J’étais attablée en salle de travail à la bibliothèque

J’étais attablée en salle de travail à la bibliothèque, toute entière dans ma lecture, bien contenue dans le rond éclairé de ma lampe et dans le silence entretenu, dans ma bulle comme on dit. Il a eu ce geste d’ombre sur moi, il a fait ce que je déteste, ce que je n’ai jamais laissé personne faire avant lui, lire par-dessus mon épaule. Je ne sais pas pourquoi, cette fois, ça ne m’a pas gênée. Je ne l’ai pas regardé. Passé un tout petit temps d’arrêt et de surprise, j’ai recommencé à lire, et lui de même, derrière moi, debout, après avoir eu cette délicatesse de s’écarter juste de quoi me redonner suffisamment de lumière et sans jamais salir le silence, ce silence de bibliothèque fait de petits bruits de papier, de chaises à peine poussées et de pas chuchotants. Ses mains se sont posées de part et d’autres des miennes, qui tenaient le livre, ses bras tendus ont fait comme des barrières de protection pour mon espace, cet espace de lecture jalousement épousé, notre espace désormais. Et nous avions sans voir nos yeux les mêmes regards, les mêmes pauses. Même arrêt des virgules, mêmes fins de phrases. Je sentais en tournant la page qu’il était arrivé en bas d’elle. Nous lisions au même rythme, et depuis nous avons veillé à garder ce rythme, même quand ça ne va plus trop entre nous. Nous lisons toujours ensemble, et si nous nous manquons de quelques lignes, nous nous attendons.

Nouons-nous | Emmanuelle Pagano

Le paradoxe de la vie privée

“C’est la principale raison pour laquelle le comportement des internautes sur les réseaux sociaux n’est pas si désinvolte. ” Les gens s’exposent, mais c’est une exposition choisie, positive. C’est par cette dernière qu’on construit sa personnalité numérique “, continue Emmanuel Kessous. Une idée que résume bien Denis Humbert, un romancier de 64 ans : ” Nous savons bien que nos échanges ne sont qu’un jeu de rôle dont nous créons les personnages. “

“Sur le Web, le ” paradoxe de la vie privée ” “, Le Monde, vendredi 2 août 2013

Une journée chez twitter

10H45 c’est l’heure du standup. […] En 15 minutes, tout le monde debout (pour que la rencontre soit courte), chacun énumère rapidement sur quoi il a travaillé hier, une ou deux choses à accomplir aujourd’hui et si quelque chose bloque la progression. Une des personnes présente prends des notes de style télégraphique et après le standup elle les envoie à une adresse de courriel à laquelle tous les employés de la compagnie peuvent s’abonner. Tout le monde peut voir tout le temps qui travaille sur quoi et ce que l’empêche de progresser. La plupart des tâches sont des tickets dans le système de gestion.

Une journée chez twitter”, Sylvain Carle