Oral de conservateur d’état, externe

Oral de conservateur d’état, externe

Dans la série Concours qui a lieu sur ce blog depuis juillet, voici le compte-rendu de Monavalotte, qui vient de réussir conservateur :-)

Ayant passé « pour voir »[1] les écrits du concours de conservateur d’État des bibliothèques en avril dernier, il s’est trouvé que finalement le sujet de dissertation m’avait plutôt inspirée[2], et que la note de synthèse[3] avait assez bien marché. Je me suis donc retrouvée admissible le 18 juin, passablement stressée car bien évidemment je n’avais pas ouvert un cahier depuis les écrits, et ne savais même pas précisément en quoi consistaient les épreuves.

Ce billet a pour but non pas de décrire comment je me suis préparée, en un temps très court, aux épreuves orales de ce concours, mais de donner un aperçu du contenu de ces exercices, dans la mesure où les annales et rapports de jury sont assez rares et peu prolixes[4], du fait de la relative nouveauté de la réforme[5].

J’utilise comme trame de ce billet la trace écrite « à chaud » au sortir des épreuves, qui m’avait été demandée par les collègues qui m’ont aidée à préparer les oraux et à gérer mon stress, ce dont je les remercie vivement. C’est ce compte-rendu que Liberlibri a eu entre les mains et qu’elle m’a proposé de publier ici.

J’étais convoquée sur deux jours à la maison des examens à Arcueil, lieu où s’étaient déroulés les écrits, et plutôt en fin de journée à chaque fois (avec des retards et donc de l’attente à gérer). J’ai passé la culture générale en fin d’après midi le premier jour, puis l’épreuve de langue en fin de matinée le lendemain et enfin la motivation professionnelle le soir.


1) EPREUVE DE CULTURE GENERALE

a) Petit rappel des textes qui définissent l’épreuve :

« Conversation avec le jury sur une question de culture générale débutant par le commentaire d’un texte tiré au sort au début de l’épreuve et portant sur le programme – (préparation : 30 min., durée de l’épreuve : 30 min., dont commentaire : 10 minutes maximum, entretien avec le jury : 20 minutes minimum ; coef.5″

b) Mon expérience de l’exercice :

  • Le sujet :

J’ai tiré un texte de 1840 du Dr RL Villermé , « Tableau des conditions de vie des ouvriers des manufactures de coton, laine, soie »[6]. Le texte traitait des mutations économiques liées à la mécanisation de l’industrie au XIXème siècle et e ses conséquences.

  • Le jury :

Il était composé de 4 personnes, une femme et trois hommes, en majorité des conservateurs affectés dans de gros SCD dans toute la France, et une personne en poste au ministère.

  • Questions posées par le jury (dans cet ordre là d’après mes souvenirs) :

– Pensez vous que la situation économique décrite ici et dont vous avez dit en conclusion qu’elle portait en germe l’économie capitaliste appelée à se généraliser a beaucoup évolué ? Dans quelles mesures? Comment décririez-vous l’économie aujourd’hui ? Est-il bon de réguler l’économie, les prix ? etc.

– La littérature, la peinture ont abondamment traité de la mécanisation, pouvez-vous nous dire comment cela a été traité en musique ?

– Parlez-nous du prix unique du livre. Qu’en pensez-vous ? Est-ce une bonne chose ? Quel(s) autre(s) produit(s) bénéficient également d’un prix fixe ? Que pouvez-vous nous dire des interactions / impacts possibles entre Internet et le prix unique du livre ?

– Vous avez parlé de rapports et de projets impulsés par le ministère à propos des questions liées à Internet et au téléchargement, citez-nous certains de ces rapports, pouvez-vous développer ?

– Parlez nous du surréalisme.

– Si je vous dit « provocation », comment l’analysez vous par rapport au surréalisme ?

– Et Marcel Duchamp ?

– Aragon a débuté par une période surréaliste, comment a-t-il évolué ensuite ? Citez-nous des titres de romans de cet auteur.

– Pouvez-vous nous parler de la mondialisation ?

– Quelles instances de régulation à plus grande échelle peuvent chapeauter l’économie ?

– Qu’est ce que l’espace de Schengen ?

– Balzac et Marx ont eux aussi parlé, commenté, vécu à l’époque à laquelle se rapporte le texte, que pouvez-vous nous dire de ces deux personnages ? Présentez-les nous.

– Où se localisait en France l’industrie textile à cette époque ? Y en avait-il à Paris ? Pourquoi le texte est-il daté et suivi de la mention « Paris » ?

– Qu’est ce que le Conseil d’État ? Quel est son rôle ? Concrètement dans le cadre de ce concours, en quoi peut-il vous être utile ?

– Si l’on décidait de supprimer le statut des fonctionnaires, quelles conséquences cela aurait-il selon vous ? De quand date le statut des fonctionnaires ? Dans la mesure où il date de 1946 (plus précisément de 1944 mais refondu en 1946 pour des raisons idéologiques), comment expliquez-vous que l’on ait pu s’en passer si longtemps ?

– En quoi peut consister la modernisation de l’État ? Donnez-nous des exemples concrets.

– Si je vous dit « familistère », qu’est ce que cela vous évoque ? Vous parlez des utopies socialistes du 19e siècle, est ce que cela est resté seulement une utopie ? A qui pensez vous en répondant par la négative, quelles réalisations pouvez-vous citer et à quelle époque ?

2) EPREUVE DE LANGUE

a) Petit rappel des textes qui définissent l’épreuve :

« L’épreuve se déroule en deux parties.

La première partie[7] consiste en la traduction écrite en français d’un texte en langue vivante étrangère (allemand, anglais, arabe moderne, chinois, espagnol, italien, japonais, portugais, russe) ou d’un texte en langue ancienne (latin ou grec), au choix du candidat exprimé lors de l’inscription au concours. L’usage d’un dictionnaire bilingue est autorisé pour les langues anciennes ; l’utilisation d’un dictionnaire unilingue est autorisé pour les langues modernes ; chaque candidat ne peut être muni que d’un seul dictionnaire. Cette première partie se déroule par anticipation à l’occasion des épreuves écrites d’admissibilité, mais les points sont pris en compte pour l’admission dans le cadre de la présente épreuve de langue. Elle a une durée de 2 heures.

La deuxième partie[8] consiste en la traduction orale en français d’un texte court en langue vivante étrangère (allemand, anglais, espagnol, italien, portugais), au choix du candidat exprimé lors de l’inscription au concours, suivie d’un entretien avec le jury dans la langue choisie. Cette langue doit être différente de celle qui a été choisie pour la première partie de l’épreuve. L’utilisation d’un dictionnaire unilingue est autorisé pour la préparation ; chaque candidat ne peut être muni que d’un seul dictionnaire. Cette deuxième partie a une durée de 30 minutes, dont traduction : 10 minutes maximum, conversation avec le jury : 20 minutes minimum ; la durée de la préparation est de 30 minutes.

L’épreuve est affectée du coefficient 2, chaque partie étant notée de 0 à 10. »

b) Mon expérience de l’exercice :

Pour ma part, j’avais choisi de passer l’espagnol à l’oral.

  • Le sujet :

J’ai tiré un texte présentant le plan « lecture »[9] du ministère de l’éducation nationale argentin, signé Margarita Eggers Lan, la coordinatrice nationale du plan.

  • Le jury :

Il se composait de deux femmes, une enseignante et un conservateur des bibliothèques.

  • L’ épreuve :

Avant tout il m’a été demandé de lire un assez long[10] passage du texte.

Puis, il m’a fallu traduire le passage à préparer (pas de vocabulaire très difficile mais un extrait assez long Paragraphes 6, 7, 8 par rapport au temps de préparation dont on dispose, et une ou deux tournures plus délicates à traduire)

À l’issue de ce premier exercice, j’ai eu à répondre à une première série de questions visant à reprendre / améliorer la traduction.

On m’a ensuite demandé de réagir librement par rapport au texte, puis des questions que l’on peut regrouper en ensembles thématiques m’ont été posées pour élargir la discussion.

L’entretien a d’abord porté sur le texte, ce que j’en pensais (autour d’une mesure particulière du plan, présentée dans le texte, à savoir l’intérêt de rendre la lecture à haute voix par les enseignants obligatoire à l’école tous les jours, dans le but de réduire les inégalités culturelles, sachant que c’est le parti-pris du gouvernement argentin et que des auteurs et pédagogues étaient cités, dont Daniel Pennac)Comme un roman .

Des questions m’ont également été posées sur l’enseignement de la littérature à l’école, sur le fait que lire participe aussi de l’apprentissage de la langue.

J’ai ensuite dû parler de mon expérience, si j’en avais une, de l’enseignement, notamment en école primaire. Cela a abouti à des échanges autour du rôle des bibliothèques (j’avais parlé de mon intervention dans les classes en vue de préparer la venue d’un auteur jeunesse, en tant que bénévole dans une petite BM dépendant de la BDP), sur les réactions et impacts suscités par cette intervention en classe, sur mon expérience de bénévole, sur l’articulation de la BM avec le bibliobus, sur le maillage des bibliothèques dans les petites communes rurales et sur la nécessité / ou pas que chaque commune ait sa bibliothèque.

Enfin, nous avons parlé du rôle de la numérisation, des bibliothèques virtuelles, de leurs avantages / inconvénients en milieu rural, de l’intérêt que peut présenter ce support pour les enfants et adolescents (attractif / dangereux etc.), des autres médias / supports qui se développent parallèlement aux livres et des conséquences que cela a dans l’apprentissage de la lecture et du fait d’être lecteur (etc.)…

3) EPREUVE DE MOTIVATION PROFESSIONNELLE

a) Petit rappel des textes qui définissent l’épreuve :

« Entretien avec le jury sur la motivation professionnelle débutant par le commentaire d’un texte tiré au sort au début de l’épreuve et relatif à une situation professionnelle, hors contexte des bibliothèques (préparation : 30 min., durée de l’épreuve : 30 min. dont commentaire : 10 minutes maximum, entretien avec le jury : 20 minutes minimum ; coef. 4) »

b) Mon expérience de l’exercice :

  • Le sujet :

J’ai été interrogée sur un texte tiré de Travail et changement n°319, de mai-juin 2008, traitant de la mise en place du SAS (système d’adaptation spécifique) au sein de la municipalité d’Angers, en vue de répondre au problème des agents ne pouvant effectuer le même travail sur toute la durée de leur carrière, notamment dans le milieu de l’action sociale.

  • Le jury :

Le jury comportait 4 personnes, une femme et trois hommes dont un du ministère de la culture, les autres étant conservateurs dans des SCD de grandes villes françaises. Pour cette épreuve, les jurés étaient moins directifs et laissaient plus de « cartes à jouer » au candidat, (par rapport à l’épreuve de culture générale). À lui d’en profiter et de se mettre en valeur…. Le directeur du jury était le vice-président du concours.

Petit détail pratique : j’ai changé de jury à la dernière minute car malgré un signalement effectué le matin même par le juré en question, les appariteurs s’étaient trompés et devaient me faire passer dans le jury où officiait quelqu’un avec qui je suis ammenée à travailler actuellement pour la bibliothèque. Il ne faut donc pas hésiter à signaler ce genre de petits soucis aux appariteurs avant d’entrer dans la salle lorsque l’on prend connaissance des noms des jurés sur la porte avant d’entrer (quand on en a le temps).

  • L’épreuve :

Les premières questions ont porté autour du texte et des parallèles / transpositions que l’on peut établir avec les bibliothèques :

– Peut-on avoir ce type de problème en bibliothèque ? Que peut-on alors envisager ? Et si les magasiniers que vous prenez en exemple ont trop de soucis de santé pour suivre ces préconisations, que peut-on faire ?

Ensuite l’entretien a tourné autour de mon expérience professionnelle, de ma scolarité,, de mes motivations dans leurs moindres détails, avec des questions du type :

– Parlez nous de votre parcours professionnel : où êtes vous en poste ? Qu’avez vous fait avant ? De quoi êtes vous chargée actuellement ?

– Série de questions autour de cette problématique et de ce que cela changerait si j’étais conservateur, questions sur mon expérience en général et mon expérience d’encadrement en particulier à la Sorbonne, sur mon sentiment d’être prête ou non à l’assumer etc.

– Comment en êtes vous venue à vouloir faire ce métier ?

– Pourquoi passez-vous ce concours ? Pourquoi la filière État ? Avez-vous passé le concours en territoriale ? Pourquoi ? – Quel serait votre profil de poste idéal? En avez-vous une idée folle ou irréalisable mais très précise dans l’hypothèse où tout est possible, ou plus vague ? Pourquoi ?

– Quel est votre parcours scolaire ? Pourquoi avez-vous suivi cette voie ? (et pour chaque étape : Où? Quel établissement ? En quelle année ? : le jury fouille vraiment le parcours scolaire et professionnel dans ses moindres détails, même pour les externes)

– Avez-vous passé des concours ? Pourquoi ? Pourquoi vous êtes-vous intéressée aux bibliothèques alors que vous n’étiez qu’en licence ? Pourquoi ne pas avoir continué en master ?

– Quelle question me poseriez-vous si j’étais à votre place et vous dans le jury ? Une question très précise ? Répondez à cette question que vous auriez-vous même posée.

Enfin j’ai eu à réagir face à un cas pratique : vous êtes juste nommée dans une toute petite BUFR, en poste depuis le matin même, on vous a donné en cadeau de bienvenue la permanence de 19h le soir, vous êtes avec un BAS et un magasinier. L’alarme incendie se déclenche à 18h30, que faites-vous ? (exposé suivi d’une série de questions à partir de ma réponse)

À l’issue de l’entretien, il restait peu de temps, j’ai eu droit à une dernière question : il vous reste 45 secondes, convainquez-nous que vous devez être reçue à ce concours dans ce temps donné.

4) Quelques remarques plus globales sur le déroulement des épreuves :

D’une façon générale, sur le plan matériel et de l’organisation (ça compte aussi, y compris dans la préparation, pour savoir à quoi s’attendre, bien que chaque session ait ses caractéristiques et lieux propres) :

Globalement les appariteurs étaient très prévenants et attentionnés (par rapport à d’autres expériences, pour BAS notamment)

Par contre, j’ai attendu entre 1h et 2h15 avant chaque épreuve, et je suis toujours passée dernière devant les jurys en toute fin de journée ou avant la pause déjeuner. Donc beaucoup de temps morts à gérer et pas vraiment de choix des textes dans le tirage au sort. De là à penser que les jurés ont fait en sorte de n’entendre qu’un seul candidat par texte… ?

Les locaux étaient plus agréables que pour les écrits, pas trop chauds, assez de toilettes et fontaines d’eau fraîche à disposition. En revanche, il n’y avait qu’une seule salle d’attente un peu trop petite à certaines heures. L’accès aux bâtiments était réglementé par le badge des appariteurs, qui venaient chercher les candidats toutes les heures seulement (problème d’abri pour la pause déjeuner par exemple, étant donné la configuration d’Arcueil. Ceci dit, c’était pareil à l’écrit sauf qu’il faisait nettement moins bon dehors et qu’il y avait bien trop de monde pour la petite cafétéria du site, il suffisait donc d’être prévoyant….).


[1] C’est-à-dire sans suivre aucune préparation, que ce soit Médiadix ou le CNED, ni en travaillant spécifiquement les épreuves, mais simplement en lisant assez régulièrement la presse professionnelle et en faisant un peu de veille sur le net

[2] Composition de culture générale sur un sujet élaboré à partir des questions du programme permettant d’apprécier l’aptitude du candidat à analyser une question donnée et à exposer de façon claire et ordonnée une problématique – 5h ; coef. 3. Le sujet était : « Réalités et réalisme dans l’art du XXème siècle »

[3] Note de synthèse établie à partir d’un dossier comportant des documents en langue française – 4h ; coef. 3. Sujet sur l’enseignement des sciences et notamment l’intérêt de l’épistémologie

[4] Des exemples de textes donnés aux candidats ne sont jamais proposés dans leur intégralité notamment

[5] Arrêté du 5 octobre 2007 fixant les modalités d’organisation du concours externe et interne de recrutement des conservateurs stagiaires, élèves de l’ENSSIB. Il s’agissait seulement de la deuxième édition de ce concours dans sa nouvelle version.

[6] Texte téléchargeable sur http://classiques.uqac.ca/classiques/villerme_louis_rene/villerme_louis_rene.html. Aller au chapitre 10 de la deuxième partie, « Influence des machines modernes et de l’organisation actuelle de l’industrie sur le sort des ouvriers ». Il s’agit des3 premiers paragraphes.

[7] Qui se déroule en fait en même temps que les écrits

[8] Celle qui nous intéresse ici

[9] Pour en savoir plus sur le plan « Lectura » du Ministère de l’éducation Argentin, http://planlectura.educ.ar/acerca_de/

Le texte que j’ai eu à commenter est accessible à l’adresse http://www.oei.es/metas2021/expertos08.htm

[10] Du début du texte jusqu’au début du passage à traduire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.