Salon du livre, journée professionnelle du 17 mars 2008 : quelques notes

Notes prises parfois debout, parfois dans le bruit. Si vous relevez une inexactitude, merci de me le signaler.


L’action culturelle en bibliothèque

Martine POULAIN, Bernard HUCHET, Emmanuèle PAYEN, Patrick CAHUZAC, Dominique AROT.

Contribue au rayonnement de la bibliothèque.

B. Huchet

Pointe un certain nombre de problèmes :

l’action culturelle est plus le fait des établissements que des personnes. Or les bibliothécaires doivent prendre une part effective à leur réalisation, être des acteurs des manifestations.

Beaucoup de manifestations sont déléguées (associations, etc.) alors que lorsque la politique d’action culturelle est ambitieuse, c’est précisément que l’établissement a fait le tour de son identité.

La part consacrée à l’action sociale prend souvent le pas sur l’action sociale lors des manifestations proposées. Or, l’action culturelle devrait permettre de découvrir des choses sans pour autant répondre à un besoin.

L’action culturelle conduit à une extension du domaine de compétence qui est le nôtre.

E. Payen

Les bibliothèques ont désormais inscrit l’action culturelle dans leur quotidien, c’est une période de maturité qui s’ouvre.

Par rapport aux missions de l’établissement, la légitimité de l’action culturelle réside dans les liens que les manifestations entretiennent avec les collections. Il s’agit de valoriser les fonds.

L’événement doit devenir quelque chose qui fait partie intégrante des collections,

Il doit tisser des liens avec les autres politiques de l’établissement,

Il doit également faire le lien avec les autres disciplines, par la multiplicité des supports.

M. Poulain

Le public ne doit pas être que le destinataire des manifestations mais en devenir l’acteur.

P. Cahuzac

Revient sur l’expérience d’Inventaire inventions (site, ateliers de lectures, …). Le lecteur devient acteur dans ce cadre.

Explique la difficulté de mettre en relation un texte contemporain avec des lecteurs méfiants. Fonctionnement des ateliers de lecture : choix d’un auteur que le groupe de lecteurs invitera dans la bibliothèque. Le lecteur prend ainsi une part plus grande.

L’action culturelle menée dans ce cadre s’inscrit dans le champ plus large de la mise en relation d’un texte avec son lecteur.

Problème : la réflexion menée par les bibliothèques est en champ clos [remous dans la salle…]. Pourtant, tous les acteurs se rejoignent, ils sont tous des médiateurs du livre. Les bibliothèques subissent peut-être des contraintes administratives plus lourdes que les éditeurs et les libraires.

Dans le cadre du soutien à la création contemporaine, se demande si les bibliothèques s’intéressent assez à leur rôle de soutien à la création contemporaine et aux ouvrages peu médiatisés.

D. Arot

L’action culturelle s’impose aujourd’hui.

Pose 2 problèmes :

est consommatrice de temps,

les bibliothécaires ne sont pas toujours formés pour ingénierie, la communication et l’administration de l’action culturelle.

Les actions réussies sont souvent le fruit de partenariats (opéra, musée…) car ces professionnels ont la maîtrise de ce type d’actions.

Dans le monde de l’action culturelle, la bibliothèque est assez faiblement représentée car ses capacités sont assez mal perçues par les partenaires.

La création de chartes d’action culturelle est bénéfique pour définir les objectifs.

La question de l’action culturelle repose sur la volonté des personnels et sur une attente des élus, a fortiori dans les villes moyennes où la bibliothèque est souvent le pôle culturel de la ville.

Débat

La charte documentaire doit poser la question des ressources pour les actions

L’action culturelle peut ne pas partir des collections et, au contraire, avoir une incidence sur elles. Elle résume en fait le débat entre la collection et l’ouverture vers un lieu de vie. Toutefois, le retour aux collections (comme contenus) est une réaction contre les apories et les risques des bibliothèques comme lieu de sociabilité.

Le lien entre l’action culturelle et la collection est un alibi : le rapport au temps de l’action culturelle et des collections est différent mais les 2 finissent par se rejoindre sur le long terme. La politique d’action culturelle est aussi une politique de collection.

Problèmes des partenariats : certaines institutions culturelles n’ont aucun besoin des bibliothèques.

L’action culturelle repose aussi sur le désir des individus de la mener à bien. Problème de la complexification administrative qui freine ce désir.

Conclusion (M. Poulain)

Personnalisons la bibliothèque et luttons contre toute tentative de la bureaucratiser.

Un article d’Actualitté consacré à la présentation de cet ouvrage au Cercle de la librairie.

Numérisation et patrimoine : des bibliothèques trop vastes

Dominique AROT, Jean-Yves MOLLIER, François PLAZANNET, Alain PANSU, Daniel GARCIA

J.-Y. Mollier

L’avenir de la bibliothèque réside dans la complémentarité du livre et du numérique. La bibliothèque du futur pourrait être sur le modèle de la nouvelle bibliothèque d’Alexandrie, centrée sur 3 ressources : les manuscrits, les imprimés et les ordinateurs.

Met en garde contre la numérisation sur des supports qui sont eux-mêmes périssables. La numérisation est un complément, elle ne remplace pas le papier.

F. Plazannet

Les emprunts des usagers : 86% de livres imprimés, 10/15% de livres numériques.

Etre prudent et accompagner les nouvelles pratiques plutôt que les remettre en cause.

A. Pansu

On ne peut pas offrir des nouveaux services et consacrer la même place à la lecture.

La bibliothèque devra être comme une tour de contrôle face à une offre enrichie de documents, de sources d’informations.

Même si le public n’attend pas toutes ces nouvelles offres, il faut toujours jouer le coup d’après.

L’usager est volatile, il va utiliser toutes les ressources à sa disposition. A nous d’être indispensables.

Réponse à la question de la bibliothèque comme tissu de lien social : l’ouverture doit être pensée en fonction du type de public mais il faut doubler la moyenne des 20 heures.

Le bibliothécaire doit répondre à l’évolution des pratiques (internet, etc) par une maîtrise de ces nouveaux outils documentaires même si cela passe par l’abandon du côté rassurant des ressources physiques.

Problème néanmoins d’un certain nombre d’outils qui ne sont pas suffisamment standardisés pour apporter des réponses uniformes.

J.-Y. Mollier

Attend plus du bibliothécaire qu’il y a dix ans. Confie désormais aux bibliothécaires le soin de former les étudiants à la ressource documentaire et surtout de les sensibiliser au problème de la disparité des ressources.

Considère, à l’inverse de Pierre Nora, que la civilisation de la lecture n’a pas diminué. On lit sur écran mais on lit.

D. Arot

Fonction de médiation des bibliothèques hybrides. Les bibliothécaires doivent permettre l’acculturation des nouveaux outils (jeunes retraités qui viennent s’initier au net).

J.-Y. Mollier

Il faut continuer à ouvrir des grandes bibliothèques, notamment dans les pays du Sud, créer des lieux dans lesquels on ait envie de venir (lien social) et de se connecter sur la toile.

Nous ne savons pas ce que nous lirons dans 10/15 ans. Ne pas critiquer les nouvelles pratiques, les SMS par exemple. A l’époque de Cicéron, on abrégeait aussi ce qu’on gravait dans la pierre.

F. Plazannet

La bibliothèque doit être au cœur de la vie de la cité.

D. Arot

Il faut continuer à imaginer des bibliothèques physiques et virtuelles, comme instruments d’égalité d’accès aux ressources.

A. Pansu

Une plus-value qu’apporte le numérique est de lutter contre le départ des adolescents. Ce public s’est trouvé une nouvelle raison de venir à la bibliothèque même s’ils n’ont pas les pratiques qu’on attendait d’eux.

Un article consacré à cette rencontre, toujours chez Actualitté.

Un compte-rendu sur une autre conférence : le numérique et l’avenir du livre, encore et toujours par Actualitté.

Présentation de Gallica 2

Serge EYROLLES, Benoît YVERT, Bruno RACINE, A. BEAUFORT

S. Eyrolles

Réflexion sur l’écrit pour éviter les problèmes du disque et permettre la rémunération des ouvrages sous droit. Ne voit aucune raison de suivre le système américain du fair use.

Il faut trouver les moyens de protéger la création littéraire (par des équivalents des DRM).

N’est pas inquiet pour l’avenir du livre, voit mal quelqu’un livre les Bienveillantes sur écran.

B. Yvert

La BnF et les éditeurs ont opéré un choix sélectionné des nouveautés en interrogeant les internautes sur leurs souhaits. Il s’agit d’anticiper le numérique plutôt que de le subir.

B. Racine

La BnF a engagé des programmes de numérisation de masse, avec des ouvrages libre de droits et d’autres sous droit. Ceux qui relèvent du domaine sous droits seront payants. Le portail Gallica est unique mais offre 2 modèles d’accès. Il n’existe pas encore d’équivalent européen.

A. Beaufort

Démonstration de Gallica 2, encore en phase d’expérimentation. Vocation à être versé dans Europeana.

Textes sous droits seront distribués par des e-libraires.

Recherche plein texte : repère aussi les mots coupés en fin de ligne. Tout le texte est indexé. Pour les ouvrages sous droit, il faut payer pour accéder au contenu.

Question d’Alain Pierrot

Le DL papier est en libre accès dans les salles de lecture de la BnF. Qu’en est-il pour les ouvrages numérisés ? Pourront-ils être librement accessibles depuis les postes informatiques situés dans la BnF ?

Réponse de Serge Eyrolles

Non, car il n’existe pas de DL pour le numérique.

Le billet de Pierre Assouline sur Gallica 2.

Bibliothèques : le bel aujourd’hui

Anne-Marie BERTRAND, Michel MELOT, Daniel LE GOFF

A.-M. Bertrand

Tour d’horizon des pratiques aux Etats-Unis

L’association professionnelle, l’ALA, est très active dès qu’il s’agit de communiquer, promouvoir, défendre les intérêts des professionnels. Elle fait montre d’un argumentaire bien rodé qui est mis à la disposition de tous sur son site. Elle effectue du lobbying permanent auprès des pouvoirs publics.

L’association diffuse souvent des chiffres positifs qui montrent l’importance des bibliothèques.

Les bibliothèques suscitent la sympathie. 73% des gens accepteraient une augmentation d’impôts pour financer leur bibliothèque.

Valeurs des bibliothèques aux Etats-Unis :

défense de l’accès à l’information. Se vivent comme des garants de la liberté de l’information des citoyens.

Formation : institution éducative.

M. Melot

Ravi de ce sujet « le bel aujourd’hui » car est agacé par les discours de déploration.

Il y a quelques années, il était difficile de trouver un élu qui parle des bibliothèques, hormis Yannick Guin. Les architectes non plus n’étaient pas très intéressés par des constructions trop encadrées et normalisées.

Rappelle qu’en 1975, la Bn s’est vu refuser un ordinateur au motif qu’elle n’était pas un service informatique !

Pour autant, même si les choses ont évolué, il ne faut pas s’endormir sur nos lauriers.

C’est à nous d’aller sur le net et de sortir le personnage du bibliothécaire de la naphtaline où le 19e siècle l’a enfermé.

D. Le Goff

10/15 millions de nos concitoyens sont passés par les bibliothèques l’an dernier. Les professionnels ont une vraie responsabilité et ils doivent faire face aux nouvelles demandes.

Exemple de la Finlande : structuration des établissements. Il existe une loi, des projets nationaux conduits sur 10 ans. Des projets sont formalisés dans chaque ville et il existe une écoute réelle de la part des élus.

La bibliothèque finlandaise permet à chaque citoyen de profiter de la vie : « enjoy life ».

Le catalogage est dévolu à la bibliothèque nationale.

Pas de nombre maximum de documents empruntables, l’autorégulation se fait au poids !

Les boissons sont autorisées, on considère qu’on lit souvent avec un café chez soi

La bibliothèque prête des verres correcteurs pour les distraits qui les ont oubliés.

Toutefois, les bibliothèques françaises n’ont pas à rougir, loin de là.

Il faut utiliser les possibilités du web 2.0 car la bibliothèque doit aller là où les gens sont, y compris dans l’espace virtuel. Ne pas négliger les bloggeurs, qui se préoccupent constamment des apports des nouveaux outils par rapport au sens des missions des bibliothèques.

Le billet de Bruits et chuchotements sur cette conférence.

Enfin, pour finir, le bilan de Pierre Assouline sur le salon.

Upload (25/03/2008) : ne manquez pas le billet de Risu pour tout ce qui concerne les “Lectures de demain”.

One thought on “Salon du livre, journée professionnelle du 17 mars 2008 : quelques notes

  1. Pitseleh

    Merci pour cette jolie synthèse.

    “Réponse à la question de la bibliothèque comme tissu de lien social : l’ouverture doit être pensée en fonction du type de public mais il faut doubler la moyenne des 20 heures.”

    Là, je tique. La moyenne d’ouverture des bibliothèques est certes à améliorer mais, comme je l’avais mentionné dans un précédent billet, le chiffre de 20 heures est en grande partie dû aux nombreuses bibliothèques de villages et petites villes… qui peinent à atteindre les 10 heures d’ouverture hebdomadaires, qui fonctionnent avec une grande majorité de bénévoles (n’oublions pas qu’un tiers du personnel des bibliothèques est bénévole) et dont les professionnels ayant voix au chapitre n’ont visiblement pas grand-chose à faire. Dommage.