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Étiquette : bibliothèques

Le lieu par excellence des libertés

Le lieu par excellence des libertés

“La bibliothèque est aujourd’hui le lieu par excellence des libertés.
« Phare de la laïcité », ainsi que la qualifie Patrick Weil, elle pourrait devenir l’espace de la démocratie citoyenne, là où surgit la parole publique, là où se met en œuvre notre vivre-ensemble.”

Rapport sur l’adaptation et l’extension des horaires d’ouverture des bibliothèques publiques | Sylvie Robert

Accès aux BU franciliennes

Accès aux BU franciliennes

La première condition est de rendre cet ensemble plus visible et accessible à l’ensemble de la communauté universitaire francilienne. Notamment, il est éminemment souhaitable que les universités parisiennes établissent en commun des règles d’accès aux bibliothèques gérées par les services communs de la documentation, aux BIU ainsi qu’à leurs importantes bibliothèques spécialisées. Ces règles d’accès seraient valablement fondées sur deux principes complémentaires :
– l’accès de toute la communauté universitaire parisienne à l’ensemble des bibliothèques ;
– un accès prioritaire à certaines de ces bibliothèques, compte tenu des contraintes de locaux, en fonction de critères de niveau d’étude et de recherche ou de critères disciplinaires.

Rapport d’activité de l’IGB, 2014

(c’est moi qui souligne)

« Vous ne pouvez pas vraiment faire de la recherche de pointe, lorsque, une douzaine de fois par jour, vous allez devoir attendre jusqu’au lendemain pour obtenir quelque chose. C’est comme les singes se balançant à travers les arbres. Lorsque vous balancez de liane en liane, et que vous tendez la main pour la prochaine branche, et qu’il n’y en a pas là, vous tombez. C’est comme le stockage hors site. Vous ne pouvez pas faire de la recherche de cette façon ».

Andrew Abbott, sociologue à l’Université de Chicago, in “Les bibliothèques vont-elles devenir obsolètes ?”, Actualitté.

« Les gens vivent dans des espaces de plus en plus petits, de sorte que la bibliothèque devient le lieu pour s’échapper de la socialisation, de la solitude, le lieu où reprendre son souffle. C’est le dernier espace dans la société qui est gratuit. Même pour les sans-abri. Il y a un sens de la démocratie, c’est un espace commun que nous partageons tous ».

Et muni de cet ensemble d’éléments, à chaque fois que vous entrerez dans une bibliothèque, vous comprendrez que vous entrez dans un endroit pas tout à fait comme les autres. Dans un endroit finalement beaucoup plus « politique » que n’importe quel autre endroit. Dans un endroit où derrière les livres se joue aussi la possibilité pour une société de créer du lien, de construire des représentations communes ; ou bien d’en supprimer. Chaque fois que vous vous préparerez à travailler en bibliothèque, vous devrez vous souvenir que vous n’êtes pas seulement là pour faire de l’indexation et du catalogage (vous en ferez heureusement de moins en moins), mais qu’il est en revanche indispensable que vous deveniez le professionnel qui va permettre de faire émerger, “dans le calme, des documents que les autres médias détruisent ou noient dans le renouvellement insatiable de leur production” . Pour les faire émerger, pour les choisir, pour les retenir, et puis pour les offrir.

Olivier Ertzscheid, “A quoi sert une bibliothèque ?”, sur son blog de cours

L’utilisation des catalogues est très efficace, cependant elle ne peut pas remplacer une recherche à la bibliothèque. Aller dans les rayonnages permet parfois de trouver des livres que l’on aurait manqués si l’on s’était contenté d’une recherche sur le Net. Les auteurs utilisent parfois des titres auxquels on n’aurait pas pensé en cherchant par mots clés. Observer le classement choisi par les bibliothécaires peut alors être très précieux.

Une bibliographie, pourquoi ? comment ?”, Devenir historien-ne

A la génération précédente, un professeur de sciences à la Sorbonne transmettait presque 70% de ce qu’il avait appris sur les mêmes bancs vingt ou trente ans plus tôt. Elèves et enseignants vivaient dans le même monde. Aujourd’hui, 80% de ce qu’a appris ce professeur est obsolète. Et même pour les 20% qui restent, le professeur n’est plus indispensable, car on peut tout savoir sans sortir de chez soi ! Pour ma part, je trouve cela miraculeux. Quand j’ai un vers latin dans la tête, je tape quelques mots et tout arrive : le poème, l’Enéide, le livre IV… Imaginez le temps qu’il faudrait pour retrouver tout cela dans les livres ! Je ne mets plus les pieds en bibliothèque. L’université vit une crise terrible, car le savoir, accessible partout et immédiatement, n’a plus le même statut. Et donc les relations entre élèves et enseignants ont changé. Mais personnellement, cela ne m’inquiète pas. Car j’ai compris avec le temps, en quarante ans d’enseignement, qu’on ne transmet pas quelque chose, mais soi. C’est le seul conseil que je suis en mesure de donner à mes successeurs et même aux parents : soyez vous-mêmes ! Mais ce n’est pas facile d’être soi-même.

Michel Serres, “Petite Poucette, la génération mutante”, entretien avec Libération

On a construit la Grande Bibliothèque au moment où l’on inventait Internet ! Ces grandes tours sur la Seine me font penser à l’observatoire qu’avaient fait construire les maharajahs à côté de Delhi, alors que Galilée, exactement à la même époque, mettait au point la lunette astronomique. Aujourd’hui, il n’y a que des singes dans l’observatoire indien. Un jour, il n’y aura plus que des singes à la Grande Bibliothèque.

Michel Serres, “Petite Poucette, la génération mutante”, entretien avec Libération

Valence hocha la tête. Maria était comme un animal spécialisé. Depuis trente ans, elle avait consacré l’énergie de ses cinq sens à veiller sur la Bibliothèque. Dans la rue, elle devait être aussi infirme qu’une taupe à l’air libre, mais ici, on voyait mal en effet comment on aurait pu échapper à sa perception.

Fred Vargas, Ceux qui vont mourir te saluent