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Dans l’urgence

Dans l’urgence

Emergency  Exit
Michael J. Moeller. Emergency Exit. CC : BY-NC-SA

J’ai déjà évoqué le mémoire à plusieurs reprises sur le blog. La dernière ligne droite arrive à une vitesse assez terrifiante, il faut bien l’avouer. La gestion de projet, autre exercice au sujet passionnant à faire à l’école, prend beaucoup de temps et les évaluations liées au diplôme s’accumulent. J’en viens à me dire que j’ai peut-être présumé de mes forces en m’inscrivant en master en plus ; à ce jour je ne suis pas certaine d’en voir le bout. Tant pis, c’est un bonus, pas un impératif. Pour l’heure, jusqu’à la fin de l’année, je me concentre principalement sur le mémoire, qui est à rendre pour valider la formation post-concours d’ici le 5 janvier. La semaine prochaine, j’ai cours et je rends mon appartement lyonnais, autant dire que je n’ai pas le temps de souffler encore…

Quand je publiais le billet “Le mémoire infuse“, à la fin octobre, j’étais en pleine rédaction de ce travail, alors que pourtant tout continuait à évoluer dans ma tête. Le sujet sur lequel j’écris est d’actualité, il n’est pas rare qu’un article, une journée d’étude m’amène à moduler certains paragraphes. Le 15 décembre, je me suis juré de ne plus ajouter de références sinon je ne bouclerai pas dans les délais. Revenons-en à la rédaction. Jusqu’ici, j’avais écrit de façon suivie, j’en ai parlé dans un précédent billet. Impossible cette année où mes choix d’option et de cours supplémentaires — toujours le master, occupent largement tout ce semestre. De fait, j’ai écrit de manière très fractionnée. De surcroît, plusieurs des personnes que j’ai rencontrées pour ce travail n’étaient pas disponibles quand je l’étais, l’étaient quand je ne l’étais pas. Mon dernier rendez-vous date du 27 novembre, c’est dire si j’ai fini tard les entretiens. Après chacun d’entre eux, des ajouts et des modifications à apporter, cela va sans dire. Que ne les as-tu fait, me direz-vous, avant l’été ? C’est qu’entre la fin mai où j’ai rencontré pour la première fois ma directrice pour lui soumettre mon projet et le mois d’août, j’ai effectué toutes les recherches bibliographiques, j’ai annoté une masse considérable d’articles et de documents qui me serviraient par la suite. Je n’ai eu la sensation de maîtriser les contours de mon sujet qu’à l’issue de cette période (période où j’avais cours jusqu’au 21 juin, je n’ai complètement plongé dans mon sujet qu’à ce moment-là) et j’ai commencé les entretiens à la rentrée.

Relisant le premier jet pour l’envoyer à ma directrice, j’étais assez assommée. Voilà une succession de paragraphes qui permettraient d’alimenter le blog durant un an mais qui pour l’heure manquent cruellement de liant. Dans le même temps, à la lumière de discussions avec des amis et collègues, certaines parties m’apparaissaient bancales, d’autres au contraire trop fournies, j’ai donc remanié le plan, ce que je n’avais jamais fait à un stade aussi avancé. Dire que je travaille dans l’urgence est, vous l’aurez compris, un euphémisme. Cependant, il me semble que la progression des paragraphes est maintenant plus logique. Reste à rédiger les transitions pour que le tout prenne une forme à peu près correcte. Croisons les doigts pour boucler dans les délais. La trêve des confiseurs ne sera pas propice à l’exercice mais j’aurais volontiers soumis ce travail à la relecture collaborative (voir l’excellent billet de Johanna Daniel sur cette question), pour avoir des réactions sur ma démarche. Je me contenterai donc d’un simple billet — dont l’introduction risque fort d’être plus consistante que le corps — pour la présenter.

Le titre définitif du travail, celui que j’ai fait parvenir à la scolarité, est finalement “Les modes de communication de la recherche aujourd’hui : quel rôle pour les bibliothécaires ?” Je suis consciente qu’il n’est pas très percutant mais je n’ai pas eu d’inspiration pour un titre chic et choc. La question qui sous-tend ce travail est la suivante : quels sont les impacts de l’évolution des formes de communication des chercheurs, blogs et réseaux sociaux notamment, sur le travail des bibliothécaires ? Outre la crainte de rendre un mémoire insuffisamment abouti par manque de temps, j’ai également peur de sombrer dans ce que Morozov appelle l’époqualisme, à savoir l’idée que ce qui est nouveau apportera forcément du bien : depuis le temps que je lis les blogs de chercheurs, que je suis sur twitter, ces outils m’apparaissent évidents alors qu’ils sont loin d’être adoptés par une majorité de chercheurs. Il me semble toutefois qu’à l’heure où Hypothèses comporte près de mille carnets de chercheurs, on ne doit pas ignorer ce qui fourmille.

Pour tenter de cerner cette évolution de la diffusion de la recherche, j’ai essayé tout d’abord d’en retracer très brièvement l’histoire à grands traits, pour ne pas dire à traits grossiers. La communication scientifique, fondée sur la revue et l’article depuis Henry Oldenburg, a commencé à être battue en brèche à la fin du 20e siècle : crise de la transmission, mais aussi crise de l’évaluation, cela au moment de l’émergence d’un nouvel outil accélérant considérablement les communications entre chercheurs, l’internet. Voilà qui ne se fait pas sans heurts, provoquant une sorte de querelle des anciens et des modernes (je caricature). La facilité à échanger, son instantanéité, a également provoqué un phénomène de désintermédiation, modifiant profondément le rôle de professions comme celle des bibliothécaires. Les chercheurs, eux, sont devenus très autonomes par rapport aux bibliothèques et l’on a vu en quelques dizaines d’années leurs pratiques documentaires se modifier profondément. Pour les professionnels de l’IST, qui avaient auparavant, pour résumer, des rôles de gardiens des ressources, c’est désormais plutôt d’un rôle d’accompagnement qu’il convient de parler.

En effet, la désintermédiation conduit à faire émerger de nouveaux modes de communication entre les chercheurs, qui sont de surcroît portés par de nouveaux acteurs hors des institutions. Aujourd’hui, la communication scientifique ne repose plus seulement sur l’article et sur le périodique, les actes de colloque, le livre, conservés à la BU mais aussi sur des publications d’un nouveau genre, que sont les billets de blogs, les tweets et les posts sur les réseaux sociaux. Ce processus aboutit à de nouvelles visibilités dont j’ai essayé de brosser les enjeux dans la deuxième partie. Impossible d’évoquer ces questions sans s’arrêter sur la problématique de l’identité numérique dans le contexte académique. Ensuite, j’ai dressé un panorama des médias sociaux sur lesquels s’expriment les chercheurs, rien de bien surprenant dans ces sous-parties là pour qui possède un agrégateur fourni. Il existe une tension, toutefois, dans les relations entre bibliothécaires et chercheurs sur la toile. Si ces derniers peuvent s’exprimer très librement sur les grands sujets concernant l’université et la recherche, c’est plus difficile pour les bibliothécaires qui s’expriment sous couvert d’une autorité hiérarchique. Ce dialogue, de fait, est bancal ; pensons aux non-discussions sur la licence Elsevier/Couperin. Fort heureusement, il reste des sujets sur lesquels échanger.

Que deviennent finalement les bibliothécaires au pays des carnets de recherche et des altmetrics ? C’est l’objet de la troisième et dernière partie. Au fil de ce travail me sont apparus trois grands axes, qui renouvellent les missions traditionnelles, sans pour autant les délaisser. Il s’agit comme à l’accoutumée de collecter ces nouveaux matériaux, de les redocumentariser. Du dépôt légal du web aux travaux de curation, ce sont de nouveaux profils de bibliothécaires qui émergent. Autre axe dans ce contexte, la question des autorités (diable, du catalogage ! elle n’a pas pu s’en empêcher !), qu’un bibliothécaire ne manquera pas de relier à la question de la présence numérique, pour reprendre le terme de Louise Merzeau, du chercheur. Si vous êtes toujours dubitatif, allez voir du côté d’IdHAL. Enfin, dernier axe, il s’agit comme toujours de former à la fois aux nouveaux outils, à leurs atouts comme à leurs limites, et aux enjeux de ce paysage informationnel qui se redessine dans le monde académique.

Entrer dans le labo à ciel ouvert que nous offrent les médias sociaux, repérer les pratiques, cerner leurs bénéfices et leurs risques afin de guider les jeunes chercheurs, nous avons du pain sur la planche pour demain !

Voilà synthétisé à la va-vite un mémoire rédigé en courant. Des questions, remarques, critiques ?

Le mémoire infuse

Le mémoire infuse

Le mémoire que je dois rendre cet hiver, dont j’avais publié ici le projet, ne cesse de prendre des orientations inattendues. Je découvre des pistes que je n’aurais pas pensé inclure, elles m’obligent à revoir la structure du travail, me conduisant à un plan provisoirement définitif, qui semble persister comme plan définitivement provisoire.
Venons-en au sujet lui-même. Cette idée de travailler sur les nouveaux modes de communication de la recherche est venue des réflexions de l’acquéreur et de la formatrice que j’étais les années passées. Nous avons là, me disais-je en passant des commandes de façon très traditionnelle — catalogues d’éditeurs, bibliographies d’enseignants, une matière actualisée, presque vivante, dont nous ne nous servons pas. Je voyais pourtant sur les blogs, sur les réseaux sociaux et les listes de diffusion tant de choses à exploiter. En tant que formatrice à zotero et aux outils de veille pour les doctorants, je lisais un certain nombre de carnets sur Hypothèses pour les faire découvrir. Voilà qui a constitué le semis de ce travail : comment faire de la veille et utiliser cette production scientifique, comment exploiter les richesses de ces laboratoires à ciel ouvert ?
Un collègue me suggérait au printemps de ne pas abandonner la réflexion sur nos missions traditionnelles, l’archivage, la collecte, le signalement. En m’y penchant, je me suis aperçue que si la BnF faisait des collectes régulières via le DL web sur suggestion de ses chargés de collection, il n’y avait pas encore de politique nationale pour un archivage exhaustif des blogs de chercheurs. Beaucoup sont collectés, bien sûr, les chargés de collection font de la veille et ils ont l’oeil mais ce n’est pas encore systématisé, semble-t-il. Et que dire des LT de colloques et de séminaires qui se perdent dans les limbes twittesques ? Ces documents, témoins de la recherche en train de se faire, nous échappent largement alors qu’ils seront d’un intérêt majeur pour les historiens de demain.
Plus récemment, j’ai été contactée par des collègues qui avaient vu le questionnaire que j’ai mis en ligne pour ce travail. Nous avons échangé et la problématique de l’identité numérique, dans sa tension entre autorité et notoriété, a émergé. Les chercheurs sont nombreux à publier leurs travaux sur des réseaux sociaux académiques tandis que les bibliothèques développent des sites consacrés aux autorités (VIAF, IdRef, ISNI). Ces pratiques ne semblent pas poreuses, ne pourraient-elles pas le devenir ?
Côté bibliothèques, on assiste à un développement similaire, les collègues ouvrent des blogs, sont sur les réseaux sociaux. Néanmoins, il existe une tension chez nous entre le travail et la profession qu’on ne retrouve pas chez les chercheurs. Un scientifique parle de son travail, c’est-à-dire de sa recherche ; un bibliothécaire parle de sa profession, son travail flirtant toujours avec le devoir de réserve. Il serait bon pourtant de parler davantage du travail, de ses débats et ses échecs, comme de ses réussites. Dommage que nous ne commentions pas plus les projets en cours, notamment ceux en lien avec la recherche pour faire connaître l’activité des BU. Là encore, peu de liens entre chercheurs et bibliothécaires.
J’imagine qu’avant l’hiver, la germination aura encore franchi une étape et que d’autres éléments seront venus enrichir la réflexion. Le sujet me passionne. À quel niveau, local ou national, travailler ? Quels positionnements adopter ? Voilà un grand nombre de questions qu’il faudrait pouvoir étudier. Je crains de manquer de temps et de devoir bâcler mes conclusions dans les semaines qui me restent alors que j’aimerais pouvoir poursuivre mes explorations de ce matériau si riche. Je manque de temps, je boude, j’écris pour le blog ! L’écriture de ce billet elle-même me conduit à repenser des aspects du travail et tout recommence.
De la rareté à l’abondance : réapprendre à travailler

De la rareté à l’abondance : réapprendre à travailler

Le deuxième semestre est désormais bien entamé et les élèves-conservateurs dont je suis sont submergés de travail. Le mémoire, tout d’abord, est à rendre au plus tard le 5 janvier. Parallèlement, nous travaillons en groupe sur une gestion de projet, que nous devrons également achever à la fin de l’année. Nous avons cours et chaque unité d’enseignement, chaque option, s’achèvera par une évaluation. Certains d’entre nous ont choisi de valider en plus un master professionnel, qui ajoute à ces mois déjà bien chargés trois unités d’enseignements et leurs travaux d’évaluation assortis. C’est peu dire que nous sommes occupés.
Qu’il s’agisse de la gestion de projet ou du mémoire, je suis frappée de constater à quel point la recherche documentaire a évolué. Quand j’étais étudiante, on partait à la BU en quête de documents, on lisait de bout en bout les livres et articles difficilement trouvés, on prenait des notes très précisément. Ce sont elles qui servaient de base à la rédaction future, elles étaient précieuses.
Aujourd’hui, et je le sais pourtant, la multiplicité des sources et des canaux sur la toile est impressionnante. J’ajoute dans diigo et dans zotero un nombre considérable d’articles, de pages web et de livres lus, à lire, à revoir pour les sujets sur lesquels je travaille. Il y aurait de quoi y passer des nuits entières. Le déluge informationnel ne date pas d’hier mais j’ai l’impression de devoir réapprendre à travailler. Je savais trier livres et articles lorsque j’étais étudiante, j’ai plus de mal à hiérarchiser les sources que je dégotte aujourd’hui. Beaucoup disent la même chose et pourtant beaucoup conservent un intérêt. Je trouve qu’il y a là un risque de passer plus de temps à organiser diigo et zotero (tags, notes, catégories pour fixer les souvenirs) qu’à se consacrer aux travaux eux-mêmes.
Le rythme imposé par l’école s’est considérablement accéléré au 2e semestre et il m’arrive de tonner contre, même si je sais que ce genre de période est propice à développer sa rapidité au travail. J’étais mal habituée, j’ai toujours eu la chance de pouvoir rédiger mémoires et autres travaux au long cours à des moments où je pouvais m’y consacrer pleinement. Cette fois, j’ai cours, je hante les journées d’études lorsqu’elles sont en relation avec mon sujet, je rencontre des professionnels. L’écriture, de fait, s’en trouve morcelée, reléguée aux soirs et aux week-ends quand il n’y a pas d’autres tâches urgentes. J’ai peur qu’on ressente dans le document final une impression kaléidoscopique, due à ces trop nombreuses coupures entre les plages de rédaction. Nous verrons bien.
J’aimerais, évidemment, disposer de davantage de temps pour les travaux dont je viens de parler. Il n’empêche, j’apprécie ce moment que le concours me donne. Avoir pu m’abstraire un temps du quotidien professionnel, de ses urgences et ses routines, est un luxe qui finira trop vite.
Par où commencer ?

Par où commencer ?

Nous y sommes, les travaux pour le premier semestre se sont achevés, les soutenances sont passées, le congrès de l’ABF aussi. Il n’y a plus aucun obstacle entre lui et moi. Me voilà donc face à mon sujet de mémoire.
Vous l’aviez lu peut-être ici, j’avais déjà en amont une trame depuis quelques mois déjà. Le sujet m’intéresse depuis longtemps, je stocke des éléments dans Zotero régulièrement, où j’entasse également des notes. Bref, ce sujet et moi ne sommes pas de parfaits inconnus.
Les chronologies zotero, ou comment repérer les jours où on a fait relâche…

Pour autant, débuter une travail de recherche, même pour un court mémoire professionnel, n’est pas une chose aisée quand comme moi, on a soutenu sa maîtrise il y a onze ans et qu’on a entre temps travaillé comme BAS. Durant les six années où j’officiais en bibliothèque, je n’ai été que très peu amenée à écrire. J’ai bulletiné, j’ai réclamé, j’ai catalogué, j’ai commandé mais je n’ai pas beaucoup rédigé. C’est la raison essentielle pour laquelle j’ai tenu ce blog sur lequel j’ai publié des compte-rendus de toute sorte. Il s’agissait pour moi de m’astreindre à un minimum de rédaction. Voilà qui me paraît pourtant insuffisant à l’heure actuelle.

J’aimerais pouvoir retrouver mes notes de maîtrise pour savoir comment je suis passée des premières lectures à un mémoire relié. Comment ai-je procédé pour défricher, pour poser les premiers jalons, puis pour rédiger le travail, je ne m’en souviens guère.
Tant d’années après, c’est une redécouverte. Il y a bien eu ce mémoire de DUT mais un travail à rendre en septembre portant sur un stage effectué en juillet est un travail terriblement bâclé dont je ne garde pas un bon souvenir…
Je redécouvre donc. Pour l’heure, je me débats avec une collecte d’articles et d’ouvrages trop importante pour le temps imparti1. Je me rends compte à quel point on est passé de la rareté à l’abondance. Imaginez que j’ai fait ma maîtrise en des temps où l’on utilisait à peine internet et où j’ignorais jusqu’à l’existence du PEB2. J’avais trouvé des livres à l’époque, quelques articles mais pour le reste, j’étais seule face aux poèmes que j’étudiais.
Aujourd’hui, je me trouve confrontée à un matériau aussi passionnant qu’abondant. Comment l’aborder, le classer dans Zotero, comment organiser les notes que je prends pour qu’elles soient un appui à la rédaction et non une masse indistincte ? Je me rends compte que je ne me suis jamais posée ces questions lorsque je formais les étudiants à Zotero. Une chose est sûre, si d’aventure je dois refaire des formations à un logiciel de gestion bibliographique, je ne les concevrai plus pareil. Auparavant je pensais outil, désormais je penserai besoins.
Au milieu du mois, j’ai remis à ma directrice de mémoire un document avec problématique, axes de travail et orientations bibliographiques, qui était demandé par l’école. A ce moment-là, les grandes lignes étaient à peu près claires dans ma tête. Ensuite, je me suis attelée à déblayer le terrain, à lire au maximum tout ce qui me passait sous la main ; après une semaine de recherches supplémentaire, tout se reconfigure déjà.
Avant d’écrire ce billet, j’étais en train de trier des références dans Zotero. J’essaie d’attribuer un tag et une note, même courte, à chacune avant de les trier dans un dossier. Avec le recul, je me rends compte à quel point les références archivées sans rien sont inutiles à exploiter lorsque l’oubli a fait son travail de sape. C’est peut-être aussi un travers de bibliothécaire, me direz-vous ! Pas si sûr, ce précieux billet de Franziska Heimburger explique bien comment exploiter toutes les possibilités de Zotero qui sinon risque de devenir un magma informe de références.
C’est un travail assez long que ce tri. La relecture des notes, outre me rafraîchir la mémoire, fait naître des questions nouvelles et me fait découvrir de nouvelles références que j’archive à leur tour dans Zotero, etc. Tout ça est sans fin.
Pour l’heure, je ne me suis pas préoccupée de la question des questionnaires et des entretiens. C’est sans doute un tort mais j’ai dû mal à les concevoir tant que je n’ai pas une idée plus aboutie de l’orientation que je veux donner à mon travail. Il faut aussi que je me penche sur la méthodologie de l’entretien, qui reste encore inconnue pour moi, avant d’en faire subir un à un malheureux collègue !
Ecrire sur le mémoire pour éviter d’écrire le mémoire, voilà un biais que je ne m’étais pas imaginé. Il est sans doute temps que je reparte travailler.
  1. Les sujets de mémoire sont attribués courant avril, le travail est à rendre en décembre.
  2. Ayant fait ma licence à Nouméa, j’ai effectué ma maîtrise à distance avec Montpellier 3 pour diverses raisons. A la première question que j’ai posée à la BU, je me suis fait envoyer paître « Voyez le catalogue » et je n’ai plus osé m’adresser à personne dans cet établissement.
    Il faut dire aussi que le jour où j’ai signalé qu’un livre était abîmé, on m’a accusé de l’avoir détérioré. Dans cette BU-là, pour moi, le « bibliothécaire » est rapidement devenu l’ennemi 😉
Nouveaux modes de communication de la recherche, quelle place pour les BU ?

Nouveaux modes de communication de la recherche, quelle place pour les BU ?

On nous l’a annoncé officiellement aujourd’hui à l’école, nos sujets de mémoire sont validés. J’en suis d’autant plus ravie que j’avais proposé ce que vous pouvez lire ci-dessous. Je n’ai pas été très diserte ces derniers mois sur le blog, peut-être ce sujet me donnera-t-il l’occasion de recommencer à écrire, ici ou ailleurs. L’ouverture d’un carnet de mémoire ne serait peut-être pas incohérente avec une telle thématique. Tout ça n’en est qu’à ses balbutiements, affaire à suivre…

Carnets de recherche, listes de diffusion, réseaux sociaux dédiés et grand public, les échanges entre les chercheurs passent aujourd’hui par de multiples canaux, dont certains sont très librement accessibles. Dans ce nouvel environnement réticulaire, tout à la fois laboratoire 2.0 et espace d’actualités et de débats, la bibliothèque pourrait jouer un rôle de premier plan.

Ateliers ouverts

Ces nouveaux espaces d’échanges, qu’ils soient presque synchrones – listes de diffusion, réseaux sociaux, ou sur un temps long – commentaires de blogs, offrent une occasion unique d’observer la recherche en train de se faire. Le carnet, c’est désormais “l’atelier ouvert” de l’historien, écrit Pierre Mounier1. Dans quelle mesure les bibliothécaires, qu’ils soient acquéreurs ou formateurs par exemple, consultent-ils cette production méta-scientifique ? Ont-ils intérêt à l’investir ?
Evoquant les personnels ITA du CNRS, Marin Dacos a dessiné un portrait qui n’est pas si éloigné de celui du rôle des bibliothécaires dans les établissements de l’ESR : “ils accompagnent la recherche, les chercheurs. Ce sont donc des compa­gnons de science. Ils sont vos meilleurs alliés, amis chercheurs, dans le tra­vail amont de la recherche, car ils développent des compétences spé­ci­fiques très pré­cieuses, et dans le tra­vail aval de la recherche, pour la même raison. »2 De fait, en tant que compagnons de la science, quelle implication pour les bibliothécaires sur les carnets de recherche et les réseaux de chercheurs ? Les utilisent-ils pour proposer des services ? Participent-ils aux débats en cours ?

Articulation du sujet

Le sujet pourrait être traité en trois temps :
  • une première partie rappellerait l’explosion des nouveaux modes de communication de la recherche. Plusieurs d’entre eux peuvent être étudiés. Les blogs de chercheurs, en premier lieu, ont vu leur nombre augmenter considérablement ces dernières années, notamment avec le développement de la plate-forme Hypothèses. Carnets de terrain, de débat ou de séminaire, carnets de chercheur, ils témoignent d’une volonté de partager des pratiques et des résultats. En second lieu, les réseaux sociaux académiques, que la communauté scientifique investit toujours davantage, constituent des espaces d’information incontournables. Ils rendent aussi compte des discussions et controverses du moment. ResearchGate, Academia.edu, pour ne citer qu’eux, en sont quelques exemples. Les réseaux grand public, tels twitter et Facebook, ne sont pas à négliger car ils sont utilisés au quotidien par certaines communautés de recherche. Enfin, les listes de diffusion, qu’elles soient disciplinaires ou thématiques, ont une audience très large auprès des communautés de recherche. Qu’elles concernent un domaine particulier ou des questions inter-disciplinaires – l’accès ouvert par exemple, elles sont un reflet au quotidien des préoccupations et des questions des communautés de recherche.
  • une seconde partie pourrait interroger les pratiques des bibliothécaires autour de ces nouveaux modes de communications. Par le biais d’une enquête et/ou d’entretiens, il s’agirait de savoir si les personnels se rendent ou non sur ces nouveaux espaces qui sont autant de sources d’information, s’ils y prennent part (listes de diffusion) et s’ils les utilisent (plate-formes de blogs). Si l’on a pu constater sur Hypothèses.org l’ouverture de quelques carnets de bibliothèques, voire même de blogs de bibliothécaires, il conviendrait de voir si cette pratique est augmentation et si les établissements insufflent ou pas une dynamique en ce sens. De même, on pourrait tenter de mesurer comment les bibliothécaires sont présents sur les listes de diffusion et les réseaux sociaux liés à la recherche.
  • des pistes de réflexion concernant des services à proposer aux chercheurs via ces espaces d’échanges pourraient être esquissées dans une troisième partie. On peut imaginer des services en amont des nouvelles pratiques des chercheurs comme des formations à la maîtrise de l’identité numérique, à l’utilisation des blogs et des réseaux sociaux. Ces formations sont déjà proposées par quelques établissements qu’on pourrait étudier. D’autres services pourraient se développer en aval, via la mise en valeur des collections et des services : production de billets de blogs sur des plate-formes spécifiques, mailings sur les listes de diffusion et participation aux discussions, animation de groupes sur les réseaux sociaux, etc. Devenant producteur de contenus, le bibliothécaire développerait de nouvelles compétences auxquelles il devrait être préalablement formé. Pourtant, sa participation active à la vie des communautés sur ces espaces est précisément ce qui pourrait lui permettre d’être hors les murs et de renouer des liens parfois distendus avec les chercheurs. Ce faisant, il acquerrait davantage de visibilité. On peut espérer que celle-ci pourrait conduire, peut-être, à entretenir des relations plus étroites avec les chercheurs.

« Être là où le public passe »3

Lionel Maurel employait cette formule au sujet des usagers des bibliothèques publiques lorsqu’il s’agissait de promouvoir de nouveaux services. L’investissement des bibliothécaires sur les espaces d’échanges des chercheurs n’est pas si éloigné : les chercheurs fréquentant les BU dans une moindre mesure, il s’agit désormais de se rendre là où ils sont, de pousser, en quelque sorte, la porte des laboratoires sur la toile.
  1. « Sur son carnet, l’historien travaille à « atelier ouvert » : il dévoile le quotidien de son activité, ses lectures, ses trouvailles, ses hypothèses, ses doutes. Finalement, il évoque un aspect de la recherche « en train de se faire » (selon la formule empruntée à Bruno Latour), qui intéresse aussi bien ses collègues les plus immédiats, désireux d’accéder sans délai à cette information et éventuellement de la critiquer sur le mode de la conversation scientifique, et en même temps un plus large public intéressé pour une raison ou une autre par le thème traité. »
    MOUNIER P. « Ouvrir l’atelier de l’historien. Médias sociaux et carnets de recherche en ligne ». Revue d’histoire moderne et contemporaine. 30 janvier 2012. Vol. n° 58-4bis, n°5, p. 101‑110.
  2. DACOS M. Comment mieux faire connaître mes recherches ? En ligne. Blogo-Numericus. 24 août 2012. Disponible sur : < http://blog.homo-numericus.net/article10288.html > (consulté le 28 février 2014)
  3. L’ÉQUIPE@GALLICABNF. « Une bibliothèque numérique sur les réseaux sociaux : » s.l. : s.n., 2012. Disponible sur : < http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2012-05-0031-007 > (consulté le 28 février 2014)