“30 ans de politiques d’information scientifique (1982-2012)”

 

J’étais lundi dernier à la journée “30 ans de politiques d’information scientifique“, organisée par le réseau des URFIST. Quelques notes prises ce jour-là.

  • Introduction
Michel Roland, conservateur, co-responsable de l’URFIST de Nice-PACA-Corse et Président de l’ARU – Association du Réseau des URFIST
Dans les années 80, les professionnels qui s’occupaient du numérique dans les établissements étaient cantonnés à un domaine qu’on pourrait qualifier de « régional ». Aujourd’hui, on peut dire que c’est la documentation qui est devenue un domaine « régional » dans le numérique.
  • La naissance des URFIST
« Denis Varloot, qui fut de 1981 à 1987 directeur de la DIST puis de la DBMIST à la direction générale de l’enseignement supérieur et de la recherche, rappellera les origines des URFIST dans le contexte d’une époque où rares étaient les chercheurs formés à l’interrogation de banques de données, encore plus rares les étudiants qui y avaient accès. Il replacera cette création dans le cadre de la politique conduite par la DBMIST, installation de terminaux dans les BU, rôle des conservateurs, « ticket modérateur »…  Lydia Mérigot, qui était déjà responsable de l’équipe de formateurs du temps de la DICA, avant la DIST, complétera cet exposé en présentant le dispositif très original mis alors en place, son caractère inédit et les obstacles qu’il fallut surmonter pour créer et faire vivre ces « unités », dont la durée montre qu’elles répondaient à un besoin manifeste. »[1]
Denis Varloot, ancien Directeur de la DBMIST au Ministère de l’Education nationale, fondateur des URFIST en 1982
Au début des années 80, on éprouvait de vraies difficultés à repérer les trésors cachés : l’IST existait mais n’était pas accessible. Les thèses, par exemple, figuraient dans des répertoires avec deux ans de retard et elles n’étaient pas indexées.
La BU était considérée comme l’étranger dans la maison : les enseignants conseillaient de lire leur polycopié sans passer par la BU.
La création des URFIST s’est inscrite dans la continuité de plusieurs rapports nationaux qui avaient mis l’accent sur l’importance de la gestion et de la préservation de l’information scientifique : le rapport Minc, « L’informatisation de la société » et les plans calcul et télécom.
Les URFIST ont été créées en 1982, précédées de peu par les CADIST en 1980. Dès 1988, l’INIST sera mis en place. C’est notamment la loi Savary qui permet le rapprochement de la recherche et de l’IST.
Il s’agit de remettre l’église au cœur du village et de faire de la BU comme aux Etats-Unis le cœur de l’université. De cette volonté sont nées les structures qu’on a appelées les SCD.
Denis Varloot a donné une conférence dans les années 80, « Du puits au robinet », où il montrait que les bibliothécaires n’étaient plus des gardiens de coffres mais devenaient des fontainiers.
Pour Denis Varloot, les Urfist devaient constituer un pont qui devait permettre aux personnels des universités, conservateurs et chercheurs, de se reconnaître.
Lydia Mérigot, anciennement responsable de la Formation à la DIST puis à la DBMIST
Lors de la création des centres de formation aux banques de données, il a d’emblée été décidé de constituer des équipes de deux personnes, un conservateur et un universitaire.
A l’époque, la France était encore très centralisée et il était nécessaire de démultiplier les formations.
Un projet de convention a été rédigé fin 1981, inspiré par les centres de formation des maîtres aux applications pédagogiques à l’informatique.
Les Urfist ne devaient pas se cantonner à l’université. Elles devaient aussi se tourner vers l’extérieur (CCI, centres de documentation, etc.). Le rôle régional des URFIST a d’emblée été défini en plus du rattachement à l’université.
Rapidement, des stages de formation de formateurs ont été mis en place.
  • Mutations du champ, permanence et prégnance des enjeux
« L’IST est modifiée en profondeur par la globalisation informationnelle, scientifique et technique, économique, managériale…, dont elle est en même temps un facteur majeur d’accélération et d’orientation. Elle constitue à ce titre un enjeu – économique mais aussi culturel et géopolitique – plus prégnant que jamais.
Mutation du champ : nouveaux modèles économiques, redéfinition des produits et services ; web 2.0 et articulation forte de l’IST avec une nouvelle culture S&T (CST) ; l’IST comme infrastructure de production des indicateurs S&T, éléments structurants des activités, formes et politiques de la S&T (PST).
Permanence des enjeux : dans ce foisonnement d’activités et d’acteurs émergents, les questions fondamentales (et anciennes) de la confiance, de la lisibilité, des normes et des référentiels se font sentir de manière extrêmement forte. L’IST est au centre de cela avec le dispositif central que représente le système des revues scientifiques et de la connaissance validée par les pairs.
Prégnance des enjeux : l’IST est partie prenante de la définition des normes de scientificité et des questions considérées comme scientifiquement légitimes ou importantes – tous éléments majeurs dans les jeux de pouvoir politiques, idéologiques et économique à l’échelle mondiale. »[2]
Rémi Barré, professeur de Politique scientifique au CNAM, ancien directeur de l’OST
Le support de la communication est disponible en ligne.
Les enjeux de l’IST sont scientifiques, économiques, politiques, géopolitiques et culturels. Les domaines d’enjeux portent sur les communautés scientifiques. Le système IST avec ses acteurs et ses relations affecte l’efficacité et la pertinence de la recherche et de l’innovation.
A chaque époque, son système IST. Quelques mots clés pour ce système :
– avant les années 80 → édition : papier et sociétés savantes ; indicateurs : financements institutionnels.
– entre 1980 et 2000 → édition : bases de données, bouquets, éditeurs industriels ; indicateurs : compétition entre les projets, bibliométrie.
– à partir de 2010 → édition : web 2.0, open accès ; indicateurs : co-opétition mondiale, crowd funding et webométrie.
Emergences depuis 2010 → webometrics : web publish or perish ; voie dorée/verte ; dispositif numérique de diffusion & archivage ; tendances à commenter, annoter.
Tendances lourdes → le web est désormais l’instrument même du travail des chercheurs et plus seulement le lieu de diffusion des résultats de la recherche ; les politiques comme les chercheurs sont demandeurs de libre accès.
Le contexte s’est brutalement reconfiguré : la situation est mouvante, marquée par la conflictualité. L’éditorial de Nature en septembre 2012, par exemple, était consacré aux éditeurs-prédateurs. Le boycott d’Elsevier pour son soutien au Research Work Art a été porté par Harvard.  Les polémiques  sur la voie dorée ne cessent d’enfler.
Se met désormais en place une nouvelle manière de produire de la connaissance scientifique via le web social, les données ouvertes et le travail collaboratif. Grâce au web, les communautés scientifiques peuvent entretenir une grande conversation. On assiste à un retour aux fondamentaux de la recherche scientifique par les communautés : un mouvement social émerge dans le village planétaire.
Avec la webométrie, il s’agit  de poursuivre cet objectif jamais atteint de l’impact de la recherche sur la société civile. Il s’agit aussi de création de communs (au sens économique) et de biens publics.
Dans un monde globalisé, l’IST est une infrastructure cognitive de la science.
  • Enjeux socio-cognitifs de l’IST sous les conditions du numérique
« Après trente ans de politiques d’IST et d’évolutions socio-techniques incessantes, dans un paysage universitaire profondément renouvelé, quels sont les principaux défis, les questions vives se posant aux professionnels de l’IST ? Dans la reconfiguration générale des missions, des tâches, des profils et des formations qui touche l’ensemble des professionnels de l’information spécialisée, quels sont les nouveaux profils attendus, les nouvelles compétences exigées pour les professionnels de l’IST en particulier ? Quels nouveaux positionnements des professionnels dans la recomposition du paysage universitaire, et notamment dans les relations, toujours complexes, entre bibliothécaires et enseignants-chercheurs ?
Quelles articulations trouver entre les nombreux acteurs de la formation à l’IST ? Quelles nouvelles missions, quels positionnements des URFIST, à la fois vis-à-vis du monde de la recherche et de celui de la formation continue des bibliothécaires ?
Après un regard rétrospectif sur les trente ans écoulés, les intervenants tâcheront d’éclairer de leur réflexion les nouveaux défis auxquels doivent répondre les professionnels et les structures de formation à l’IST. »[3]
Ghislaine Chartron, professeur titulaire de la chaire d’Ingénierie documentaire du CNAM, Directrice de l’INTD
Le support de la communication est disponible en ligne.
Aujourd’hui, l’IST se situe au croisement de différents mouvements : la servicialisation (tout devient service) ; l’économie de l’accès et de l’attention ; l’économie du gratuit ; l’open access et l’open innovation ; l’économie sociale et participative ; la transformation des comportements des usagers ; le contexte de crise.
Les métiers de l’information doivent justifier leurs tâches face aux décideurs, aux usagers, aux autres services internes et aux services externes. Ils sont en challenge dans la réponse qu’ils doivent apporter aux objectifs majeurs des organisations qui sont : les performances et les qualités de la recherche, la satifsaction des usagers, le travail en réseau, la performance et la qualité de l’enseignement.
L’ISTEX, qui conduit à envisager l’IST au niveau national, pose la question du référencement local.
Les défis d’aujourd’hui sont de concurrencer google (research discovery tools), de soigner l’accueil des étudiants (lien social) et les services à distance, de favoriser l’innovation de services, de valoriser les productions locales, de renforcer les relations avec les éditeurs pour maintenir la qualité et régulation de l’offre (on ne peut pas être éditeur), de créer une synergie avec les TICE (un seul point d’entrée pour l’usager), de mettre en valeur les indicateurs pour la recherche, d’intégrer le web de données (pour les catalogues).
Le cœur de nos métiers se situe dans la stratégie des contenus. Nous avons besoin d’autres compétences (frontières) : compétences projets, compétences de conception et d’ingénierie (cahier des charges et connaissance des techno), communication, formation et lien social (ouverture à la convivialité, animation de communautés virtuelles).
Les Etats-Unis ont toujours constitué un espace très inspirant pour le domaine des sciences de l’information. Là-bas, la BU est au cœur de l’université parce que le cours est un espace de débats. On donne à lire aux étudiants avant le cours pour qu’ils le préparent. L’étudiant passe donc systématiquement par la BU avant chaque séance. Tant qu’on n’aura pas changé le modèle français du cours magistral avec support polycopié, on pourra construire ce qu’on veut en matière d’IST, sans véritable succès.
Carole Letrouit, vice-Présidente de l’ADBU, directrice du SCD de l’Université de Paris 8 Vincennes-à-Saint-Denis
            Les assises de l’ESR démarrent aujourd’hui. La CPU a déposé une contributiondont la proposition 57 nous concerne tout particulièrement : « La CPU attire l’attention sur les politiques d’Open Access et appelle la plus grande prudence sur le dispositif des publications libres d’accès et financées sur le principe auteur-payeur (gold way) des éditeurs. Elle préconise que les universités et sociétés savantes se réapproprient l’édition scientifique par la publication de revues libres. »
Les universités en ont les moyens : leurs bibliothèques ont développé des compétences dans la publication de l’IST depuis des années. De plus, les modèles économiques des éditeurs sont à des tarifs exorbitants pour les bibliothèques.
Il faut encourager la mise en place d’archives ouvertes (HAL ou autre).
L’enquête Couperin/ADBU/INRA/INRIA a montré que les documentalistes et bibliothécaires s’investissent massivement dans la publication sur des AO.
A Paris 8, un demi-poste est dédié au HAL de l’université. Il a fallu convaincre le conseil scientifique que c’était le cœur de métier des bibliothécaires de signaler des publications, qu’elles soient sur papier ou en ligne. Désormais, les chercheurs font appel à la BU pour la publication de toutes sortes de documents (actes de colloques non édités par exemple). L’ancien service des thèses de l’université a depuis été rebaptisé « service des publications de la recherche ».
Dans le domaine des humanités numériques, l’IST constitue l’infrastructure de la recherche. A l’heure du numérique, les chercheurs ont besoin qu’on leur bâtisse des corpus.
Le glissement des frontières touche aussi la dimension pédagogique de l’activité des enseignants-chercheurs. La BU participe par la mise en ligne de cours ou la préparation de plateformes de cours. Les UNT, universités numériques thématiques, font aussi appel aux bibliothécaires.
Ces nouvelles tâches nécessitent une forte évolution dans les compétences du personnel : c’est une grande partie du travail auquel se consacre l’ADBU, via deux commissions : l’une sur l’évolution des métiers, l’autre sur la recherche.
Michel Roland, conservateur, co-responsable de l’URFIST de Nice-PACA-Corse et Président de l’ARU – Association du Réseau des URFIST
La force des urfist réside dans leur liberté d’invention et d’anticipation. Par contre, ce sont des petites structures qui ne sont pas des poids lourds du paysage.
Elles ont la caractéristique d’être animées par des binômes, qui sont là pour créer un pont au sein de l’université, en faisant se rencontrer des métiers. Les enseignants-chercheurs et les bibliothécaires travaillent à définir une stratégie commune et des formations.
Les Urfist ont souvent été qualifiées d’électrons libres. C’est péjoratif du côté des bibliothécaires qui ont une forte culture administrative, beaucoup moins pour les enseignants-chercheurs attachés à leur liberté académique.
La formation à l’IST n’appartient pas aux Urfist. Dans les SCD, le relais est désormais pris pour les actions de formation, notamment celle aux doctorants. Les Urfist interviennent parfois aujourd’hui comme un relais de formation de formateurs.
On constate un changement dans les rapports entre l’information et la documentation. L’inversion des forces a des conséquences sur les métiers.
La question « est-ce qu’on aura encore besoin de bibliothèques ? » n’est peut-être pas bien posée. Une réponse logique s’impose si on pose la question des bibliothécaires : on a besoin des compétences des bibliothécaires et des documentalistes. La bibliothèque est un lieu, le SCD un pôle de compétences au sein de l’université.
Il y a aujourd’hui une sous-estimation des compétences documentaires : petit à petit, une série d’accidents finira par montrer qu’on a besoin de la fonction et des compétences documentaires.
La dimension régionale des Urfist est une source de richesse et d’enrichissement et il est importance de mieux penser les relais que constituent ces structures.
Les formations proposées par les Urfist accueillaient auparavant une grande majorité de bibliothécaires. Aujourd’hui, ils ne représentent plus qu’un quart/tiers du public.
La formation ne peut pas se passer d’une veille constante sur les besoins en compétences. Le futur des Urfist réside donc dans la capacité à travailler avec les métiers qui nous environnent.
  • Libre accès aux données de la science : comment œuvrer en faveur des intérêts de la recherche ?

« En 2007, les directives émises par l’OCDE en faveur de l’accès aux données de la recherche publique postulaient qu’un meilleur retour sur investissements pourrait être atteint par la mise en libre accès de ces données, et donc leur réutilisation. Depuis, des acteurs de la recherche publique dans différents pays, ont mis ces directives en application. Sur le plan international, il existe aujourd’hui plusieurs initiatives destinées à améliorer la gestion, le partage, la recherche et le ré-exploitation de ces données. L’intervention s’attachera à faire le bilan de ces initiatives, tout en précisant de quelle manière nous nous sommes plus ou moins rapprochés du projet de partage des données de la recherche. Enfin, l’intervention posera la question de savoir si les intérêts et les motivations des chercheurs ont été suffisamment pris en compte et analysés : sommes-nous conscients de tous les enjeux et conditions que le partage de données implique ? Que convient-il de faire pour que ce partage s’intègre dans la pratique de la recherche et de la communication scientifique ? »[4]
Simon Hodson, programme Manager au JISC (Royaume-Uni)
Le support de la communication est disponible en ligne.
La gestion des données de recherche s’inscrit dans les histoire des politiques et des défis actuels de l’IST au Royaume-Uni.
Le JISC est un organisme fondé par l’état pour promouvoir l’utilisation des technologies numériques et de l’information auprès des universités britanniques.
Janet est le réseau national de la recherche et enseignement.
JISC collections, enfin, gère les achats de contenu numérique pour l’enseignement et la recherche.
Le JISC est un service de conseil et de soutien, qui intervient dans des programmes et projets d’innovation. Il s’appuie sur la politique sur les données de recherche de la « Royal society » britannique, dont la devise est nullius in verba.
La Royal society a récemment publié un rapport, « La science comme entreprise ouverte », où l’accent est mis sur l’importance de l’accès aux données de recherche. Leur accessibilité accroît le retour sur l’investissement public dans ce domaine, elle renforce la liberté de l’investigation scientifique, elle encourage la diversité des études, des domaines d’activité et d’opinions (principes de l’OCDE).
Accéder aux données de recherche permet de vérifier les résultats, d’éviter la fraude scientifique, d’encourager la reproductibilité de la recherche.
Principes généraux des données de recherche :
– elles sont un bien public : les données de recherche financées par l’Etat sont produites dans l’intérêt public et doivent être aisément accessibles avec le moins de restrictions,
– planification de la conservation : les données doivent pouvoir être conservées de façon pérenne et être réutilisables,
– traitement des données sensibles : l’Etat doit garantir la protection des données sensibles,
– première utilisation : un droit exclusif est réservé aux chercheurs au préalable à la diffusion des données de recherche,
– reconnaissance : les utilisateurs des données doivent reconnaître leurs sources et citer les chercheurs qui les ont produites.
Il existe malheureusement encore des divergence entre la politique et la pratique : toutes les données de recherche ne sont pas encore préservées à long terme et le travail actuel du JISC est d’aider les universités à les conserver.
  • L’approche du SURF : les raisons d’un succès
« Au printemps 2012, le SURF, organisation néerlandaise qui soutient les universités dans le domaine des TIC, a célébré son 25ème anniversaire. Massivement représenté à Utrecht, le SURF a pu dresser un bilan de ses projets, de ses activités et de ses implications. Les initiatives du Surf qui enregistrèrent les meilleures performances doivent surtout être mesurées à l’aune du changement qu’il a pu impulser au sein des institutions universitaires. L’intervention mettra précisément l’accent sur les principaux éléments moteurs ayant conduit à un pari d’innovation réussi, piloté par le SURF. »[5]
Marc Dupuis, E-Research programme manager, SURF Foundation (Pays-Bas)
Le support de la communication est disponible en ligne.
SURF est un organisme de coopération entre les universités autour de l’IST. Toutes les universités sont membres de SURF (aux Pays-Bas, 13 universités de recherche, 40 universités des sciences appliquées, 8 CHU, 7 instituts de recherche), pour un total de 69 membres.
Les missions de SURF sont de soutenir les membres dans le domaine des TIC et de les aider à innover et à créer des collaborations.
SURF est divisé en plusieurs branches :
Surf net : construction d’une infrastructure commune, d’un réseau national de haute qualité. C’est une réussite, notamment via AMS-IX (2e nœud d’interconnexion dans le monde).
Surf market : fourniture de licences de logiciels à prix réduit (à destination des enseignants, chercheurs, étudiants) et négociations contrats avec les éditeurs scientifiques (Elsevier, Springer).
Surf share : offre de services qui ne sont pas disponibles sur le marché commercial.
  • Mutations de l’IST et conséquences sur la formation à l’information – table ronde
Olivier Ertzscheid, enseignant-chercheur à l’Université de Nantes
Odile Hologne, directrice déléguée à l’information scientifique et technique de l’INRA
Jean-Emile Tosello-Bancal, directeur de la BIU Cujas, ancien Chef de Bureau à la SDBIS
Marie-Joëlle Ramage, enseignant-chercheur, Chargée de mission TICE à l’Université Paris-Sud
Christine Berthaud, directrice du CCSD-CNRS
Animation : Marie-France Andral, conservateur co-responsable de l’URFIST de Bordeaux
« A l’heure de la généralisation d’internet, de l’open access et de la « science 2.0 », les lieux du savoir se multiplient et les usages se diversifient, rendant plus complexe le paysage de l’information scientifique et plus nécessaires des compétences informationnelles numériques spécifiques. Un tel contexte ne peut dès lors qu’induire de forts enjeux de formation, ce dont les tutelles ont bien conscience. La mise en place de différents C2i et la présence d’un axe particulier « formations, compétences, usages » dans le projet de Bibliothèque Scientifique Numérique (BSN) sont en ce sens révélatrices. Mais face à la multiplicité des partenaires (enseignants, services TICE, bibliothèques, Urfist…), quelles politiques de formation proposer ? Comment, notamment, démêler les convergences et les différences entre les TICE et l’IST ? Telles sont les questions qu’abordera cette table-ronde, dont les participants partagent tous les mêmes préoccupations : former autant qu’informer. »
Olivier Ertzscheid, enseignant-chercheur à l’Université de Nantes
Nous assistons aujourd’hui à une des mutations les plus décisives pour l’IST, à savoir la question de la constitution des corpus et de leur maîtrise. Les chercheurs produisent et gèrent des corpus. Or on voit apparaître aujourd’hui des corpus qui ne sont plus gérés par les chercheurs, google books par exemple. Pour certains faits scientifiques, seuls les corpus privés sont accessibles, ce qui pose un problème de gouvernance.
La deuxième mutation est le glissement progressif des NTIC vers les technologies de l’attention et de la distraction. Les interfaces technologiques ne sont plus simplement là pour produire ou analyser de l’information, elles sont là pour mériter de l’attention. Qui décide de ce qui vaut attention ou pas ?
Enfin, la troisième mutation est celle qui voit arriver une génération qui n’a connu que le numérique : cette génération aura été habituée à publier et à partager depuis son plus jeune âge.
Odile Hologne, directrice déléguée à l’information scientifique et technique de l’INRA
Projet FuturIST : ce projet de l’INRA consiste à cerner les attentes des chercheurs afin de déboucher sur les compétences métier pour les professionnels de la documentation. Les compétences nécessaires sont technologiques (travail sur les métadonnées, services de veille et de bibliométrie). On glisse d’une fonction qui gérait du papier vers une fonction d’analyse de l’information et de veille.
Il s’agit désormais de décliner des formations pour les professionnels avant de se poser comme des bibliométriciens. Par ailleurs, les compétences relationnelles sont de plus en plus importantes. Les chercheurs ne viennent plus dans les services de documentation, c’est aux bibliothécaires à aller vers eux. Il s’agit d’être en phase avec la stratégie scientifique.
Jean-Emile Tosello-Bancal, directeur de la BIU Cujas, ancien Chef de Bureau à la SDBIS
            La documentation papier reste très consultée et le public très nombreux à Cujas.
Quels axes de formation privilégier pour les professionnels ? Il est difficile de répondre car la profession a tendance à s’élargir de plus en plus : les fonctions se diversifient, elles sont aussi bien administratives que techniques, etc.
Il faudrait pouvoir faire appel à la créativité des équipes en ce qui concerne l’expression et la réalisation de projets.
La formation des usagers devient très prenante et très présente. Il s’agit de faire passer une sorte d’acculturation au numérique par la formation.
Marie-Joëlle Ramage, enseignant-chercheur, Chargée de mission TICE à l’Université Paris-Sud
La formation au numérique des étudiants de licence se développe, il est primordial de leur transmettre le minimum requis en ce qui concerne la culture informationnelle : regarder ce qui se passe sur le web, apprendre à chercher et à évaluer la fiabilité des sites.
Dans le cadre du C2I, la recherche documentaire est un des cinq piliers dont est chargée l’université.
Odile Hologne
La formation des doctorants à l’IST est renforcée à l’INRA : c’est un public cible car il permet de toucher les chercheurs qui les dirigent. De surcroît, les doctorants sont les chercheurs de demain. Leur outil de recherche classique est google, ils ne comprennent pas ce qu’est l’OA. Le problème des bibliothèques est surtout un problème de communication : les chercheurs ne savent pas qui paie leurs bases de données.
Le programme de formation est assuré par les documentalistes, qui ont préalablement suivi un module de formation de formateurs. Les formations portent sur trois thématiques : rechercher l’information ; gérer l’information ; valoriser l’information ; écrire un article scientifique (optionnel). Elles sont divisées en 3 modules de 3 journées chacun (+ 4e en option).
Christine Berthaud, directrice du CCSD-CNRS
Les digital natives sont dégourdis avec l’outil informatique mais peu attentifs aux conséquences.
Nous sommes dans une période de mutation/charnière, où l’on doit gérer l’ancien système, combiné à de nouvelles pratiques.
La production de contenus numériques est de plus en plus importante, or on ne nous apprend pas à la gérer. Il s’agit d’être professionnel et d’acquérir une véritable culture du numérique.
Jean-Emile Tosello-Bancal
La culture informationnelle souffre de deux idées reçues, l’instantanéité et l’immatérialité.
Le document numérique a une forme matérielle : il est destiné à être archivé. La dimension de l’archivage pérenne du document est fondamentale pour les professionnels de l’IST.
Marie-France Andral, conservateur co-responsable de l’URFIST de Bordeaux
On sait aujourd’hui que les outils du web 2.0 sont utilisés de façon modérée et passive.
On constate une méconnaissance économique du marché de l’information par les doctorants. De même, ils ne maîtrisent pas toujours les enjeux politiques et sociétaux d’internet.
Olivier Ertzscheid
La question des natifs du numérique suscite des avis partagés : d’un côté, une construction, une mythologie sociale sur les digital natives, avec le mythe de l’enfant éclairé (cf. Antonio A. Casilli). Face à cela, l’imagerie scientifique révèle que les zones activées du cerveau chez l’enfant et l’adulte ne sont pas les mêmes pour une activité multitâches que pour une activité monotâche.
Il faut donc intégrer la réflexion aux pratiques : dès qu’un média se met en place et occupe une place importante, il faut l’accompagner par un enseignement. En voyant depuis quand on enseigne le décryptage de la télévision et du cinéma, on peut craindre que l’enseignement au numérique ne mette encore longtemps à se mettre en place.
Maire-Joëlle Ramage
En licence, les étudiants n’ont aucune culture informationnelle. Ils ont l’habitude d’aller chercher l’information mais sans aller ailleurs que sur google. Ils n’ont pas non plus conscience de ce qu’ils donnent comme informations sur eux-mêmes.
Olivier Ertzscheid
Les étudiants n’ont sans doute pas une vision claire des questions d’identité numérique mais ils en ont une pratique de moins en moins naïve.
Tous les outils à la disposition des étudiants aujourd’hui sont des outils où le coût cognitif est nul : quand on taggue, on ne se pose pas la question des vedettes. De fait, un temps nous est laissé pour travailler en multi-tâches.
La question est désormais de savoir comment réinvestir ce temps de cerveau laissé disponible par ce coût cognitif quasi-nul pour faire autre chose ?
Marie-Joëlle Ramage
Sur cinq sections, le C2I comporte un module complet sur la recherche documentaire. Il intègre aussi des notions identité numérique.
Il existe également un C2I niveau 2, destiné aux professionnels.
La parution du référentiel des compétences en licence a souligné l’importance de la capacité à rechercher une info, à la traiter et à l’évaluer.
Au niveau politique, on pousse de plus en plus à prendre en compte les capacités en recherche documentaire.
En termes politiques, le C2I niveau 1 est déployé largement par les universités (soit par les SCD, soit par les enseignants-chercheurs).
Jean-Emile Tosello-Bancal
Un accompagnement important a été fait dans le cadre du plan licence avec le recrutement de tuteurs étudiants.
Aujourd’hui, il s’agit de créer et redéployer spécifiquement pour la licence, afin de renforcer l’encadrement enseignant de ce public plus fragile.
Concrètement, les formations qui ont lieu à Cujas se font avec l’appui du SCD. Le réseau des bibliothèques de Paris 1 se compose du SCD, de 2 BIUS et de 40 BUFR. Des partenariats existent entre le SCD et les BIUS pour la formation : le  SCD prend en charge le niveau licence, la BIUS et Cujas se consacrent au niveau recherche.
Marie-Joëlle Ramage
A Paris Sud, le SCD a formé les enseignants à la recherche documentaire, afin que ce soit eux qui forment les étudiants. Il était impossible pour le SCD de former mille étudiants de licence. Le travail effectué a été totalement collaboratif.
Christine Berthaud
Les compétences autour de l’IST sont distribueés entre les SCD, les services TICE, les UFR, etc. La formation des usagers peut permettre de rapprocher ces structures.
Marie-France Andral
A Bordeaux, la fusion des universités a permis la création d’un SUP, service universitaire de pédagogie. Cela a donné l’occasion de faire se rencontrer les différentes structures.
Olivier Ertzscheid
On est face à un cloisonnement entre les services : les outils mis en place à l’université entretiennent les cloisonnements métiers et institutionnels. Au lieu de moodle, on peut tout simplement diffuser les cours sur des plateformes de blog, même si on se heurte à des réticences.
Marie-Joëlle Ramage
On note une évolution : les TICE et les SCD commencent à se rapprocher sur le référencement des ressources numériques pédagogiques.
Jean-Emile Tosello-Bancal
Le collège des écoles doctorales a acté qu’un nombre d’heures de formation serait dispensé par les bibliothèques. Le travail est plus difficile en ce qui concerne les licences, car il faut s’appuyer sur enseignants motivés.
Olivier Ertzscheid
Les compétences des enseignants-chercheurs sont en train de changer.
D’un point de vue pratique, il s’agit maintenant d’intégrer la formation aux outils réseaux sociaux en faisant de l’information participante, c’est-à-dire devenir l’ami de ses étudiants sur facebook. Il faut se servir de ces outils pour y réinstaller des postures d’autorité et y être en restant enseignant. C’est d’autant plus important que la capacité de prescription de ces  outils est gigantesque.
La légitimité est centrale : l’usager cherche un article sur google scholar et il se fiche qu’il soit accessible sur Elsevier ou sur une archive ouverte du moment qu’il y accède. Il s’agit d’anticiper afin de ne pas être dépossédé de son objet, comme les libraires le sont avec le livre numérique.
  • Conclusion
Michel Marian, Chef de la Mission de l’information scientifique et technique et du réseau documentaire (MIST-RD) au Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
Michel Marian a présenté les travaux en cours autour de BSN, notamment BSN 9 (formation, compétences et usages), et de l’ISTEX, en rappelant qu’ils structurent aujourd’hui le paysage de l’IST.  Dans le cadre de BSN 9, les Urfist auront un rôle à jouer en ce qui concerne la formation de formateurs. La coopération est le maître mot de l’ensemble des projets en cours.
La décision de doter la France d’une plateforme de négociation nationale a été prise et des stratégies de coopération et de mutualisation se développent depuis deux ans. Avec BSN, il s’agit de penser les accès de ressources électroniques avec les accès libres.
Michel Marian a signalé qu’une prise de position française sur la question de l’OA aurait lieu bientôt et qu’elle tiendrait compte des recommandations européennes. Une charte de bonnes pratiques de l’édition publique scientifique, avec un label, seront également créés.


[1]              http://urfistreseau2012.wordpress.com/interventions/resumes-des-interventions/
[2]              http://urfistreseau2012.wordpress.com/interventions/resumes-des-interventions/
[3]              http://urfistreseau2012.wordpress.com/interventions/resumes-des-interventions/
[4]              http://urfistreseau2012.wordpress.com/interventions/resumes-des-interventions/
[5]              http://urfistreseau2012.wordpress.com/interventions/resumes-des-interventions/

2 thoughts on ““30 ans de politiques d’information scientifique (1982-2012)”

  1. lettrures.com

    Cécile, désolé du retard mis à vous répondre. Libguides est la plateforme / CMS utilisée pour Form@doct ( http://guides-formadoct.ueb.eu/ ) à Rennes 2. Je ne sais plus à quel moment Michel Marian l’a évoqué mais ce pouvait être à propos de la formation des doctorants comme à propos du développement de ressources pédagogiques en ligne. Amicalement. Michel Roland.