Littérature calédonienne (3) : voix contemporaines

On peut faire débuter la période contemporaine à la fin de la seconde guerre mondiale. Devenus citoyens, les Kanak ont désormais accès à l’école et ils commencent à produire des textes écrits. De fait, la littérature calédonienne devient le reflet de l’ensemble des communautés vivant sur l’archipel. La prise de conscience de l’existence de la littérature calédonienne reste toutefois plus tardive, datant d’une trentaine d’années. Aujourd’hui, enseignée à l’université, objet de recherche de la part des étudiants et des chercheurs, la littérature calédonienne connaît un bel essor. De plus en plus largement représentée dans les salons du livre, elle est peu à peu découverte hors de l’archipel. Nous présenterons quelques-uns de ses auteurs.

Pour une présentation plus complète des auteurs calédoniens, on peut se reporter à l’excellent site D’île en île mais également à Vers les îles et au portail de l’association des écrivains de Nouvelle-Calédonie. Un lien vous manque encore ? Pensez au del.icio.us !

Louis-José Barbançon est historien, spécialiste de la période pénitentiaire en Nouvelle-Calédonie. Ce sont ses études d’histoire qui l’ont conduit à prendre conscience du poids de cette époque. De ce constat naîtra, en 1992, Le Pays du non-dit : Regards sur la Nouvelle-Calédonie. Il se définit volontiers comme un « Océanien d’origine européenne ».

Déwé Gorodé, née sur la côte Est de la Grande Terre, entame une carrière d’enseignante après des études de lettres à Montpellier. Très tôt, elle commence à rédiger des poèmes qui ne seront publiés que beaucoup plus tard. Son engagement politique en faveur de la cause indépendantiste la conduit à œuvrer à la création du PALIKA (Parti de Libération Kanak). En 1985, elle publie Sous les cendres des conques, un recueil de poésies engagées. Depuis, elle continue dans divers genres littéraires à faire entendre une voix singulière, qui raconte le monde mélanésien d’aujourd’hui. Ses textes sont étudiés dans les grandes universités du Pacifique et traduits en anglais. Elle est actuellement vice-présidente du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, en charge de la culture.

Nicolas Kurtovitch fait paraître son premier recueil de poèmes alors qu’il n’a pas vingt ans. Depuis, il publie régulièrement des recueils de poésie. Dans une langue dépouillée, sa démarche poétique consiste à faire acte d’existence, tout en étant traversée par les motifs de l’enracinement et de l’exil. Plus récemment, il s’est intéressé à l’écriture théâtrale. Il vient en 2007 de publier un roman. S’il se revendique autant citoyen du monde qu’écrivain calédonien, ses textes témoignent néanmoins de sa proximité avec le monde kanak. Il a d’ailleurs cosigné une pièce avec le dramaturge Pierre Gope et un recueil de poèmes avec l’écrivain Déwé Gorodé.

Jean Vanmaï est né en 1940 dans une famille d’origine vietnamienne venue travailler dans les mines. Alors que les siens repartent vers leur pays, il choisit de rester en Nouvelle-Calédonie. Voulant témoigner de leur histoire, il rédige Chang Dang, qui décrit les conditions de labeur très dures des travailleurs sous contrat. Il écrit ensuite une trilogie, Pilou-Pilou, dans laquelle il met en scène des personnages des différentes ethnies de Nouvelle-Calédonie. Il est aujourd’hui président de l’Association des Ecrivains de la Nouvelle-Calédonie.

Frédéric Ohlen est enseignant. Animateur d’ateliers de création littéraire, membre fondateur du Club des Amis de la poésie, il est un « inlassable agitateur d’expressions littéraires en Nouvelle-Calédonie »2. Il est le fondateur des éditions L’Herbier de feu, qui comptent une vingtaine de titres à leur catalogue, essentiellement constitué de poésie. Il y publie ses propres textes mais aussi des écrivains kanak de la génération montante, comme Paul Wamo. Il écrit également en prose. Ses nouvelles ainsi que ses romans sont rédigés dans une langue ambassadrice de la littérature calédonienne.

Né en 1981, Paul Wamo est originaire de l’île de Lifou. Il grandit à Nouméa et, sous l’influence de son grand-père, développe une parole poétique extrêmement originale. Il connaît très vite le succès et son premier recueil de poèmes, Le Pleurnicheur, paru en 2006, est épuisé en moins d’un an3. Ses poèmes font preuve d’une rare liberté de ton et il les profère dans des accents qui se rapprochent du slam.

Pierre Gope découvre le théâtre en assistant à la répétition d’une compagnie ivoirienne venue à Nouméa. A la suite de cette rencontre déterminante, il part travailler à Abidjan avec le metteur en scène Suleiman Koly, puis à Rennes où il suit une formation avec Peter Brook. Revenu en Nouvelle-Calédonie, il crée sa propre compagnie. Sa pièce Où est le droit ? le révèle comme un dramaturge singulier, qui jette un regard sévère sur son pays. Il a également écrit, en collaboration avec Nicolas Kurtovitch, Les Dieux sont borgnes, une pièce qui a été jouée en Avignon.

Créateur de la célèbre bande dessinée La Brousse en folie, Bernard Berger est assurément l’auteur calédonien le plus connu du grand public. Ses planches dépeignent avec beaucoup d’humour le monde de la brousse. Le héros, Tonton Marcel, est un fin pêcheur et chasseur. Ses aventures cocasses et ses confrontations avec les autres personnages (dont Joinville, le Métropolitain, qui a « tout vu, tout lu et touché la prime ») sont un reflet du destin commun des communautés de la Nouvelle-Calédonie.

2 In François BOGLIOLO, Anthologie de la littérature calédonienne, p. 244.

3 Une réédition est prévue pour la fin de l’année, accompagnée d’un CD.