Le papier

S’il n’avait pas été inventé, je n’aurais pas de raison d’exister, moi qui dévore des pages et des pages. Car, au commencement des bibliothèques et de l’activité de lecture en général, est le papier. Et, bien que les temps soient plutôt à l’immatérialité du support, c’est encore sur lui que reposent beaucoup de collections. Inventé au IIIe siècle en Chine, il a été utilisé par les Arabes dès le VIIe siècle (cf. les splendides manuscrits à l’exposition « Les sciences arabes », Institut du monde arabe, si elle ne s’est pas achevée). En Europe, le papier n’est apparu qu’au XIIIe siècle et il a sonné le glas du parchemin, abondamment employé auparavant. C’est au XIXe siècle que la production de papier s’est considérablement accrue – ce qui a permis un développement sans précédent de la presse. En effet, c’est à cette époque-là qu’ont été inventées des pâtes à papier moins coûteuses. Balzac le décrit d’ailleurs dans la dernière partie d’Illusions perdues, Les souffrances de l’inventeur. David Séchard, ami d’enfance de Lucien de Rubempré et fils d’imprimeur, s’emploie à mettre au point une pâte à papier d’une composition nouvelle.

Le papier, sympathique occasion d’évoquer Illusions perdues, que je tiens pour un des sommets de La Comédie humaine. La deuxième partie du roman, Un grand homme de province à Paris, brosse un tableau des journalistes littéraires et politiques du XIXe siècle. Un régal… Sans doute le saviez-vous déjà mais, quand il s’agit de Balzac, j’ai du mal à modérer mon enthousiasme 🙂

One thought on “Le papier

  1. Anonymous

    “Tous ses livres ne forment qu’un livre, livre vivant, lumineux, profond, où l’on voit aller et venir et marcher et se mouvoir, avec je ne sais quoi d’effaré et de terrible mêlé au réel, toute notre civilisation contemporaine ; livre merveilleux que le poète a intitulé Comédie et qu’il aurait pu intituler Histoire, qui prend toutes les formes et tous les styles. Livre qui est l’observation et l’imagination”.

    Victor Hugo (hommage prononcé sur la tombe de Balzac)