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Bibliothéconomie & cie

Retour en salle Labrouste

En juillet dernier, nous étions quelques-uns à avoir la chance de faire une visite de la salle Labrouste restaurée, à l’invitation de la direction de la bibliothèque  l’INHA, pour redécouvrir ce lieu splendide qui rouvrira au public en décembre. L’ancienne salle des imprimés de la BN, restée vide après le déménagement de ses collections sur le site de Tolbiac, va en effet voir s’implanter la bibliothèque de l’INHA. Sa réouverture marque la fin de la première phase d’un chantier plus vaste, le projet Richelieu, qui vise à rénover le quadrilatère, aujourd’hui occupé par les départements spécialisés de la BnF.

Anne-Elisabeth Buxtorf, la directrice de la bibliothèque de l’INHA, nous a rappelé la genèse de la création d’un institut consacré à l’histoire de l’art et disposant d’une bibliothèque de référence, voulu par André Chastel dès les années 1980, qui se concrétise enfin. Dans un article du BBF en 2004, Martine Poulain, alors directrice de la bibliothèque, avait retracé l’histoire de l’Institut national d’histoire de l’art, qui n’était alors créé que depuis trois ans. Plus de 1,7 million de documents à terme, issus des collections de la bibliothèque d’art et d’archéologie et de la bibliothèque centrale des musées nationaux, auxquels s’ajoutent les acquisitions courantes réalisées depuis quinze ans.

Le projet architectural, lui, était aussi ambitieux que visionnaire. André Chastel avait déjà imaginé un libre accès pour les lecteurs de la future bibliothèque. Lorsque l’INHA a pu disposer de la salle Labrouste, il est apparu que ce libre accès trouverait naturellement sa place dans le magasin central.

« Le souhait de l’INHA est bien sûr que le concours soit gagné par un architecte dont le génie soit si ce n’est égal à celui de Labrouste, tout au moins apte à respecter son œuvre, tout en lui donnant cette once de modernité et d’invention qui sont le signe du vrai respect du patrimoine. Les merveilleuses cariatides qui entourent l’immense baie vitrée ouvrant sur les magasins Labrouste, obscurcis par Roux-Spitz, attendent l’architecte hors pair qui saura redonner vie à ce passage fameux entre une architecture traditionnellement basilicale (la salle Labrouste), et une architecture de fer promise à un bel avenir, avec Eiffel ou Guimard. » 1)« Une grande bibliothèque d’art en préparation : la bibliothèque de l’INHA« , Martine Poulain

C’est finalement Bruno Gaudin qui a conduit ce vaste chantier, ainsi que l’architecte en chef des monuments historiques, Jean-François Lagneau. Il s’agissait de faire d’un lieu classé un espace accessible pour les publics à mobilité réduite et adapté aux usages d’aujourd’hui. Le hall, la salle Labrouste et le magasin central sont désormais accessibles de plain-pied.

La salle Labrouste a retrouvé ses couleurs d’origine et pour qui l’a connue avant les travaux, la différence est spectaculaire. « Cette lumière ! », s’exclamait votre serviteure en y déambulant. Pour un peu, les arbres peints par Desgoffe trembleraient sous la brise.

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2008, avant les travaux

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La salle aujourd’hui

Ce vaste espace, où le service des acquisitions de l’INHA a été installé quelques années après le déménagement des imprimés de la BnF à Tolbiac, s’était assombri au fil des années. Jamais on n’aurait pu imaginer il y a dix ans la clarté voulue par Labrouste et cette impression d’être si proche du jardin grâce aux baies vitrées — on apercevait les cimes des arbres au moment de la construction — et aux fresques.

Mon bureau en 2008 (place 354 pour les habitués)

Mon bureau en 2008, à la place 354

Depuis la place 354 aujourd'hui

Depuis la place 354 aujourd’hui

Les coupoles ont retrouvé leur blancheur nacrée d’origine, la moquette a été remplacée par un parquet en chêne, qui renvoie lui aussi la lumière.

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Les rayonnages de la salle ne seront pas accessibles au public, qui rêvera sans doute de la vue spectaculaire depuis la galerie. Trop peu larges, difficilement accessibles, les galeries ne seront autorisées qu’au personnel.

Les marches de l'escalier en colimaçon, pour rejoindre les galeries, où même l'auteur de ses lignes ne parvient pas à poser son pied en entier !

Les marches de l’escalier en colimaçon, pour rejoindre les galeries, où même l’auteur de ces lignes ne parvient pas à poser son pied en entier !

Une galerie avant les travaux. Le vide entre le rayonnage et le sol a été comblé par du plexiglas

Une galerie avant les travaux. Le vide entre le rayonnage et le plancher a été comblé par du plexiglas

Les futurs lecteurs pourront profiter des astucieuses trouvailles de Labrouste pour travailler confortablement. À chaque place, il avait prévu une patère pour accrocher les sacs. Les tuyaux qui courent sous les tables servaient non seulement de repose-pied, mais aussi de chauffage. La salle était également chauffée par les beaux calorifères et par des bouches d’air chaud au sol, disposées un peu partout dans les allées. La moquette les avait dissimulées, on les redécouvre aujourd’hui.

Les tuyaux servent aujourd'hui à dissimuler les câbles électriques et ethernet

Les tuyaux servent aujourd’hui à dissimuler les câbles électriques et ethernet

Un peu de confort moderne

Un peu de confort moderne…

... les besoins des usagers et du personnel ayant évolués (ancienne table du magasin central)

… les besoins des usagers et du personnel ayant évolué (ancienne table avec encrier du magasin central)

Le clou de la visite a été la découverte du magasin central, qui a lui aussi été entièrement restauré. Je l’avais déjà visité avant les travaux, c’est sans doute la plus spectaculaire rénovation qu’il m’ait été donné de voir. Dans le magasin central, les rayonnages avaient été doublés, car la BN manquait de place, et les caillebotis étaient recouverts pour faciliter la circulation des chariots. De gros et laids robinets incendie armés étaient venus s’ajouter, prévention incendie oblige. Les architectes ont relevé un double défi lorsqu’ils ont travaillé sur cet espace : ils lui ont à la fois redonné son aspect d’origine et ils l’ont rendu accessible au public, en y ajoutant 82 places de lecture.

Le magasin central en 2008

Le magasin central en 2008

C’est en effet dans ce lieu que seront installés les 150.000 ouvrages en libre accès de l’INHA. Un vaste chantier de sélection des ouvrages a été conduit dans les années 2000, sous la houlette de Catherine Brand, alors chef du service des acquisitions, sur l’intégralité de la collection. Munis d’une petite table et d’un ordinateur portable, des binômes de bibliothécaires ont passé des heures dans les magasins à passer en revue chaque ouvrage, afin de déterminer s’il rejoindrait ou non le futur libre accès. Ce travail de fourmi voit son aboutissement aujourd’hui et ce n’est pas sans émotion que j’ai découvert l’endroit où ces livres trouveraient finalement leur place 2)Il faut vous imaginer que nous avons fait de la sélection dans tous les magasins de Richelieu, du caveau, ainsi nommé pour ses voûtes, au 6e étage du magasin de la salle ovale, en passant par la troisième galerie de la salle ovale, où votre serviteur tremblait de faire tomber un livre et tentait vainement de se convaincre que, non, elle n’était pas sujette au vertige..

Revenons-en au magasin lui-même, où le métal et le bois ont retrouvé leurs droits.

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Ce n'est pas une illusion d'optique : les rayonnages les plus hauts sont plus étroits, afin de laisser passer la lumière au maximum. Le génie de Labrouste, là encore

Ce n’est pas une illusion d’optique : les rayonnages les plus hauts sont plus étroits, afin de laisser passer la lumière au maximum.

Les nouvelles places de consultation dans le magasin

Les nouvelles places de consultation dans le magasin

Les escaliers sont restés étroits

Les escaliers sont restés étroits

De nombreux blogueurs sont floutés sur cette image

Des blogueurs sont floutés sur cette image, devinerez-vous lesquels ?

Les caillebotis d’origine n’ont pas pu être laissés en l’état. Il faut vous imaginer que marcher sur de la fonte ajourée, c’est spectaculaire, vertigineux même, mais ça n’autorise ni les talons, ni les fauteuils roulants, ni les chariots à livres, sans compter la poussière qui passe. Les architectes ont donc ajouté un nouveau caillebotis, pour gagner en confort sans perdre en lumière. En relevant les yeux, on peut toujours voir celui d’origine, qui a été conservé. On peut se rendre compte de l’aspect de la fonte à la construction, une splendeur de légèreté, sur les photos de la BnF consacrées au projet Richelieu, notamment celle de la galerie Auguste Rondel.

Les barres supportaient des tablettes pour poser des livres lors de ma première visite. Les barres à hauteur des chevilles empêchaient de mettre le pied dans cet espace vide à l'origine

Les barres supportaient des tablettes pour poser des livres lors de ma première visite. Les barres à hauteur des chevilles empêchaient de mettre le pied dans cet espace, vide à l’origine

La baie séparant le magasin et la salle avait été fermée par Michel Roux-Spitz, l’architecte en chef de la bibliothèque nationale entre 1932 et 1953. Devant répondre à des contraintes de place, celui-ci a ajouté les colonnes métalliques noires que l’on voit toujours dans le magasin, pour pouvoir construire des étages supplémentaires.

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Le pneu, l’un des derniers à n’avoir pas été démonté, a été conservé par les architectes. Il servait à envoyer, au moyen de « curseurs », les demandes de communication des lecteurs aux magasiniers en poste dans les différents magasins de la BN.

Le pneu avant les travaux

Le pneu avant les travaux

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Arrivée/départ des navettes

Arrivée/départ des navettes

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Le pneu est aujourd’hui débarrassé de la cabine de bois qui l’occultait en partie

Dans la salle Labrouste, l’hémicycle a été intégralement réaménagé. La nouvelle banque de communication y est installée, de même qu’un espace de reprographie. La salle de consultation patrimoine en occupera aussi une partie 3)à l’ouverture en décembre, le département des estampes et de la photographie de la BnF l’occupera, le temps de la seconde phase de travaux.

L'hémicycle, juste avant l'exposition de Sophie Calle, "Prenez soin de vous", en 2008 dans la salle Labrouste

L’hémicycle, juste avant l’exposition de Sophie Calle, « Prenez soin de vous », en 2008

La future banque de communication

La future banque de communication

À l'issue des travaux, deux rampes handicapés ont été ajoutées autour de l'ancienne présidence de salle, qui s'en trouve profondément modifiée

À l’issue des travaux, deux rampes handicapés ont été ajoutées autour de l’ancienne présidence de salle, qui s’en trouve profondément modifiée

La future salle du patrimoine, dans la partie gauche de l'hémicycle

La future salle du patrimoine, dans la partie gauche de l’hémicycle

Plus de présidence de salle comme auparavant, les responsables du projet ayant opté pour une nouvelle banque de renseignements, au sein même des places de lecture.

La nouvelle banque de renseignements, en bas à droite

La nouvelle banque de renseignements, en bas à droite

Si vous êtes observateurs, vous remarquerez que les places autour des colonnes en fonte ont été supprimées, normes de sécurité obligent, parce que la fonte est un matériau combustible et qu’on tient au confort des lecteurs. Qu’on se rassure, les pompiers veillent toujours.

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Lorsque nous sélectionnions les livres pour le libre accès de cette bibliothèque et que nous voyions la date des travaux reculer souvent, nous perdions parfois l’espoir de voir le projet se concrétiser un jour. Enfin, on peut s’en réjouir et imaginer que les cariatides, qui ont connu plus de transferts de collections qu’il est possible d’en imaginer en une vie d’homme, vont de nouveau voir passer des générations de lecteurs.

2008, déménagement du service des acquisitions de l'INHA

2008, déménagement du service des acquisitions de l’INHA

2016

2016

 

Il me reste à remercier infiniment, pour clore cet article, Anne-Elisabeth Buxtorf, directrice de la bibliothèque de l’INHA, Lucie Fléjou, de la mission communication de la bibliothèque, et Hélène Boubée, du service de la communication de l’INHA, de m’avoir donné l’occasion de revenir dans cette salle où j’ai débuté ma carrière. Louis Jaubertie, qui œuvre projet Richelieu à la BnF, était aussi de la visite pour répondre à nos questions.

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Notes   [ + ]

1. « Une grande bibliothèque d’art en préparation : la bibliothèque de l’INHA« , Martine Poulain
2. Il faut vous imaginer que nous avons fait de la sélection dans tous les magasins de Richelieu, du caveau, ainsi nommé pour ses voûtes, au 6e étage du magasin de la salle ovale, en passant par la troisième galerie de la salle ovale, où votre serviteur tremblait de faire tomber un livre et tentait vainement de se convaincre que, non, elle n’était pas sujette au vertige.
3. à l’ouverture en décembre, le département des estampes et de la photographie de la BnF l’occupera, le temps de la seconde phase de travaux

La communication non violente au travail ?

« D’après différentes enquêtes, plus ou moins 60% des personnes au travail s’ennuient, souffrent de stress, de harcèlement, de la peur du lendemain, de la crainte du regard de l’autre, de l’appréhension du conflit, de la difficulté à exprimer leurs émotions de manière utile et transformante et de l’incapacité à dire non à temps, dans la bonne mesure et à la bonne personne. Souvent, ces personnes ressentent la désespérante impression de ne servir à rien, de n’être utile à personne, de ne goûter aucun sens à ce qu’elles font et viennent, bien malgré elles, grossir soit les listes répertoriées de l’absentéisme, soit celles, moins officielles mais tout aussi tragiques, du présentéisme. « 

Thomas d’Ansembourg, in Pratiquer la CNV au travail / Françoise Keller

Les premiers mots de la préface de ce livre de Françoise Keller, Pratiquer la CNV au travail, rappelleront à beaucoup d’entre nous des situations déjà connues, passagères ou enkystées, résolues pour certains, dramatiquement présentes pour d’autres. La méthode exposée pour les résoudre n’est pas nouvelle, la Communication NonViolente est une technique, une marque déposée même (!), développée par Marshall B. Rosenberg dans les années 1970, reposant sur l’empathie.

En deux mots, la CNV consiste à considérer que chacun a un certain nombre de besoins. Dans une situation de communication, les incompréhensions naissent souvent de l’insatisfaction de l’un ou l’autre de ces besoins (« Mon chef m’est tombé dessus dès lundi matin ! » => votre besoin de sommeil était-il vraiment satisfait ?). Au lieu de tenir grief à l’autre de sa demande, en CNV, on doit tenter de la reformuler en une observation, afin de pouvoir amorcer un dialogue, dans lequel on sera tout aussi attentif aux besoins de l’autre qu’aux siens (Mon chef m’est tombé dessus dès lundi matin, quelles sont ses attentes ? => « Vous semblez préoccupé, y a-t-il des délais contraints pour … ? »).

On retrouve souvent le symbole de la girafe en CNV : la girafe a un gros cœur (et non pas le cœur gros, par avance, pardon pour l’earworm), elle accepte d’exprimer ses émotions. De par sa hauteur, elle voit loin et elle peut anticiper. Enfin, elle a une langue épaisse qui lui permet de se nourrir sans sentir les épines des acacias dont elle raffole. Bref, la girafe, en CNV, c’est la panacée.

Et devenir girafe, ça s’apprend, ce qui suppose tout de même quelques bouleversements de la culture professionnelle. On remplace les traditionnels tours de table en réunion par un tour « météo intérieure ». Et de demander aux collaborateurs comment ils se sentent au travail, quelles sont leurs attentes en venant le matin. On s’interroge moins sur les avancées pour atteindre les objectifs, que sur les besoins de chacun pour les atteindre.

Le livre de Françoise Keller regorge d’exemples de situations où la CNV peut aider. Globalement, au lieu d’envoyer paître le collègue qui dit qu’il manque de temps, on est plutôt censé réagir en invitant au dialogue : « Quand tu me dis que c’est normal que ton programme ne marche pas parce qu’on ne t’a pas donné assez de temps, je suis agacé car j’ai besoin de clarté dans les engagements que nous prenons les uns et les autres. Comment réagis-tu quand je te dis ça ? » (p. 188)

J’ai lu ce livre parce que j’étais à la recherche d’ouvrages sur la gestion de conflits, notamment ceux qui peuvent survenir avec les usagers. Le terme « non violent » est trompeur, certains formateurs lui préfèrent celui de « communication consciente », en raison de l’attention qu’on va porter à chacun, mais aussi à soi-même (l’auto-empathie a une grande importance en CNV). Ce n’est donc pas dans cet ouvrage qu’on trouvera des réponses à la façon de répondre au lecteur qui vous agresse verbalement à la banque d’accueil. La CNV est par ailleurs un processus au long cours, qui s’acquiert avec un temps de pratique conséquent.

Par ailleurs, l’ouvrage est vraiment adapté — comme c’est malheureusement le cas pour 99% des ouvrages de développement personnel — au monde de l’entreprise. Difficile parfois de se reconnaître dans ces exemples de gens qui ont avant tout des clients à satisfaire.

Pour autant, donner la possibilité à chacun d’exprimer ses attentes, au moment où certains baromètres ne sont pas au beau fixe chez les fonctionnaires, semble une piste à explorer pour améliorer la qualité de vie au travail.

  • Keller Françoise, Pratiquer la CNV au travail: la communication non violente, passeport pour réconcilier bien-être et performance, Paris, France, InterÉditions, 2013.
  • Rosenberg Marshall B., Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) : introduction à la communication nonviolente, Paris, France, La Découverte, 2005.

Quelques mots sur le design thinking

Je m’étais promis de le faire il y a des semaines, puis j’ai procrastiné comme tout le monde. J’ai enfin pris le temps de me plonger dans le kit pratique « Le design thinking en bibliothèque« , que l’on peut découvrir sur le blog de Nicolas Beudon, Le Recueil factice. Mais alors, c’est quoi le design thinking (DT), à part des post-it et des gommettes ?

Un simple résumé de ce qui m’a frappé (je suis correspondant formation et je serais ennuyée de ne pas avoir suffisamment informé les admissibles sur la question, que les plus innovants des jurys ne manqueront pas de poser, je n’en doute pas).

« Dernière révolution terminologique en vogue, oubliée dans cinq ans », me disait un collègue acerbe. Diable, il y va fort. Le DT, c’est de la méthodologie de projet ; de ce point de vue, en effet, ça n’invente pas grand chose. Cependant, si, comme moi, vous avez subi ladite « gestion de projet » telle qu’elle se pratique depuis vingt-cinq promotions dans une école lyonnaise, vous aurez forcément envie d’en apprendre davantage. Ben oui, quoi, vous avez appris la gestion de projet pure et dure, celle qui est parfaite pour lever des ponts et vendre des pneus, mais qui se révèle beaucoup moins adaptée pour des projets en bibliothèque. [Interlude-souvenir : votre projet consistera en une étude de faisabilité, pour laquelle nous ne comptons débloquer ni budget, ni personnel. Il a fallu toute l’énergie de notre tutrice pour nous dire que, si, c’était possible.]

Si vous vous êtes déjà intéressé aux méthodes agiles et à l’innovation, le DT ne vous surprendra pas beaucoup. La phase d’itération, par exemple, n’est pas sans ressemblance avec Scrum. Si je schématise, le DT repose sur l’idée qu’on est plus créatif en dialoguant avec ses usagers qu’assis dans une salle de réunion. Il est expérimental : c’est « un processus non linéaire qui demande de la flexibilité ». [Interlude : au moins ça évite la panique lorsque le commanditaire décide qu’il va piocher un bout dans chacun de vos trois scénarios, alors que vous, à l’école, vous n’avez pas le droit de revenir en arrière avec la méthode qui sert à lever des ponts. C’est arrivé à certains écoliers.] Le DT n’est pas seulement une méthode, c’est aussi un état d’esprit, qui demande à chaque participant du projet de laisser libre cours à sa créativité. Voilà qui n’est pas chose aisée [Interlude : imaginez des conservateurs généraux assis par terre construisant des prototypes avec cartons et tissus…] En matière de communication, là encore, révolution copernicienne par rapport à la gestion de projet classique, avec le DT on invite les parties prenantes à s’intéresser au processus de projet lui-même et on n’attend pas d’avoir un produit fini parfait pour le présenter.

Le kit et le livret d’activités sont remarquablement pédagogues. La méthode est expliquée pas à pas, des exemples illustrent chaque étape et les exercices sont nombreux pour commencer à goûter l’eau. On trouve enfin de nombreuses pistes bibliographiques, pour prolonger la réflexion. Sans pratiquer, cependant, il est difficile d’en dire davantage et de se forger un avis véritable.

Une chose est sûre, lorsque j’étais dans une école lyonnaise, j’aurais bien aimé qu’on me laisse expérimenter les méthodes agiles pour mener à bien notre projet. Le meilleur que je souhaite aux prochaines promotions, avant la trentième, allez, serait qu’on les laisse se confronter au DT.

Motivation, rémunération, ou les deux ?

Le récent rapport de Maya Bacache-Beauvallet, « Où va le management public ? Réforme de l’état et gestion de l’emploi », mis en ligne récemment par Terra nova, est intéressant à plus d’un titre pour envisager les évolutions à venir, comme les plantages annoncés, malheureusement. À l’heure où la mise en place de la RIFSEEP préoccupe bon nombre de collègues, il n’est pas inutile de se pencher sur ses prévisibles impacts, dans le contexte du new public management. Ci-dessous un court relevé de citations, un peu augmenté.

Les méthodes de gestion dans la fonction publique d’après 1945 sont aujourd’hui profondément remodelées. « Cette remise en cause des méthodes de management public est sous-tendue à la fois par une approche comptable (plus d’efficience) et par une approche gestionnaire (plus de performance). » Une crise de légitimité, qui s’explique par trois facteurs, l’augmentation de la dette publique, « la remise en cause de l’État et le soupçon qui pèse sur la loyauté supposée des fonctionnaires » (10), enfin un positionnement instable entre les instances nées de la décentralisation et l’union européenne (12).

Dans le même temps, on tente de transformer l’État en important dans le secteur public les méthode du privé. « A l’opposé de ce cadre historique, le New Public Management insiste sur la nécessité de transformer ce management bureaucratique par la hiérarchie en un management par le contrat, et vante les mérites de l’évaluation à la performance pour améliorer la motivation des (…) employés » (21).

Pourtant, l’OCDE, rappelle Maya Bacache-Beauvallet, a mis en garde dès 2009 contre les primes à la performance1. « Deux types de motivations poussent en effet les agents à fournir un effort : les motivations intrinsèques (le travail procure une satisfaction par lui-même) et les motivations extrinsèques (la compensation monétaire). On pourrait penser que ces deux motivations s’additionnent. Or les expériences semblent montrer que ces motivations sont substituables et non complémentaires. Les indicateurs de performance et les compensations monétaires qui leur sont associées peuvent en effet réduire la motivation intrinsèque, et dans certains cas la motivation globale. Autrement dit, les incitations peuvent être désincitatives si elles diminuent davantage les motivations intrinsèques qu’elles n’augmentent les motivations extrinsèques. » (25)

La chose est connue depuis longtemps, lorsque les écoles ou les crèches mettent des amendes aux parents en retard, le nombre de retards augmente, « aux yeux des usagers , l’intériorisation de la norme morale lui associe une valeur infiniment supérieure à sa monétisation sous forme d’amende. » (26)

L’incitation à la performance n’est pas sans danger, car l’agent aura tôt fait de prendre du temps avec l’usager qui améliore le plus l’indicateur, au détriment des autres. « À l’inverse, une rémunération fixe incite au contraire le fonctionnaire à traiter l’ensemble des usagers de la même manière » (28).

Pour Maya Bacache-Beauvallet, la France « semble avoir perturbé son modèle historique sans réussir à proposer une nouvelle cohérence » (33). La question de la rémunération, en particulier depuis que le point d’indice a été gelé en 2007, se pose. « L’écart entre le niveau bas de la catégorie A (les cadres) et le SMIC passe de 97% en 1982 à 47% en 2012. Le niveau bas de la catégorie B est, quant à lui, rattrapé par le SMIC alors que l’écart était de 36% en 1982. » (35)

Dans ces conditions, les agents de la fonction publique en France connaissent une profonde crise de motivation — le baromètre de satisfaction des agents est au plus bas depuis 2009 —, dont la cause n’est pas seulement liée au salaire : « A la question de savoir ce qui permettrait d’augmenter la motivation au travail, la perspective d’évolution est la première réponse pour près de 30% des répondants contre la motivation liée à la rémunération pour 3% des répondants. » (50) Le nombre important de corps dans la fonction publique constitue un frein à l’évolution de la carrière des agents, frein qu’une fusion des corps permettrait de résoudre.

Maya Bacache-Beauvallet conclut le rapport en plaidant pour que la réduction des dépenses publiques ne soit pas le seul horizon de la MAP, d’autant, relève-t-elle, que le changement peut lui-même se révéler très coûteux. « Repenser le management public ne peut se faire sans une volonté politique forte, mais également par une refonte doctrinale de la part des différents partis politiques. Pour les uns, il s’agit de reconnaître les avantages de la fonction publique de carrière à assurer l’indépendance des fonctionnaires vis à vis du monde politique et économique, et à maintenir le sens de l’intérêt public par-delà les intérêts individuels ; pour les autres il s’agit d’accepter les évolutions en cours comme la simplification et la fusion des corps, le redécoupage des frontières de l’Etat, l’abandon de certaines missions pour la reconquête d’autres. » (57)

  1. Voir : http://www.oecd.org/fr/presse/43125784.pdf et http://www.economie.gouv.fr/files/files/directions_services/igpde-editions-publications/PGP30.pdf ↩︎

« La bibliothèque est aujourd’hui le lieu par excellence des libertés.
« Phare de la laïcité », ainsi que la qualifie Patrick Weil, elle pourrait devenir l’espace de la démocratie citoyenne, là où surgit la parole publique, là où se met en œuvre notre vivre-ensemble. »

Rapport sur l’adaptation et l’extension des horaires d’ouverture des bibliothèques publiques | Sylvie Robert

Open Educational Ressources : quels enjeux pour les acteurs de la chaîne du livre universitaire ? (compte-rendu de la journée d’étude de la société des étudiants-ingénieurs de Queen’s)

Comme je n’écris pas suffisamment pour avoir de blog fixe (j’y viendrai peut-être un jour…), un grand merci à Cécile d’avoir bien voulu héberger ce (pas si) petit compte-rendu de journée d’étude canadienne sur les ressources éducatives libres, sujet certes un peu exotique, mais en fait pas tant que ça ;-). — Alexandre T.


 

En stage professionnel à la Queen’s University Library (Kingston, Ontario), j’ai eu l’occasion – et le privilège ! – de participer début mars à la 21ème session annuelle de « planification sur le long terme » de la Queen’s University Engineering Society Services Inc (QUESSI), consacrée aux ressources éducatives libres : Ever Expending Open Educational Ressources (OER) : The opportunities. The perils. The future.

Welcome at Queen's University. Stauffer Library.

Queen’s University et Stauffer Library (un jour de vacances)

Je suis très reconnaissant à Mark Swarz, bibliothécaire en charge des questions de copyright à Queen’s et bien sûr à la QUESSI de m’avoir invité, tant cette journée était enrichissante. On ne le dira jamais assez, mais réussir à faire réfléchir ensemble un vaste panel de personnes d’âges et d’horizons différents est un gage de succès indéniable. En l’occurrence, sur la trentaine de personnes présentes étaient représentés étudiants de diverses disciplines (génie, business, bibliothéconomie…), libraires, éditeurs, bibliothécaires et enseignants-chercheurs. Mon objectif ici est de présenter brièvement (bon, disons aussi brièvement que possible ^^) les enjeux abordés et les quelques solutions proposées au cours de cette journée, même s’ils me semblent en grande partie assez spécifiques à la situation universitaire américaine.

Si la QUESSI s’intéressait ainsi aux mutations de la chaîne du livre universitaire, c’est qu’elle est notamment en charge de la gestion de la librairie universitaire de l’université, une boutique à but non-lucratif fondée en 1906 par des étudiants ingénieurs, dont l’objectif est de fournir aux étudiants les ressources indispensables à leurs cours au meilleur prix possible. Q.U.E.S.S.I. 21st Annual Long Range Planning SessionEn effet, l’une des contrariétés des étudiants américains – et il semble que la situation canadienne soit relativement privilégiée par rapport aux USA – est l’adossement des cours de premier cycle universitaire à des manuels (textbooks) spécifiques, indispensables pour suivre le cours, et dont les prix s’étalent de 100$ environ pour les moins coûteux à 600$ voire plus, soit largement le prix d’un mois de loyer par discipline et par an. Pour vous faire une idée (il ne me semble pas que l’exact équivalent existe en France), vous pouvez jeter un coup d’œil au site de la librairie de Queen’s : http://www.campusbookstore.com/Textbooks/.

Or, ces dernières années, ces prix ont continué à augmenter bien au-delà de l’inflation, ce qui est largement reproché aux éditeurs – lesquels se défendent évidemment de tout profit indu (ça vous rappelle quelque chose ?). Alors, bien entendu, les étudiants n’ont pas attendu pour organiser des méthodes alternatives, de la location de manuels à l’année à leur mutualisation, prêt ou duplication (ah le photocopillage !). Mais la généralisation de l’Open Access et des licences libres ouvre de nouvelles perspectives pour tous.

Au départ, les Ressources éducatives libres (c’est la traduction de l’OCDE pour Open Educational Ressources) peuvent sembler le deus ex-machina venu sauver l’enseignement supérieur, un peu à l’image de l’ouverture des résultats de la recherche [c’est d’ailleurs un intéressant reproche des enseignants aux bibliothécaires, qui leur paraissent concentrer leur soutien à l’Open Access au domaine de la recherche aux dépens de l’enseignement – bon, en même temps, les enseignants présents faisaient probablement partie de la minorité militant en faveur de la reconnaissance de l’enseignement face à la recherche car le fonctionnement américain est de ce point de vue très similaire à ce que l’on connaît en France, et effectivement axé sur la recherche plus que l’enseignement].

Pour les étudiants, les ressources éducatives libres présentent essentiellement un intérêt économique certain. D’autres atouts mis en valeur par les vidéos promotionnelles, comme l’avantage du format numérique, sont moins évidents, à quelques semaines de la parution du livre de Naomi Baron qui déconstruit patiemment le supposé confort de lecture sur écran des étudiants « natifs du numérique » (Words Onscreen : The Fate of Reading in a Digital World, Oxford University Press, 2015 ; si vous ne prévoyez pas de le lire en entier, allez jeter un œil à la recension du Washington Post). Le désagrément de la lecture studieuse numérique peut être dépassé cependant, et le compromis de la liseuse déconnectée ou de l’impression à la demande reste probablement bien plus viable économiquement – et peut-être un service attendu des anciennes librairies.

En ce qui concerne les enseignants auteurs de manuels, pour qui cette activité n’avait de toute façon jamais été vraiment créative de profits ou de reconnaissance institutionnelle (là encore plutôt basée sur les activités de recherche), la création de ressources libres ne change pas vraiment la donne en terme de difficulté de conception (enfin, un peu quand même, voir plus bas ce qu’en pensent les éditeurs), mais les perspectives de diffusion dans le monde entier sont fort valorisantes (voir vidéo ci-dessous ; celle-ci et la précédentes sont deux lauréates du concours « Why Open Education Matters » porté en 2012 par le ministère états-unien de l’éducation, la Creative Commons et l’Open Society Foundation). On pourrait certes s’interroger sur la réalité de cette diffusion planétaire et démocratique (rappelons qu’il s’agit de manuels, pas de MOOCs), mais qu’importe : notre principal objet, ici, est finalement l’existence de ressources utilisables par les universités américaines.

Bien sûr, en tant que prescripteurs de ces ressources à leurs étudiants, les enseignants rencontrent les premières difficultés liées aux OER : leur identification et leur repérage [discoverability est un mot très pratique, mais je vous laisse utiliser le néologisme qui en est tiré à vos risques et périls ^^]. Noyés dans la masse d’information d’internet, les OER ne sont pas plus facilement repérables que les autres ressources en Open Access. Qu’à cela ne tienne – s’écrient les bibliothécaires – il se trouve que nous avons développé une certaine expertise dans la veille et la recherche de ressources numériques. C’est certain, mais cette expertise a un coût, à l’heure des diminutions drastiques des subventions publiques.

L’autre inquiétude est liée à l’évaluation de la qualité des manuels. Elle me semble moins pertinente, dans la mesure où un système relativement efficace et presque gratuit de révision par les pairs est déjà largement en place, et où les bibliothèques sont, là encore, équipées pour repérer les ressources visiblement déficientes. Surtout, on peut imaginer qu’un professeur d’université appuyant l’un de ses cours sur un manuel, qu’il soit papier ou numérique, est qualifié et responsable, en dernier recours, pour en garantir la qualité. Il est cependant intéressant de remarquer que les membres des facultés ont bien retenu les dangers liés à l’Open Access, concernant notamment les « prédateurs » de la liste de Beall, plus peut-être que ses avantages…

Les éditeurs, on s’en doute, sont beaucoup plus réticents vis-à-vis des OER, ou tout du moins sceptiques. Ceux qui étaient présents ne sont pourtant ni les « géants », tirant le profit maximal des manuels, ni les plus opposés au numérique par principe. Ils rappellent d’ailleurs que les manuels sous droits existent aussi sous forme numérique, enrichis de contenus multimédias, et dépassent souvent largement en qualité leurs équivalents libres. Dans la plupart des cas (selon eux), c’est derniers sont seulement numériques dans la mesure où le contenu imprimé est lisible sur écrans, mais ils ne profitent pas réellement des améliorations pédagogiques rendues possibles par les technologies Internet. Ils rappellent ainsi aux enseignants-auteurs que le texte du cours, qu’ils sont disposés à céder gratuitement, ne constitue pas un manuel complet, et qu’il y a un réel travail d’édition à trouver et à intégrer les documents d’accompagnement (textes de référence, graphiques, photos… voir contenus multimédias). Et dans le cas d’un manuel libre, à moins de créer soi-même tous ces documents, il faut vérifier qu’ils obéissent à une licence libre compatible (certes, la généralisation des Creative Commons simplifie les choses, mais beaucoup de contenus sous droits n’ont pas encore d’équivalents, sans parler des clauses restrictives comme Non-Derivative et autres Share-Alike…).

Tout cela a un coût, évidemment, et on est assez tenté de les suivre lorsqu’ils questionnent la pérennité d’un modèle économique fondé sur la gratuité. Surtout mis en regard des services gratuits proposés par des distributeurs comme Amazon, peu connus pour leur philanthropie naturelle (Kindle Direct Publishing, destiné à faciliter la publication d’OER, est en version beta). Transmettre aux facultés la responsabilité de la conception et de l’évaluation des ressources, et aux bibliothèques celle de leur repérage et de leur archivage revient à transférer un coût actuellement assumé par les étudiants… soit aux mêmes étudiants, via les hausses des droits d’inscriptions (ce qui ne les enchante pas forcément), soit aux universités (ce qui ne me paraît pas forcément choquant, mais semble peu opportun dans le contexte budgétaire actuel). Lorsque, dans l’après-midi, nous avons tenté de prototyper une offre de service liée aux OER, la meilleure source de financement que nous ayons trouvée était « pixies, fairy dust, and magic », pas la plus aisée à mettre en œuvre (mais si vous avez des talents particuliers, signalez-vous ! ^^).

Le cas de la librairie à but non lucratif est, évidemment, un peu particulier. Fournir les ressources éducatives gratuitement constituerait de fait l’aboutissement du projet de départ, même si cela suppose la disparition de la librairie en tant que structure. Autrement dit, libraires comme étudiants gestionnaires sont prêts à envisager une politique menant à leur propre disparition, ce qui serait probablement plus difficile pour une structure réellement lucrative. Cela dit, ils constatent aussi que, malgré le développement des ressources numériques, leur fréquentation ne diminue pas. La librairie vend certes plus d’accessoires vestimentaires aux couleurs de l’université et moins de manuels, mais même pour se procurer ceux-ci, il est curieux de constater qu’un certain nombre d’étudiants préfèrent aller acheter un bon de téléchargement en librairie que de payer directement en ligne. Est-ce la marque d’un « patriotisme universitaire » tout américain ? Une précaution en cas de besoin d’un service après-vente identifiable localement ? Ou juste l’application « bête » des prescriptions d’enseignants faisant plus confiance à la librairie pour orienter vers la bonne version des manuels voulus ? Nous n’avons pu donner de réponse définitive ; toujours est-il que l’avenir de la librairie universitaire en tant que structure semble loin d’être désespéré. Quant à savoir quels nouveaux rôles elle pourrait remplir dans un contexte d’hégémonie des OER, les quelques propositions dégagées sont encore peu convaincantes : impression à la demande (voir plus haut), service de repérage et/ou de certification des ressources existantes, éventuellement de diffusion et de promotion des publications internes à l’université…

Vous aurez remarqué qu’en reconstituant la position des principaux acteurs, je ne me suis pas attardé sur celle des bibliothécaires. C’est que, pour l’instant, la bibliothèque universitaire s’est bien peu saisie de la question. Rejetant traditionnellement les manuels de ses collections (parce qu’elle n’était évidemment pas en mesure d’en disposer de suffisamment d’exemplaires pour répondre elle-même à la demande de tous les étudiants), les OER lui semblent une perspective plutôt lointaine. Même si, à la suite de cette journée d’étude, un partenariat va probablement émerger dans les prochains mois entre la bibliothèque et la librairie, les services proposés par les deux institutions vont, de plus en plus, entrer en concurrence. La base de données réalisée par la librairie sur les ressources ouvertes existantes aurait très bien pu relever des missions de la bibliothèque. Et celle-ci, même si elle se concentre pour l’instant sur la diffusion de la recherche en Open Access, serait tout à fait légitime pour proposer les services d’aide à la réalisation de manuels libres, d’archivage et de diffusion de ceux-ci, de centralisation des ressources existant sur Internet et même d’impression à la demande…

 

Sauf erreur de ma part, la question des OER n’est pas aussi prégnante en France, notamment parce que les manuels universitaires sont loin d’être aussi répandus et dispendieux qu’en Amérique du Nord. Elle a cependant déjà commencé à se poser dans le secondaire, certes dans une moindre mesure en raison d’une organisation déjà relativement efficace pour lutter contre les répercussions du coût des manuels. Elle pose par ailleurs clairement le problème du rôle des bibliothèques dans la diffusion et la promotion des ressources libres, notamment éducatives, qui constitue un enjeu aussi bien moral que matériel pour les prochaines années.


Pour en savoir plus sur la situation des textbooks américains, le billet de blog très complet d’un avocat spécialisé dans l’accès à l’information (http://www.project-disco.org/competition/112113-the-changing-textbook-industry/ ; 2013) ; ainsi que quelques sites d’initiatives libres :

Dans l’urgence

Emergency  Exit

Michael J. Moeller. Emergency Exit. CC : BY-NC-SA

J’ai déjà évoqué le mémoire à plusieurs reprises sur le blog. La dernière ligne droite arrive à une vitesse assez terrifiante, il faut bien l’avouer. La gestion de projet, autre exercice au sujet passionnant à faire à l’école, prend beaucoup de temps et les évaluations liées au diplôme s’accumulent. J’en viens à me dire que j’ai peut-être présumé de mes forces en m’inscrivant en master en plus ; à ce jour je ne suis pas certaine d’en voir le bout. Tant pis, c’est un bonus, pas un impératif. Pour l’heure, jusqu’à la fin de l’année, je me concentre principalement sur le mémoire, qui est à rendre pour valider la formation post-concours d’ici le 5 janvier. La semaine prochaine, j’ai cours et je rends mon appartement lyonnais, autant dire que je n’ai pas le temps de souffler encore…

Quand je publiais le billet « Le mémoire infuse« , à la fin octobre, j’étais en pleine rédaction de ce travail, alors que pourtant tout continuait à évoluer dans ma tête. Le sujet sur lequel j’écris est d’actualité, il n’est pas rare qu’un article, une journée d’étude m’amène à moduler certains paragraphes. Le 15 décembre, je me suis juré de ne plus ajouter de références sinon je ne bouclerai pas dans les délais. Revenons-en à la rédaction. Jusqu’ici, j’avais écrit de façon suivie, j’en ai parlé dans un précédent billet. Impossible cette année où mes choix d’option et de cours supplémentaires — toujours le master, occupent largement tout ce semestre. De fait, j’ai écrit de manière très fractionnée. De surcroît, plusieurs des personnes que j’ai rencontrées pour ce travail n’étaient pas disponibles quand je l’étais, l’étaient quand je ne l’étais pas. Mon dernier rendez-vous date du 27 novembre, c’est dire si j’ai fini tard les entretiens. Après chacun d’entre eux, des ajouts et des modifications à apporter, cela va sans dire. Que ne les as-tu fait, me direz-vous, avant l’été ? C’est qu’entre la fin mai où j’ai rencontré pour la première fois ma directrice pour lui soumettre mon projet et le mois d’août, j’ai effectué toutes les recherches bibliographiques, j’ai annoté une masse considérable d’articles et de documents qui me serviraient par la suite. Je n’ai eu la sensation de maîtriser les contours de mon sujet qu’à l’issue de cette période (période où j’avais cours jusqu’au 21 juin, je n’ai complètement plongé dans mon sujet qu’à ce moment-là) et j’ai commencé les entretiens à la rentrée.

Relisant le premier jet pour l’envoyer à ma directrice, j’étais assez assommée. Voilà une succession de paragraphes qui permettraient d’alimenter le blog durant un an mais qui pour l’heure manquent cruellement de liant. Dans le même temps, à la lumière de discussions avec des amis et collègues, certaines parties m’apparaissaient bancales, d’autres au contraire trop fournies, j’ai donc remanié le plan, ce que je n’avais jamais fait à un stade aussi avancé. Dire que je travaille dans l’urgence est, vous l’aurez compris, un euphémisme. Cependant, il me semble que la progression des paragraphes est maintenant plus logique. Reste à rédiger les transitions pour que le tout prenne une forme à peu près correcte. Croisons les doigts pour boucler dans les délais. La trêve des confiseurs ne sera pas propice à l’exercice mais j’aurais volontiers soumis ce travail à la relecture collaborative (voir l’excellent billet de Johanna Daniel sur cette question), pour avoir des réactions sur ma démarche. Je me contenterai donc d’un simple billet — dont l’introduction risque fort d’être plus consistante que le corps — pour la présenter.

Le titre définitif du travail, celui que j’ai fait parvenir à la scolarité, est finalement « Les modes de communication de la recherche aujourd’hui : quel rôle pour les bibliothécaires ? » Je suis consciente qu’il n’est pas très percutant mais je n’ai pas eu d’inspiration pour un titre chic et choc. La question qui sous-tend ce travail est la suivante : quels sont les impacts de l’évolution des formes de communication des chercheurs, blogs et réseaux sociaux notamment, sur le travail des bibliothécaires ? Outre la crainte de rendre un mémoire insuffisamment abouti par manque de temps, j’ai également peur de sombrer dans ce que Morozov appelle l’époqualisme, à savoir l’idée que ce qui est nouveau apportera forcément du bien : depuis le temps que je lis les blogs de chercheurs, que je suis sur twitter, ces outils m’apparaissent évidents alors qu’ils sont loin d’être adoptés par une majorité de chercheurs. Il me semble toutefois qu’à l’heure où Hypothèses comporte près de mille carnets de chercheurs, on ne doit pas ignorer ce qui fourmille.

Pour tenter de cerner cette évolution de la diffusion de la recherche, j’ai essayé tout d’abord d’en retracer très brièvement l’histoire à grands traits, pour ne pas dire à traits grossiers. La communication scientifique, fondée sur la revue et l’article depuis Henry Oldenburg, a commencé à être battue en brèche à la fin du 20e siècle : crise de la transmission, mais aussi crise de l’évaluation, cela au moment de l’émergence d’un nouvel outil accélérant considérablement les communications entre chercheurs, l’internet. Voilà qui ne se fait pas sans heurts, provoquant une sorte de querelle des anciens et des modernes (je caricature). La facilité à échanger, son instantanéité, a également provoqué un phénomène de désintermédiation, modifiant profondément le rôle de professions comme celle des bibliothécaires. Les chercheurs, eux, sont devenus très autonomes par rapport aux bibliothèques et l’on a vu en quelques dizaines d’années leurs pratiques documentaires se modifier profondément. Pour les professionnels de l’IST, qui avaient auparavant, pour résumer, des rôles de gardiens des ressources, c’est désormais plutôt d’un rôle d’accompagnement qu’il convient de parler.

En effet, la désintermédiation conduit à faire émerger de nouveaux modes de communication entre les chercheurs, qui sont de surcroît portés par de nouveaux acteurs hors des institutions. Aujourd’hui, la communication scientifique ne repose plus seulement sur l’article et sur le périodique, les actes de colloque, le livre, conservés à la BU mais aussi sur des publications d’un nouveau genre, que sont les billets de blogs, les tweets et les posts sur les réseaux sociaux. Ce processus aboutit à de nouvelles visibilités dont j’ai essayé de brosser les enjeux dans la deuxième partie. Impossible d’évoquer ces questions sans s’arrêter sur la problématique de l’identité numérique dans le contexte académique. Ensuite, j’ai dressé un panorama des médias sociaux sur lesquels s’expriment les chercheurs, rien de bien surprenant dans ces sous-parties là pour qui possède un agrégateur fourni. Il existe une tension, toutefois, dans les relations entre bibliothécaires et chercheurs sur la toile. Si ces derniers peuvent s’exprimer très librement sur les grands sujets concernant l’université et la recherche, c’est plus difficile pour les bibliothécaires qui s’expriment sous couvert d’une autorité hiérarchique. Ce dialogue, de fait, est bancal ; pensons aux non-discussions sur la licence Elsevier/Couperin. Fort heureusement, il reste des sujets sur lesquels échanger.

Que deviennent finalement les bibliothécaires au pays des carnets de recherche et des altmetrics ? C’est l’objet de la troisième et dernière partie. Au fil de ce travail me sont apparus trois grands axes, qui renouvellent les missions traditionnelles, sans pour autant les délaisser. Il s’agit comme à l’accoutumée de collecter ces nouveaux matériaux, de les redocumentariser. Du dépôt légal du web aux travaux de curation, ce sont de nouveaux profils de bibliothécaires qui émergent. Autre axe dans ce contexte, la question des autorités (diable, du catalogage ! elle n’a pas pu s’en empêcher !), qu’un bibliothécaire ne manquera pas de relier à la question de la présence numérique, pour reprendre le terme de Louise Merzeau, du chercheur. Si vous êtes toujours dubitatif, allez voir du côté d’IdHAL. Enfin, dernier axe, il s’agit comme toujours de former à la fois aux nouveaux outils, à leurs atouts comme à leurs limites, et aux enjeux de ce paysage informationnel qui se redessine dans le monde académique.

Entrer dans le labo à ciel ouvert que nous offrent les médias sociaux, repérer les pratiques, cerner leurs bénéfices et leurs risques afin de guider les jeunes chercheurs, nous avons du pain sur la planche pour demain !

Voilà synthétisé à la va-vite un mémoire rédigé en courant. Des questions, remarques, critiques ?

Organiser ses tâches

Depuis le temps que vous me lisez, vous avez bien dû vous en rendre compte, je suis un tantinet maniaque de l’organisation personnelle. Cette année, j’avais besoin d’un outil souple que je puisse utiliser à la fois pour gérer mes tâches et planifier des projets. L’outil devait être en ligne (actuellement je travaille sur mon propre ordinateur mais je sais que je retrouverai trop vite un poste professionnel vieillissant où je n’aurai le droit de rien installer). J’avais testé trello et remember the milk sans y trouver mon compte, je finissais de désespérer de ne pas trouver l’outil adapté. C’était sans compter sur la découverte d’asana, qui a vraiment facilité mon année à l’école.

Asana n’est simple à utiliser qu’à première vue tant il regorge de potentialités. Je dois l’utiliser à la moitié de ses possibilités. L’interface est dépouillée et agréable. Une fois qu’on a créé un projet principal (que j’ai préféré à l’époque aux tâches personnelles, sans me rappeler pourquoi aujourd’hui), on peut commencer à créer des tâches. Pour chacune d’elle, on renseigne son projet, on peut lui adjoindre des tags, que j’utilise pour définir des priorités. Chaque tâche peut avoir des documents attachés dans votre disque dur, sur dropbox ou sur box. On peut aussi ajouter des sous-tâches, qui auront chacune, etc, c’est infini. À noter qu’on peut travailler à plusieurs sur Asana, ce que j’aimerais bien tester à l’occasion sans avoir trouvé pour l’heure un cobaye qui veuille bien faire l’expérience avec moi.

Capture d’écran 2014-12-10 à 19.44.21

Vous aurez noté, dans votre grande perspicacité, une pendulette en haut à droite. En reliant Asana à Harvest, il est possible de chronométrer le temps que l’on passe sur une tâche ou une autre. Lorsqu’on y travaille sur plusieurs sessions, Harvest fait le décompte du temps passé par jour ou par semaine. Pratique quand on doit comptabiliser ses heures pour un exercice de gestion de projet (si tenté que l’on pense à cliquer sur le chronomètre…).

Jusque là, rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous. Attendez un peu, vous n’avez encore rien vu. Ce que j’apprécie le plus sur Asana, c’est la variété des visualisations des tâches. Quand j’ai la sensation d’être débordée, j’ai besoin de pouvoir triturer les tâches, les voir sous tous les angles et les déplacer facilement, façon puzzle (vue calendrier), façon feu rouge (vue sections), etc.

Par sections (pour moi, les priorités) :

Capture d’écran 2014-12-10 à 19.54.23 Par projets :

Capture d’écran 2014-12-10 à 19.54.47

Vue calendrier :

Capture d’écran 2014-12-10 à 19.55.14Dernière chose dont je ne pourrais plus me passer, Instagantt, le module qui génère automatiquement les diagrammes de gantt à partir des tâches entrées dans asana. Les deux sont synchronisées, on peut modifier l’un sans avoir à ouvrir l’autre, qui se met à jour tout seul.

Capture d’écran 2014-12-10 à 20.01.54Une autre façon de repérer les semaines chargées et les moments creux afin de déterminer à quel moment commencer un travail. Je ne l’utilise pas mais il est possible d’indiquer où on en est de l’accomplissement de la tâche. On peut aussi voir ses tâches par projet.

Inutile que j’entre dans les détails, le guide d’Asana est très bien fait et explique pas à pas comment utiliser les très nombreuses fonctionnalités. J’ajouterai que, via Zapier, Asana peut générer une note dans Evernote, dont la nouvelle version est d’ailleurs très élégante (ou Evernote peut créer une tâche dans Asana) ; c’est sur ma todo list de bidouillages…

Convaincus ?

[Mise à jour, 11 décembre : j’oubliais, évidemment, les tâches peuvent être importées dans google agenda !]

 

« Bruno Latour, lui-même admirateur de Dewey, écrivit : « Maintenir la réversibilité des pliages, telle est la forme actuelle du souci moral dans la rencontre avec le technique. » (Le « pli » dans ce contexte signifie simplement le moyen de contraindre un outil ou une technologie à ne remplir qu’une seule fonction donnée.) Le problème avec les technologies et les conceptions solutionnistes est qu’en recherchant l’irréversibilité, elles tentent de faire l’exact opposé de ce que visent Dewey et Latour. Entourés de ces technologies, nous n’avons pas vraiment d’alternative et devons nous comporter conformément aux normes apparemment universelles des ingénieurs sociaux anonymes, idéalement sans ne jamais finir par remettre leur pertinence en question. Cependant, pour pratiquer une citoyenneté morale active il faut savoir que les choses pourraient être différentes, et se forger une idée, même abstraite, de leur réversibilité est indispensable. Une telle prise de conscience ne se produit pas naturellement ; notre environnement technologique, selon la manière dont il est construit, pourrait rendre ces questions plus ou moins probables. »

Pour tout résoudre, cliquez ici | Evgeny Morozov

Le mémoire infuse

Le mémoire que je dois rendre cet hiver, dont j’avais publié ici le projet, ne cesse de prendre des orientations inattendues. Je découvre des pistes que je n’aurais pas pensé inclure, elles m’obligent à revoir la structure du travail, me conduisant à un plan provisoirement définitif, qui semble persister comme plan définitivement provisoire.
Venons-en au sujet lui-même. Cette idée de travailler sur les nouveaux modes de communication de la recherche est venue des réflexions de l’acquéreur et de la formatrice que j’étais les années passées. Nous avons là, me disais-je en passant des commandes de façon très traditionnelle — catalogues d’éditeurs, bibliographies d’enseignants, une matière actualisée, presque vivante, dont nous ne nous servons pas. Je voyais pourtant sur les blogs, sur les réseaux sociaux et les listes de diffusion tant de choses à exploiter. En tant que formatrice à zotero et aux outils de veille pour les doctorants, je lisais un certain nombre de carnets sur Hypothèses pour les faire découvrir. Voilà qui a constitué le semis de ce travail : comment faire de la veille et utiliser cette production scientifique, comment exploiter les richesses de ces laboratoires à ciel ouvert ?
Un collègue me suggérait au printemps de ne pas abandonner la réflexion sur nos missions traditionnelles, l’archivage, la collecte, le signalement. En m’y penchant, je me suis aperçue que si la BnF faisait des collectes régulières via le DL web sur suggestion de ses chargés de collection, il n’y avait pas encore de politique nationale pour un archivage exhaustif des blogs de chercheurs. Beaucoup sont collectés, bien sûr, les chargés de collection font de la veille et ils ont l’oeil mais ce n’est pas encore systématisé, semble-t-il. Et que dire des LT de colloques et de séminaires qui se perdent dans les limbes twittesques ? Ces documents, témoins de la recherche en train de se faire, nous échappent largement alors qu’ils seront d’un intérêt majeur pour les historiens de demain.
Plus récemment, j’ai été contactée par des collègues qui avaient vu le questionnaire que j’ai mis en ligne pour ce travail. Nous avons échangé et la problématique de l’identité numérique, dans sa tension entre autorité et notoriété, a émergé. Les chercheurs sont nombreux à publier leurs travaux sur des réseaux sociaux académiques tandis que les bibliothèques développent des sites consacrés aux autorités (VIAF, IdRef, ISNI). Ces pratiques ne semblent pas poreuses, ne pourraient-elles pas le devenir ?
Côté bibliothèques, on assiste à un développement similaire, les collègues ouvrent des blogs, sont sur les réseaux sociaux. Néanmoins, il existe une tension chez nous entre le travail et la profession qu’on ne retrouve pas chez les chercheurs. Un scientifique parle de son travail, c’est-à-dire de sa recherche ; un bibliothécaire parle de sa profession, son travail flirtant toujours avec le devoir de réserve. Il serait bon pourtant de parler davantage du travail, de ses débats et ses échecs, comme de ses réussites. Dommage que nous ne commentions pas plus les projets en cours, notamment ceux en lien avec la recherche pour faire connaître l’activité des BU. Là encore, peu de liens entre chercheurs et bibliothécaires.
J’imagine qu’avant l’hiver, la germination aura encore franchi une étape et que d’autres éléments seront venus enrichir la réflexion. Le sujet me passionne. À quel niveau, local ou national, travailler ? Quels positionnements adopter ? Voilà un grand nombre de questions qu’il faudrait pouvoir étudier. Je crains de manquer de temps et de devoir bâcler mes conclusions dans les semaines qui me restent alors que j’aimerais pouvoir poursuivre mes explorations de ce matériau si riche. Je manque de temps, je boude, j’écris pour le blog ! L’écriture de ce billet elle-même me conduit à repenser des aspects du travail et tout recommence.
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