Nouveaux modes de communication de la recherche, quelle place pour les BU ?

On nous l’a annoncé officiellement aujourd’hui à l’école, nos sujets de mémoire sont validés. J’en suis d’autant plus ravie que j’avais proposé ce que vous pouvez lire ci-dessous. Je n’ai pas été très diserte ces derniers mois sur le blog, peut-être ce sujet me donnera-t-il l’occasion de recommencer à écrire, ici ou ailleurs. L’ouverture d’un carnet de mémoire ne serait peut-être pas incohérente avec une telle thématique. Tout ça n’en est qu’à ses balbutiements, affaire à suivre…

Carnets de recherche, listes de diffusion, réseaux sociaux dédiés et grand public, les échanges entre les chercheurs passent aujourd’hui par de multiples canaux, dont certains sont très librement accessibles. Dans ce nouvel environnement réticulaire, tout à la fois laboratoire 2.0 et espace d’actualités et de débats, la bibliothèque pourrait jouer un rôle de premier plan.

Ateliers ouverts

Ces nouveaux espaces d’échanges, qu’ils soient presque synchrones – listes de diffusion, réseaux sociaux, ou sur un temps long – commentaires de blogs, offrent une occasion unique d’observer la recherche en train de se faire. Le carnet, c’est désormais “l’atelier ouvert” de l’historien, écrit Pierre Mounier1. Dans quelle mesure les bibliothécaires, qu’ils soient acquéreurs ou formateurs par exemple, consultent-ils cette production méta-scientifique ? Ont-ils intérêt à l’investir ?
Evoquant les personnels ITA du CNRS, Marin Dacos a dessiné un portrait qui n’est pas si éloigné de celui du rôle des bibliothécaires dans les établissements de l’ESR : “ils accompagnent la recherche, les chercheurs. Ce sont donc des compa­gnons de science. Ils sont vos meilleurs alliés, amis chercheurs, dans le tra­vail amont de la recherche, car ils développent des compétences spé­ci­fiques très pré­cieuses, et dans le tra­vail aval de la recherche, pour la même raison. »2 De fait, en tant que compagnons de la science, quelle implication pour les bibliothécaires sur les carnets de recherche et les réseaux de chercheurs ? Les utilisent-ils pour proposer des services ? Participent-ils aux débats en cours ?

Articulation du sujet

Le sujet pourrait être traité en trois temps :
  • une première partie rappellerait l’explosion des nouveaux modes de communication de la recherche. Plusieurs d’entre eux peuvent être étudiés. Les blogs de chercheurs, en premier lieu, ont vu leur nombre augmenter considérablement ces dernières années, notamment avec le développement de la plate-forme Hypothèses. Carnets de terrain, de débat ou de séminaire, carnets de chercheur, ils témoignent d’une volonté de partager des pratiques et des résultats. En second lieu, les réseaux sociaux académiques, que la communauté scientifique investit toujours davantage, constituent des espaces d’information incontournables. Ils rendent aussi compte des discussions et controverses du moment. ResearchGate, Academia.edu, pour ne citer qu’eux, en sont quelques exemples. Les réseaux grand public, tels twitter et Facebook, ne sont pas à négliger car ils sont utilisés au quotidien par certaines communautés de recherche. Enfin, les listes de diffusion, qu’elles soient disciplinaires ou thématiques, ont une audience très large auprès des communautés de recherche. Qu’elles concernent un domaine particulier ou des questions inter-disciplinaires – l’accès ouvert par exemple, elles sont un reflet au quotidien des préoccupations et des questions des communautés de recherche.
  • une seconde partie pourrait interroger les pratiques des bibliothécaires autour de ces nouveaux modes de communications. Par le biais d’une enquête et/ou d’entretiens, il s’agirait de savoir si les personnels se rendent ou non sur ces nouveaux espaces qui sont autant de sources d’information, s’ils y prennent part (listes de diffusion) et s’ils les utilisent (plate-formes de blogs). Si l’on a pu constater sur Hypothèses.org l’ouverture de quelques carnets de bibliothèques, voire même de blogs de bibliothécaires, il conviendrait de voir si cette pratique est augmentation et si les établissements insufflent ou pas une dynamique en ce sens. De même, on pourrait tenter de mesurer comment les bibliothécaires sont présents sur les listes de diffusion et les réseaux sociaux liés à la recherche.
  • des pistes de réflexion concernant des services à proposer aux chercheurs via ces espaces d’échanges pourraient être esquissées dans une troisième partie. On peut imaginer des services en amont des nouvelles pratiques des chercheurs comme des formations à la maîtrise de l’identité numérique, à l’utilisation des blogs et des réseaux sociaux. Ces formations sont déjà proposées par quelques établissements qu’on pourrait étudier. D’autres services pourraient se développer en aval, via la mise en valeur des collections et des services : production de billets de blogs sur des plate-formes spécifiques, mailings sur les listes de diffusion et participation aux discussions, animation de groupes sur les réseaux sociaux, etc. Devenant producteur de contenus, le bibliothécaire développerait de nouvelles compétences auxquelles il devrait être préalablement formé. Pourtant, sa participation active à la vie des communautés sur ces espaces est précisément ce qui pourrait lui permettre d’être hors les murs et de renouer des liens parfois distendus avec les chercheurs. Ce faisant, il acquerrait davantage de visibilité. On peut espérer que celle-ci pourrait conduire, peut-être, à entretenir des relations plus étroites avec les chercheurs.

« Être là où le public passe »3

Lionel Maurel employait cette formule au sujet des usagers des bibliothèques publiques lorsqu’il s’agissait de promouvoir de nouveaux services. L’investissement des bibliothécaires sur les espaces d’échanges des chercheurs n’est pas si éloigné : les chercheurs fréquentant les BU dans une moindre mesure, il s’agit désormais de se rendre là où ils sont, de pousser, en quelque sorte, la porte des laboratoires sur la toile.
  1. « Sur son carnet, l’historien travaille à « atelier ouvert » : il dévoile le quotidien de son activité, ses lectures, ses trouvailles, ses hypothèses, ses doutes. Finalement, il évoque un aspect de la recherche « en train de se faire » (selon la formule empruntée à Bruno Latour), qui intéresse aussi bien ses collègues les plus immédiats, désireux d’accéder sans délai à cette information et éventuellement de la critiquer sur le mode de la conversation scientifique, et en même temps un plus large public intéressé pour une raison ou une autre par le thème traité. »
    MOUNIER P. « Ouvrir l’atelier de l’historien. Médias sociaux et carnets de recherche en ligne ». Revue d’histoire moderne et contemporaine. 30 janvier 2012. Vol. n° 58-4bis, n°5, p. 101‑110.
  2. DACOS M. Comment mieux faire connaître mes recherches ? En ligne. Blogo-Numericus. 24 août 2012. Disponible sur : < http://blog.homo-numericus.net/article10288.html > (consulté le 28 février 2014)
  3. L’ÉQUIPE@GALLICABNF. « Une bibliothèque numérique sur les réseaux sociaux : » s.l. : s.n., 2012. Disponible sur : < http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2012-05-0031-007 > (consulté le 28 février 2014)

2 thoughts on “Nouveaux modes de communication de la recherche, quelle place pour les BU ?