Biennale du numérique #2

Toujours de la Biennale du numérique, quelques notes d’un atelier auquel j’ai assisté, complétées de ce que j’ai pu glaner sur twitter (merci encore aux gens qui tweetent !). Même chose que pour le billet précédent, les commentaires sont ouverts si vous considérez qu’il y a des rectifications à faire dans ce compte-rendu.
Thierry Chanier et Emma Bester, « Archives ouvertes »
Sur slideshare, on peut trouver un powerpoint de Thierry Chanier sur la question des archives ouvertes. Ce n’est pas celui diffusé à l’enssib mais il est récent et très instructif pour compléter ces quelques notes.
Les chercheurs ont comme activité principale d’écrire et de publier, les pendants indispensables sont de pouvoir lire et accéder à la production scientifique. Cependant, en SHS, les chercheurs n’ont pas la possibilité de publier dans des revues de rang A, ni la possibilité de lire les articles de ces revues. Ils sont donc malheureusement condamnés à quémander des articles à ceux de leurs collègues dont les tutelles sont abonnées aux bases de données.
Les éditeurs, eux, demandent aux chercheurs des cessions totales de leurs droits et sont rémunérés pour cela alors que les chercheurs ne sont jamais rémunérés.
Lorsque les publications des chercheurs sont en accès libre, on constate pourtant que le taux de citations augmente. En effet, les AO sont des espaces réticulaires reliés à l’internet. De fait l’accès aux références et leur diffusion en sont facilités. Cf. l’article “Self-Selected or Mandated, Open Access Increases Citation Impact for Higher Quality Research”.
Le prix des revues augmente de façon exponentielle (400% d’augmentation) ces dernières années, beaucoup plus que le coût de la vie. Le taux de profit d’Elsevier est de 36%, beaucoup plus que n’importe quelle branche d’activité. A l’université de Clermont-Ferrand,  sur un budget de 2 millions d’euros, 1,4 million est consacré à la documentation électronique, avec une augmentation annuelle de 5,5%. 400.000 euros sont destinés au seul Elsevier.
Certains périodiques et bases de données accusent des augmentations de 140% sur un an parfois. Le système est devenu complètement fou !
Mandat ID/OA (Immediate-Deposit/Optional-Access Mandate) : dépôt immédiat du texte de l’article sur une OA. Soit le texte est en accès libre d’emblée, soit un délai est mis en place (de quelques semaines à six mois). Cette pré-publication a lieu avant la relecture par les comités, la version est dite « auteur et certifiée ». Il peut y avoir un second dépôt, dit post-publication, après la relecture.
Publier a un coût, même en accès libre. Il faut pourtant travailler sur des modèles en accès libre.
Plusieurs pôles d’archives : institutionnelles, thématiques + nationales/internationales (HAL, ..). La progression du nombre de dépôts est constante. 30% d’articles publiés dans l’année en accès libre, les 2/3 provenant de la voie verte. 70% de la recherche est encore non accessible en accès libre.
En 2006, ce qui est produit sous capital public devrait être publié dans HAL. La question de l’archivage à long terme est réglée puisque HAL travaille avec le TGE Adonis. Dans HAL, sur 582.000 dépôts, on trouve seulement 92.000 articles. En un an, 17.000 dépôts dont du rétrospectif, donc le taux de dépôts véritables est inférieur à 15%.
A l’université de Liège, le recteur Bernard Rentier a imposé un dépôt obligatoire dans l’archive institutionnelle ORBI. Depuis 2009, la seule bibliographie individuelle valide pour les chercheurs est celle qui provient d’ORBI. Bernard Rentier a répondu à une interview à ce sujet. Dans le reste de l’UE, des travaux sont en cours sur une obligation pour les mandats de dépôt.
Les débats ont été plus que vifs lors de cet atelier mais c’est vraiment ce qui en a fait tout l’intérêt. Certains chercheurs ont fait remarquer que tous les éditeurs étaient différents et que la fonction éditoriale était à préserver. Le représentant d’Elsevier signalait qu’il y avait plus de trois mille salariés dans son entreprise, ce qui témoignait de l’importance de l’activité éditoriale.
La discussion a aussi été très houleuse sur la question des barrières mobiles : deux ans, disaient certains qui défendait bec et ongles une revue qui leur apparaissait indispensable et qui disait ne pas pouvoir survivre sans ce long embargo. D’autres s’emportaient, disant que c’était contraire aux conventions internationales.
Une chercheuse a également expliqué qu’elle déposait plutôt des notices que des articles par méconnaissance de ses droits d’auteur, pour ne pas avoir de problèmes avec les éditeurs. Et si les bibliothèques planchaient sur le sujet, me disais-je, pour simplifier la vie des chercheurs ? Il semble que certains SCD en aient le projet.
Tandis qu’une critique étonnante était émise vis-à-vis du modèle freemium de Revues.org, comparé à Deezer, quelqu’un lançait illico par tweet : « alors Cairn, c’est itunes ? » Je me garderai bien de répondre à la question !
Et pour se remonter le moral de malheureux bibliothécaires et chercheurs face à ces diables d’éditeurs (enfin, pas tous, ne nous fâchons pas !), un répertoire d’archives ouvertes dans le monde : Directory of Open Access Repositories.
On a parlé de Sherpa, de Romeo et de Juliet, et j’avoue que je n’y comprenais goutte. Si vous non plus, quelques détails, dont je ne reprends qu’un extrait :
« SHERPA, le consortium  britannique dédié aux archives,  maintient  des dossiers d’information sur les archives ouvertes et institutionnelles :
On a aussi parlé d’Héloise, qui n’est pas encore publié, mais dont on trouve déjà une définition en ligne : « le système Héloïse permet de chercher et de définir les droits de diffusion des revues sur différents supports (archives ouvertes, sites personnels, intranet). »

4 thoughts on “Biennale du numérique #2

  1. Anonymous

    Je travaille régulièrement à l’aide de SHERPA/ Romeo afin d’aider les jeunes chercheurs à connaître leurs droits en matière d’archivage. Je peux apporter des précisions.