimenter les méthodes agiles pour mener à bien notre projet. Le meilleur que je souhaite aux prochaines promotions, avant la trentième, allez, serait qu’on les laisse se confronter au DT.

Le lieu par excellence des libertés

Le lieu par excellence des libertés

« La bibliothèque est aujourd’hui le lieu par excellence des libertés.
« Phare de la laïcité », ainsi que la qualifie Patrick Weil, elle pourrait devenir l’espace de la démocratie citoyenne, là où surgit la parole publique, là où se met en œuvre notre vivre-ensemble. »

Rapport sur l’adaptation et l’extension des horaires d’ouverture des bibliothèques publiques | Sylvie Robert

Open Educational Ressources : quels enjeux pour les acteurs de la chaîne du livre universitaire ? (compte-rendu de la journée d’étude de la société des étudiants-ingénieurs de Queen’s)

Open Educational Ressources : quels enjeux pour les acteurs de la chaîne du livre universitaire ? (compte-rendu de la journée d’étude de la société des étudiants-ingénieurs de Queen’s)

Comme je n’écris pas suffisamment pour avoir de blog fixe (j’y viendrai peut-être un jour…), un grand merci à Cécile d’avoir bien voulu héberger ce (pas si) petit compte-rendu de journée d’étude canadienne sur les ressources éducatives libres, sujet certes un peu exotique, mais en fait pas tant que ça ;-). — Alexandre T.


 

En stage professionnel à la Queen’s University Library (Kingston, Ontario), j’ai eu l’occasion – et le privilège ! – de participer début mars à la 21ème session annuelle de « planification sur le long terme » de la Queen’s University Engineering Society Services Inc (QUESSI), consacrée aux ressources éducatives libres : Ever Expending Open Educational Ressources (OER) : The opportunities. The perils. The future.

Welcome at Queen's University. Stauffer Library.
Queen’s University et Stauffer Library (un jour de vacances)

Je suis très reconnaissant à Mark Swarz, bibliothécaire en charge des questions de copyright à Queen’s et bien sûr à la QUESSI de m’avoir invité, tant cette journée était enrichissante. On ne le dira jamais assez, mais réussir à faire réfléchir ensemble un vaste panel de personnes d’âges et d’horizons différents est un gage de succès indéniable. En l’occurrence, sur la trentaine de personnes présentes étaient représentés étudiants de diverses disciplines (génie, business, bibliothéconomie…), libraires, éditeurs, bibliothécaires et enseignants-chercheurs. Mon objectif ici est de présenter brièvement (bon, disons aussi brièvement que possible ^^) les enjeux abordés et les quelques solutions proposées au cours de cette journée, même s’ils me semblent en grande partie assez spécifiques à la situation universitaire américaine.

Si la QUESSI s’intéressait ainsi aux mutations de la chaîne du livre universitaire, c’est qu’elle est notamment en charge de la gestion de la librairie universitaire de l’université, une boutique à but non-lucratif fondée en 1906 par des étudiants ingénieurs, dont l’objectif est de fournir aux étudiants les ressources indispensables à leurs cours au meilleur prix possible. Q.U.E.S.S.I. 21st Annual Long Range Planning SessionEn effet, l’une des contrariétés des étudiants américains – et il semble que la situation canadienne soit relativement privilégiée par rapport aux USA – est l’adossement des cours de premier cycle universitaire à des manuels (textbooks) spécifiques, indispensables pour suivre le cours, et dont les prix s’étalent de 100$ environ pour les moins coûteux à 600$ voire plus, soit largement le prix d’un mois de loyer par discipline et par an. Pour vous faire une idée (il ne me semble pas que l’exact équivalent existe en France), vous pouvez jeter un coup d’œil au site de la librairie de Queen’s : http://www.campusbookstore.com/Textbooks/.

Or, ces dernières années, ces prix ont continué à augmenter bien au-delà de l’inflation, ce qui est largement reproché aux éditeurs – lesquels se défendent évidemment de tout profit indu (ça vous rappelle quelque chose ?). Alors, bien entendu, les étudiants n’ont pas attendu pour organiser des méthodes alternatives, de la location de manuels à l’année à leur mutualisation, prêt ou duplication (ah le photocopillage !). Mais la généralisation de l’Open Access et des licences libres ouvre de nouvelles perspectives pour tous.

Au départ, les Ressources éducatives libres (c’est la traduction de l’OCDE pour Open Educational Ressources) peuvent sembler le deus ex-machina venu sauver l’enseignement supérieur, un peu à l’image de l’ouverture des résultats de la recherche [c’est d’ailleurs un intéressant reproche des enseignants aux bibliothécaires, qui leur paraissent concentrer leur soutien à l’Open Access au domaine de la recherche aux dépens de l’enseignement – bon, en même temps, les enseignants présents faisaient probablement partie de la minorité militant en faveur de la reconnaissance de l’enseignement face à la recherche car le fonctionnement américain est de ce point de vue très similaire à ce que l’on connaît en France, et effectivement axé sur la recherche plus que l’enseignement].

Pour les étudiants, les ressources éducatives libres présentent essentiellement un intérêt économique certain. D’autres atouts mis en valeur par les vidéos promotionnelles, comme l’avantage du format numérique, sont moins évidents, à quelques semaines de la parution du livre de Naomi Baron qui déconstruit patiemment le supposé confort de lecture sur écran des étudiants « natifs du numérique » (Words Onscreen : The Fate of Reading in a Digital World, Oxford University Press, 2015 ; si vous ne prévoyez pas de le lire en entier, allez jeter un œil à la recension du Washington Post). Le désagrément de la lecture studieuse numérique peut être dépassé cependant, et le compromis de la liseuse déconnectée ou de l’impression à la demande reste probablement bien plus viable économiquement – et peut-être un service attendu des anciennes librairies.

En ce qui concerne les enseignants auteurs de manuels, pour qui cette activité n’avait de toute façon jamais été vraiment créative de profits ou de reconnaissance institutionnelle (là encore plutôt basée sur les activités de recherche), la création de ressources libres ne change pas vraiment la donne en terme de difficulté de conception (enfin, un peu quand même, voir plus bas ce qu’en pensent les éditeurs), mais les perspectives de diffusion dans le monde entier sont fort valorisantes (voir vidéo ci-dessous ; celle-ci et la précédentes sont deux lauréates du concours « Why Open Education Matters » porté en 2012 par le ministère états-unien de l’éducation, la Creative Commons et l’Open Society Foundation). On pourrait certes s’interroger sur la réalité de cette diffusion planétaire et démocratique (rappelons qu’il s’agit de manuels, pas de MOOCs), mais qu’importe : notre principal objet, ici, est finalement l’existence de ressources utilisables par les universités américaines.

Bien sûr, en tant que prescripteurs de ces ressources à leurs étudiants, les enseignants rencontrent les premières difficultés liées aux OER : leur identification et leur repérage [discoverability est un mot très pratique, mais je vous laisse utiliser le néologisme qui en est tiré à vos risques et périls ^^]. Noyés dans la masse d’information d’internet, les OER ne sont pas plus facilement repérables que les autres ressources en Open Access. Qu’à cela ne tienne – s’écrient les bibliothécaires – il se trouve que nous avons développé une certaine expertise dans la veille et la recherche de ressources numériques. C’est certain, mais cette expertise a un coût, à l’heure des diminutions drastiques des subventions publiques.

L’autre inquiétude est liée à l’évaluation de la qualité des manuels. Elle me semble moins pertinente, dans la mesure où un système relativement efficace et presque gratuit de révision par les pairs est déjà largement en place, et où les bibliothèques sont, là encore, équipées pour repérer les ressources visiblement déficientes. Surtout, on peut imaginer qu’un professeur d’université appuyant l’un de ses cours sur un manuel, qu’il soit papier ou numérique, est qualifié et responsable, en dernier recours, pour en garantir la qualité. Il est cependant intéressant de remarquer que les membres des facultés ont bien retenu les dangers liés à l’Open Access, concernant notamment les « prédateurs » de la liste de Beall, plus peut-être que ses avantages…

Les éditeurs, on s’en doute, sont beaucoup plus réticents vis-à-vis des OER, ou tout du moins sceptiques. Ceux qui étaient présents ne sont pourtant ni les « géants », tirant le profit maximal des manuels, ni les plus opposés au numérique par principe. Ils rappellent d’ailleurs que les manuels sous droits existent aussi sous forme numérique, enrichis de contenus multimédias, et dépassent souvent largement en qualité leurs équivalents libres. Dans la plupart des cas (selon eux), c’est derniers sont seulement numériques dans la mesure où le contenu imprimé est lisible sur écrans, mais ils ne profitent pas réellement des améliorations pédagogiques rendues possibles par les technologies Internet. Ils rappellent ainsi aux enseignants-auteurs que le texte du cours, qu’ils sont disposés à céder gratuitement, ne constitue pas un manuel complet, et qu’il y a un réel travail d’édition à trouver et à intégrer les documents d’accompagnement (textes de référence, graphiques, photos… voir contenus multimédias). Et dans le cas d’un manuel libre, à moins de créer soi-même tous ces documents, il faut vérifier qu’ils obéissent à une licence libre compatible (certes, la généralisation des Creative Commons simplifie les choses, mais beaucoup de contenus sous droits n’ont pas encore d’équivalents, sans parler des clauses restrictives comme Non-Derivative et autres Share-Alike…).

Tout cela a un coût, évidemment, et on est assez tenté de les suivre lorsqu’ils questionnent la pérennité d’un modèle économique fondé sur la gratuité. Surtout mis en regard des services gratuits proposés par des distributeurs comme Amazon, peu connus pour leur philanthropie naturelle (Kindle Direct Publishing, destiné à faciliter la publication d’OER, est en version beta). Transmettre aux facultés la responsabilité de la conception et de l’évaluation des ressources, et aux bibliothèques celle de leur repérage et de leur archivage revient à transférer un coût actuellement assumé par les étudiants… soit aux mêmes étudiants, via les hausses des droits d’inscriptions (ce qui ne les enchante pas forcément), soit aux universités (ce qui ne me paraît pas forcément choquant, mais semble peu opportun dans le contexte budgétaire actuel). Lorsque, dans l’après-midi, nous avons tenté de prototyper une offre de service liée aux OER, la meilleure source de financement que nous ayons trouvée était « pixies, fairy dust, and magic », pas la plus aisée à mettre en œuvre (mais si vous avez des talents particuliers, signalez-vous ! ^^).

Le cas de la librairie à but non lucratif est, évidemment, un peu particulier. Fournir les ressources éducatives gratuitement constituerait de fait l’aboutissement du projet de départ, même si cela suppose la disparition de la librairie en tant que structure. Autrement dit, libraires comme étudiants gestionnaires sont prêts à envisager une politique menant à leur propre disparition, ce qui serait probablement plus difficile pour une structure réellement lucrative. Cela dit, ils constatent aussi que, malgré le développement des ressources numériques, leur fréquentation ne diminue pas. La librairie vend certes plus d’accessoires vestimentaires aux couleurs de l’université et moins de manuels, mais même pour se procurer ceux-ci, il est curieux de constater qu’un certain nombre d’étudiants préfèrent aller acheter un bon de téléchargement en librairie que de payer directement en ligne. Est-ce la marque d’un « patriotisme universitaire » tout américain ? Une précaution en cas de besoin d’un service après-vente identifiable localement ? Ou juste l’application « bête » des prescriptions d’enseignants faisant plus confiance à la librairie pour orienter vers la bonne version des manuels voulus ? Nous n’avons pu donner de réponse définitive ; toujours est-il que l’avenir de la librairie universitaire en tant que structure semble loin d’être désespéré. Quant à savoir quels nouveaux rôles elle pourrait remplir dans un contexte d’hégémonie des OER, les quelques propositions dégagées sont encore peu convaincantes : impression à la demande (voir plus haut), service de repérage et/ou de certification des ressources existantes, éventuellement de diffusion et de promotion des publications internes à l’université…

Vous aurez remarqué qu’en reconstituant la position des principaux acteurs, je ne me suis pas attardé sur celle des bibliothécaires. C’est que, pour l’instant, la bibliothèque universitaire s’est bien peu saisie de la question. Rejetant traditionnellement les manuels de ses collections (parce qu’elle n’était évidemment pas en mesure d’en disposer de suffisamment d’exemplaires pour répondre elle-même à la demande de tous les étudiants), les OER lui semblent une perspective plutôt lointaine. Même si, à la suite de cette journée d’étude, un partenariat va probablement émerger dans les prochains mois entre la bibliothèque et la librairie, les services proposés par les deux institutions vont, de plus en plus, entrer en concurrence. La base de données réalisée par la librairie sur les ressources ouvertes existantes aurait très bien pu relever des missions de la bibliothèque. Et celle-ci, même si elle se concentre pour l’instant sur la diffusion de la recherche en Open Access, serait tout à fait légitime pour proposer les services d’aide à la réalisation de manuels libres, d’archivage et de diffusion de ceux-ci, de centralisation des ressources existant sur Internet et même d’impression à la demande…

 

Sauf erreur de ma part, la question des OER n’est pas aussi prégnante en France, notamment parce que les manuels universitaires sont loin d’être aussi répandus et dispendieux qu’en Amérique du Nord. Elle a cependant déjà commencé à se poser dans le secondaire, certes dans une moindre mesure en raison d’une organisation déjà relativement efficace pour lutter contre les répercussions du coût des manuels. Elle pose par ailleurs clairement le problème du rôle des bibliothèques dans la diffusion et la promotion des ressources libres, notamment éducatives, qui constitue un enjeu aussi bien moral que matériel pour les prochaines années.


Pour en savoir plus sur la situation des textbooks américains, le billet de blog très complet d’un avocat spécialisé dans l’accès à l’information (http://www.project-disco.org/competition/112113-the-changing-textbook-industry/ ; 2013) ; ainsi que quelques sites d’initiatives libres :

Mercato

Mercato

St-Remy-de-Provence
Transhumance à Saint-Rémy-de-Provence. edhi. CC : BY-NC-SA. Flickr.
C’est la période de la transhumance des mutations chez les bibliothécaires. Pour les BAS, les postes vacants sont sur Poppée qui est à lui seul un si beau vestige du web 1.0 qu’il conviendrait de le mettre sous cloche.
Impossible pour ma part d’entrer sur ledit site, blackboulée à chaque fois et pas de réponse à mon mail pour résoudre le problème. Heureusement qu’entre temps je me suis décidée à ne pas muter.
Nous sommes beaucoup à regretter qu’il n’y ait pas les profils de postes sur le site. Il paraît que c’est interdit car la CAP est reine en matière de mutations (quelqu’un pour confirmer ?) mais les ajouter à titre indicatif serait d’un grand secours. Pour les seuls postes en région parisienne, j’ai bien dû envoyer une bonne cinquantaine de mails. A quoi s’ajoute le temps passé pour trouver le nom de la bonne personne à contacter sur les sites labyrinthiques des différents établissements. Honnêtement, je crois que c’est presqu’une journée de travail qui a sauté (demandes, erreurs de contact, remerciements, réponses aux erreurs de contact, précisions, nouvelles erreurs de contact, remerciements à l’erreur d’avoir eu le bon contact, mail au bon contact, etc.).
Plusieurs directeurs d’établissement souhaitent recevoir les CV avant d’envoyer les profils. J’envoie sagement le mien dès qu’on me le demande. La pratique devient embarrassante lorsque certains commencent à se renseigner sur vous avant même que vous ayez lu ledit profil et que votre direction se trouve au courant que « vous voulez partir », quand vous avez simplement souhaité, vous, prendre connaissance des profils. Quand on s’entend bien avec sa direction, on en sourit mais que font les collègues qui vivent des situations tendues ?
Les postes susceptibles d’être vacants, eux, se trouvent déposés sur le forum de l’ADBU. Epic fail, les BAS n’ont pas accès à ce forum. Nous sommes donc loin de tous recevoir les profils qui y circulent et c’est vraiment dommage. Et que dire de ceux des collègues territoriaux qui souhaiteraient demander des détachements ?
On nous avait promis, lors de la fusion qui nous a dénommés BibAss, qu’il serait toujours précisé si les postes étaient des postes d’AB ou de BAS. Un an après, ce n’est plus le cas. On dérange donc souvent des directeurs pour des postes planning/encadrement des magasiniers qui sont clairement des postes d’AB et vice-versa. 
Beaucoup de postes sont de purs postes de catalogueurs. Voilà quelque chose qui me laisse perplexe. Dans les journées d’étude, il se trouve souvent des responsables d’établissements pour clamer qu’on ne catalogue plus. Pourtant les profils qu’ils ont eux-mêmes rédigés montrent malheureusement le contraire. Une distorsion entre l’idéal et la réalité ?
Pour conclure, je reproduis ici ces quelques lignes tirées de la page facebook d’une libraire :

« savoure d’exercer un métier dont elle n’a pas à évacuer la pensée. (se dire un dimanche, Tiens, ce livre on devrait le proposer n’est pas désagréable). Penser hors des heures de travail à celui-ci du temps de « l’Usine » n’était que souci et je perdais de l’énergie à m’efforcer d’en faire abstraction.« 

Les bibliothèques sont des lieux magiques, leur organisation interne ne devrait pas, le week-end venu, amener ceux d’entre nous qui cataloguent ad nauseam à en faire abstraction…

Màj, 20h41.

Grand merci à Rémi !

La transhumance, c’est tellement plus impressionnant avec des vaches. Cette masse que rien n’arrête et dont les sabots font vibrer le sol. On les regarde en tremblant et pourtant on ne raterait le spectacle pour rien au monde. Malheureusement le droit d’auteur a eu raison des vaches en transit, pas moyen d’en trouver sous creative commons…


Esbareich montée à l'estive (2)
By Père Igor (Own work) [CC-BY-SA-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

By Llorenzi (Own work) [GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html) or CC-BY-SA-3.0-2.5-2.0-1.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

Valle San Silvestro - Transumanza

Arbradoc, se former à la recherche documentaire

Arbradoc, se former à la recherche documentaire

La question de la formation à la recherche documentaire prend peu à peu de l’importance en France. Il est moins rare aujourd’hui de voir des SCD qui assurent des modules de formation et leur évaluation en licence 1. Malheureusement, ce n’est toujours pas généralisé et, trop souvent, les modules de méthodologie du travail universitaire, dans lesquels s’insère la formation à la recherche documentaire, sont les parents pauvres de la formation en licence.
Concernant l’autoformation, jusqu’à présent, on trouvait davantage de plateformes de l’autre côté de l’Atlantique que chez nous. Cependant, depuis le mois de février, les étudiants de Paris 8 ont la chance de pouvoir travailler sur Arbradoc, la nouvelle plateforme d’autoformation à la recherche documentaire de l’unviersité.
Et c’est rudement bien fait ! Trois rubriques sont proposés :
– un parcours qui retrace les différentes étapes de la recherche,
– un parcours qui liste les différents besoins du chercheur en herbe,
– un catalogue Manufrance des différents outils de recherche.
J’aime beaucoup la sobriété du site et la clarté de chaque rubrique et il y a de fortes chances pour que je recommande aux étudiants de L1 d’aller y traîner leurs souris !
Pour en savoir plus sur la création d’Arbradoc, on peut consulter cette synthèse d’un atelier Urfist de 2009, consacré à la question.
Bibliothèques, écrans

Bibliothèques, écrans

« Ce n’est pas un détail mineur : dans les bibliothèques, on installait les ordinateurs mis à disposition du public contre les murs, pour que le responsable de salle puisse voir les écrans, dispositif panoptique hérité des prisons. »
Après le livre | François Bon
N’avoir jamais réalisé avant de le lire si clairement exprimé dans ce livre à quel point l’écran avait inquiété, dès son arrivée dans les bibliothèques. Lequel d’entre nous songerait à demander aux lecteurs de placer leurs cahiers et leurs livres de façon à ce qu’ils soient visibles de nous ?

***
Il me serait difficile d’écrire ici sur Après le livre tant Roger Chartier l’a si bien fait dans Le Monde. A moins d’être un bibliothécaire imperturbable*, il me paraît indispensable de lire ce texte.

* ceci n’est pas un plagiat, c’est un clin d’œil !
La musique a toute sa place en bibliothèque

La musique a toute sa place en bibliothèque

Je relaie ce manifeste important de l’ACIM, que Xavier Galaup a fait parvenir à plusieurs biblioblogueurs, parce que oui, la musique a évidemment toute sa place en bibliothèque.
***
L’ACIM (Association pour la Coopération des professionnels de l’Information Musicale) publie un texte rappelant les enjeux de la musique en bibliothèque ( http://www.acim.asso.fr/spip.php?article335):
La musique est un langage universel propre à attirer et à fédérer tous les citoyens, indépendamment de leurs origines et de leurs catégories socioprofessionnelles. Si l’écoute et la pratique musicale ne cessent de se développer dans le monde, en revanche la culture musicale est trop souvent négligée au niveau institutionnel en France, excepté dans de rares circuits, et n’a jamais été prise en compte par des acteurs économiques davantage préoccupés par la rentabilité de leurs investissements que par la diversité musicale.
Le défunt Conseil Supérieur des Bibliothèques avait constaté dans ses différents rapports que la place de la musique était encore insuffisante dans les bibliothèques. Alors même que cette situation perdure globalement, la musique en bibliothèque est aujourd’hui fragilisée par la baisse des prêts, le développement de l’écoute et du téléchargement en ligne. C’est ainsi que plusieurs nouvelles médiathèques ont ouvert récemment sans présenter la totalité de la documentation musicale (livres, partitions, dvd et disques compacts) voire sans musique.
Ce choix nous semble une grave erreur car l’offre musicale en bibliothèque ne saurait se résumer à une borne de téléchargement ou à une ressource en ligne. Si la place du support CD pourrait être amenée à se réduire à moyen terme, sa présence reste pour l’instant la meilleure manière de matérialiser dans nos locaux une offre musicale hybride, c’est à dire mélangeant collections physiques et collections dématérialisées.
Renoncer à la musique en bibliothèque reviendrait à l’abandonner aux acteurs du secteur marchand qui n’ont pas le souci de la diversité et de la pérennité des œuvres musicales. Tout n’est pas sur le net et tout n’y est pas visible. Malgré son apparente abondance (plus de 7 à 8 millions de titres annoncés sur des plateformes de streaming), l’offre de musique en ligne reste lacunaire dès lors que l’on sort des musiques de consommation courante.
La musique représente une pratique culturelle majeure dans nos sociétés au même titre que la littérature ou le cinéma. Or les pratiques culturelles ne sont pas étanches. Renoncer à la musique en bibliothèque risquerait aussi, en supprimant des passerelles entre elles, de remettre en cause, pour un public éclectique, l’intérêt pour les collections de littérature et de cinéma.
Rappelons à ce propos l’article 7 de la Charte des bibliothèques qui stipule que : « Les collections des bibliothèques des collectivités publiques doivent être représentatives, chacune à son niveau ou dans sa spécialité, de l’ensemble des connaissances, des courants d’opinion et des productions éditoriales. »
Enfin il nous semble important que les médiathèques continuent de jouer un rôle prépondérant dans le développement de la culture musicale à l’aide d’une offre documentaire large mais aussi de concerts et d’animations sous quelque forme que ce soit (conférences, ateliers de créations musicales, etc.). Dans certains territoires, la médiathèque est le seul point d’accès non marchand à la musique.
En accompagnant ces nouvelles pratiques, les bibliothèques ont un rôle important à jouer dans le domaine de l’éducation et la culture musicale du public, notamment pour les nouvelles générations.